AA/ Tunis/ Mohamed Abdellaoui
Alors que certains observateurs internationaux laissent entendre que la vaste coalition islamique antiterrorisme chapeautée par l’Arabie Saoudite aurait des impacts positifs sur la lutte contre le terrorisme en Afrique, l’expert des groupes terroristes, Bakary Sambe dresse un tableau entaché de brumes.
L'Arabie Saoudite a annoncé, mardi, la création d’une coalition islamique contre le terrorisme qui réunit des pays arabes, africains et asiatiques. L’objectif affiché étant de combattre «militairement et idéologiquement» tous types d’organisations terroristes.
Pour le chercheur sénégalais au Think Tank de Timbuktu questionné par Anadolu, cette coalition regroupant 34 pays, dont 11 Etats africains parmi lesquels le Mali, le Cameroun, le Tchad et le Niger (les plus affectés par les exactions de Boko Haram), tout comme la Force multinationale mixte, sera «confrontée à une difficulté majeure en Afrique, à savoir, le trébuchement voire l’absence de coordination».
Une difficulté qu’il rattache aux différnces culturelles et sociales ainsi qu'à la dissemblance des régimes politiques des diverses composantes de cette Force élargie. "Un hiatus handicapant", commente-t-il.
L’impact de cette coalition sur le rétablissement de la paix dans les pays africains déstabilisés par les actes terroristes «n’est donc pas pour l'mmédiat», soutient Bakary Sambé.
«Si la Force multinationale mixte pour la lutte contre Boko Haram regroupant le Nigéria, le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Bénin, trébuche encore et peine à démarrer effectivement ses opérations, que dire encore d’une Force constituée de 34 pays de continents divers? Je m’interrogerais, en premier, sur le sens que chacune des parties prenantes donne au mot terrorisme. Ont-elles toutes la même définition, d’ailleurs?».
Mettant en garde contre les redondances que pourrait avoir le terme «Force multinationale» ou encore «Coalition internationale», le chercheur souligne que le jeu latent de «certaines puissances étrangères et occidentales cherchant à se positionner dans le continent [il n'a pas donné d'exemples]», complique davantage la lutte contre le terrorisme et risque de la maintenir au stade rudimentaire, en l’absence d’actions étudiées et adaptées à la réalité des pays africains.
Il fait oberver, par ailleurs, que la maîtrise des groupes terroristes par des actions militaires demeure tributaire d’appuis logistiques et financiers de la part des pays occidentaux, très rôdés en matière de renseignements. «Autrement, l’on serait à nouveau face à un schéma malien: Une panoplie de réunions régionales et sous-régionales et des tas de propositions et d’initiatives sans suite pour finalement ouvrir le chemin à une intervention française», dit-il.
Le chercheur se garde, cependant, de donner des pronostics quant à la nature et aux acteurs d’une éventuelle intervention occidentale directe dans le Bassin du Lac Tchad regroupant le Nigéria, le Mali, le Niger et le Cameroun, expliquant que les intérêts et les enjeux sont à la fois croisés et complexes.
Il insiste, par ailleurs, sur l’impératif d’une approche globale pour attaquer la source et l’origine du mal au lieu de se contenter d’opérations militaires, des palliatifs qui ne feraient que maintenir étincelante la braise sous la cendre.
Afin de tourner définitivement la page de l’hydre terroriste, le chercheur préconise «une bonne éducation, la prévention, la promotion de la bonne gouvernance et l’éradication de l’injuste sociale», facteurs à la base «des frustrations récupérées et instrumentalisées par ces groupes extrémistes qui, aujourd’hui, menacent la stabilité du Sahel et des pays africains de manière générale».
Sur la même lancée, Sambé appelle à mieux éveiller la conscience des jeunes et à promouvoir une nouvelle citoyenneté basée sur leur engagement responsable dans les espaces scolaire, universitaire et au niveau de la société et de la nation. Ce qui contribuera à une sensibilisation sur les dangers des extrémistes.