AA/Beni/Al-hadji Kudra Maliro
Alice Masika a 26 ans, depuis le mois de juillet 2015, elle fréquente le centre de formation de l'Organisation Solidarité Féminine pour la Paix et le Développement Intégral (SOFEPADI), établie à Beni (Est de la RDC) qui prend en charge les femmes victimes de viol à qui elle offre des formations en informatique, en coupe et couture...
Se confiant à Anadolu, Alice raconte que depuis que des rebelles ougandais ADF (Forces démocratiques alliés) ont attaqué Kokola, sa localité située à Beni, tué son mari et abusé d'elle, elle s'est retrouvée démunie, sans aide et sans source de revenu.
C'est alors qu'elle a entendu parler de l'ONG qui offre aux femmes victimes de viols, un accompagnement psychologique approprié et des formations pour s’occuper et trouver un travail.
Alice déclare à Anadolu que durant les heures passées au centre, elle parvient à oublier «le quotidien morose du village, meurtri par les attaques sanglantes des rebelles ougandais».
Ici, les femmes retrouvent le sourire, dit-t-elle, précisant qu'elles apprennent l'Informatique, la coupe et la couture ou encore le tissage de nattes tout en bénéficient d'un accompagnement psychologique approprié.
Crée il y a environ six ans, l’ONG, Solidarité Féminine pour la Paix et le Développement Intégral (SOFEPADI), forme, chaque année, près de 330 femmes victimes de viols, âgées de 15 à 70 ans, précise Zawadi Masika, coordinatrice au sein de l’ONG.
A travers ces formations nous espérons rendre ces femmes plus fortes et plus autonomes, précise-t-elle, ajoutant qu'ainsi formées les femmes ont plus de chances de trouver un emploi et donc une source de revenu.
Elle souligne que la formation octroyée est gratuite et que l'ONG compte s'impliquer davantage pour trouver du travail aux femmes qu'elle accompagne.
Cependant si certaines femmes se dirigent d'elles mêmes vers cette association, de nombreuses autres gardent leur malheur pour elles et le vivent en silence, rappelle Zawadi ajoutant que «ces femmes ne parviennent malheureusement pas à se débarrasser de la honte qu’elles associent forcément au viol qu'elles ont vécu».
Ce silence et l’absence d’études exhaustives sur le terrain font que les données sur les viols demeure imprécises sinon inexistantes dans cette région de la RDC.
Contacté par Anadolu, Alain Kanani, président du tribunal de paix de Beni, affirme que depuis octobre 2014, «le barreau de Beni a jugé plus de 516 affaires de viols, dont la plupart ont été commis par des présumés rebelles Ougandais et des militaires».
Le Bureau conjoint des Nations Unies aux Droits de l’homme (BCNUDH) en RDC, a indiqué dans un récent rapport que 407 violations des droits de l'Homme ont été recensées durant le mois d’octobre dernier dans le pays, commises pour la majorité dans l'Est où sévissent plusieurs groupes armés actifs.
Selon le rapport onusien, des représentants de la police, de l’armée, et du service des renseignements congolais, sont derrière 59 % de ces violations contre 41% pour les différents groupes armés.