AA/Kigali/ Fulgence Niyonagize
Il y a quelques années encore, le Rwanda s’était affiché auprès de l’Erythrée, de l’Ethiopie et de la Zambie, comme un des pays qui a su lutter, avec succès, contre le paludisme, une des causes principales de la mortalité infantile en Afrique subsaharienne et la deuxième maladie meurtrière du continent après le VIH/SIDA, d'après l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
La malaria ou le paludisme est une maladie qui peut être mortelle, due à des parasites du genre Plasmodium qui sont transmis par des moustiques de type Anopheles infectés. Elles piquent habituellement la nuit.
Les efforts engendrés par le Rwanda pour y faire face n’ont pour autant pas eu l’effet escompté sur la durée, et le paludisme semble avoir repris quelques droits depuis 2012, ce qui n’est pas du goût des autorités et du corps médical conscients de la nécessité d'agir rapidement.
D'ailleurs, en 2015, près de 2 millions de personnes ont été atteintes par la malaria contre 1,5 million en 2014 et 500 mille en 2012, selon les statistiques du ministère de la Santé, publiées en novembre dernier.
Dans le centre de santé de Gihara, district Kamonyi, dans le sud du Rwanda, une femme, quarantenaire, alitée, reprend tout juste ses forces.
«Je suis ici depuis près de deux semaines. Juste après les fêtes de Noël, j’ai été prise d’une forte fièvre qui n’a fait que s’accroître au fil des heures. Une animatrice de santé de notre village m’a conseillé, vu mon état d’aller vite au centre de santé. Depuis, je suis ici pour traiter la malaria", témoigne Nathalie Musengimana, rencontré par Anadolu.
«Depuis trois ans nous enregistrons une montée véritable du nombre de malades et de décès», reconnait Aline Uwimana, directrice du département de lutte contre le paludisme et les autres maladies parasitaires au ministère de la Santé.
«Cette recrudescence est liée à plusieurs causes, notamment le changement climatique qui a augmenté de 2°C entre 1970 à 2010, ce qui augmente par ailleurs, la multiplication périodique des moustiques surtout en zones chaudes (est, sud Ndlr) », explique-t-elle à Anadolu.
«Mais c’est surtout la passivité de la population et des agents de la santé qui, depuis 2012, ont tendance à croiser les bras croyant que la malaria était totalement éradiquée du territoire », ajoute le médecin.
Pourtant, en 2005, les autorités rwandaises avaient pris la lutte contre le paludisme très au sérieux. Constatant une résistance aux médicaments alors utilisés par la population, le ministère de la santé avait décidé de l’utilisation des thérapies à base d’artémisinine, accepté par l’OMS depuis 2001 et en vogue sur le continent.
Grâce à ce virage médical et aux importants efforts réalisés pour prévenir la maladie, le nombre de décès dus au paludisme avait décliné, passant de 1.5 million en 2005 à 800 mille en 2008 et la mortalité infantile avait été réduite de 32% durant la même période, selon l'OMS.
"Non seulement les médicaments ont joué un grand rôle mais en plus, ces résultats, ont été à la base d'une prise de conscience et de changement de comportement des populations", explique le directeur du département de lutte contre le paludisme.
Entre 2005 et 2012, on notait en plus, une augmentation de 60% du taux d’utilisation des moustiquaires imprégnées par les ménages. Mais, le gouvernement, et la population, s’accusent mutuellement aujourd'hui d’avoir croisé les bras après ayant remarqué que la malaria disparaissait vite.
En effet, plusieurs émissions qui sensibilisaient continuellement à l'importance de la lutte contre la malaria se sont arrêtées aujourd'hui, en raison, notamment, de la diminutions et de l'interruption des aides des bailleurs, confirme Aline Uwimana.
Pourtant, grâce à cette sensibilisation le taux de paludisme avait diminué en 2008 de plus de 50% tandis que l'incidence et la mortalité liées à cette maladie avaient été réduites à moins de 60 et 70% respectivement, selon une étude faite par les experts américains et publié dans British journal BMJ en 2013.
Aujourd'hui, la lutte contre la malaria implique autant de méthodes et d’acteurs et l’utilisation de moustiquaires imprégnées continue de jouer un rôle important, souligne Emmanuel Hakizimana, entomologiste au sein du programme national intégré de lutte contre le paludisme (PNILP).
En 2011 l’Unicef faisait déjà savoir qu’avec un taux de couverture de l’ordre de 70% pour les populations à risqu,e le Rwanda figurait parmi les 5 pays d’Afrique les mieux pourvus en moustiquaires ce qui faisait croire au ministère de la Santé qu’en 2013 le Rwanda serait passé de la phase de pré-élimination de la malaria à la phase d’éradication en 2015.
Mais 3 millions de moustiquaires neuves ont été retirés des foyers au début de 2015 parce qu’elles étaient inefficaces.
"Nous avons procédé aux négociations avec d’autres usines parce que partout en Afrique où Netprotect (fournisseur de ces moustiquaires) les a distribué, elles se sont avérées inefficaces", avait déclaré, fin décembre, le ministre de la Santé Agnès Binagwaho.
Désormais, il faut distribuer les nouveaux "filets" dans les zones les plus vulnérables et surtout ne pas être passifs : "les gens doivent réparer celles qu’ils ont si elles sont déchirées et surtout éviter de les utiliser pour d’autres fins comme ceux qui les utilisent dans la fabrication des poulaillers ou dans la pêche", insiste Aline Uwimana.
La prise de conscience devrait porter sur d'autres volets, car la lutte contre la malaria ne se limite pas à combattre un insecte, dit-elle. Il a ainsi été procédé à l'application d'autres mesures, en engageant deux agents de santé pour chaque villagevillage, un homme et une femme (30 000 à l’échelle du pays), pour des tests de dépistage rapide de la malaria.
Désormais, selon le ministère, ils seront en mesure d’administrer des médicaments aux patients avant qu’ils n’arrivent tardivement aux hôpitaux. Le Rwanda a, pour ce faire, prévu 2.4 milliards de francs (3.5 millions de dollars) par an pour la lutte contre la malaria.