AA/ Bamako/ Moussa Bolly
Le nouveau mandat de la force onusienne au Mali (Minusma) voté par le Conseil de sécurité sera certes plus "robuste et offensif" mais pas opérationnel "du jour au lendemain", estiment les experts interrogés par Anadolu.
Le Conseil de sécurité a décidé de prolonger, mercredi, le mandat de la Mission de Nations Unies au Mali (Minusma), jusqu’au 30 juin 2017, selon la résolution 2295, texte préparé par la France et voté à l’unanimité par les quinze Etats membres. Un acte qualifié aussitôt "d'historique" et d'"avancée importante vers la paix", par le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop.
"Ce message est un signal fort à tous les ennemis de la paix", a ainsi déclaré Diop aux membres du Conseil de Sécurité de l'ONU, qui s'exprimait via une vidéoconférence.
La résolution onusienne fait, entre autres, passer l'effectif autorisé des Casques bleus à 13.289 soldats (au lieu de 11.240) et 1.920 policiers (contre 1.440), approuvant ainsi une proposition du Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, dans un rapport produit fin mai dernier. Elle autorise également une augmentation du nombre de véhicules résistants aux mines, dont des véhicules blindés pour se protéger des engins explosifs artisanaux, matériel de prédilection des terroristes.
C'est donc une Minusma qui se mue, pour contrer les menaces terroristes toujours largement présentes dans le pays, malgré l’accord de paix inter-maliens qui vient de fêter la première année de sa signature.
Si ce signal est effectivement à saluer, "il faut toutefois faire preuve de prudence et attendre de voir ce que cela donne sur le terrain", tempère Maïmouna Traoré, spécialiste de la lutte antiterroriste au Sahel et ancienne volontaire internationale des Nations Unies, jointe par Anadolu.
"Nous allons voir ce que ce nouveau mandat va changer concrètement. Nous espérions que la résolution doterait la Minusma d’une brigade d’intervention rapide munie de drones, d’avions et capable de mener des attaques contre les groupes résiduels de terroristes qui continuent à nuire à la paix afin de voir des effets immédiats".
"Seul le temps nous dira si cette nouvelle résolution permettra vraiment à la Minusma de lutter efficacement contre le terrorisme surtout que les troupes ne seront certainement pas déployées sur le terrain avant quelques mois et qu'elle ne sera donc opérationnelle qu'à ce moment-là", souligne l'experte.
Le chef d'état-major de la Minusma, le Général Hervé Gomart, qui s'est dit satisfait de l'annonce du renforcement des troupes onusiennes au Mali, tempère lui aussi les attentes, et reconnait que "les renforts n'arriveront pas du jour au lendemain".
S'exprimant jeudi sur les ondes de Mikado FM, la radio de la paix au Mali, le responsable onusien a confié qu'il faudrait "du temps et de la patience" pour voir cette nouvelle Minusma agir.
"Ce n'est pas parce qu'il y a un vote que du jour au lendemain tout va être résolu. Il faudra d'abord que les Nations Unies trouvent des pays contributeurs pour fournir ce surplus de troupes (2500 soldats) et cela va prendre du temps. Puis ces troupes qui seront déployées auront besoin de temps également pour se familiariser avec le terrain", a-t-il souligné.
"Ce qu'il faut se dire aujourd'hui, c'est que c'est un renfort pour nos capacités à nous. Que la Minusma entre dans un mandat qui était déjà robuste mais qui le sera davantage et que grâce à ces capacités techniques et spéciales, nous pourrons faire davantage d'opérations avec Barkhane (l'opération française au Sahel) et avec les forces maliennes et ainsi dissuader les groupes terroristes d'agir", a-t-il encore dit.
"Nous aurons une attitude plus agressive et plus proactive", ajoute le général qui précise que "la Minusma est déterminée à remplir son mandat et espère avoir cette capacité dans les mois à venir".
Désirée par le secrétaire général des Nations Unies et réclamée par les autorités maliennes, la mutation de la force de l'ONU semble "plus que nécessaire" pour une situation sécuritaire qui s'est fortement dégradée ces derniers mois et où les attaques ciblant les forces internationales et nationales sont devenues monnaies courantes, souligne Sidi Moctar Haïdara, un jeune responsable au sein de la société civile à Gao (Nord Mali), joint par Anadolu.
La Minusma déployée en 2013, a en effet essuyé une multitude d'attaques terroristes et a déploré un nombre avoisinant les 90 morts dans ses rangs, devenant ainsi "la plus dangereuse des missions des Nations Unies actuellement déployées", d'après l'ONU.
D'après la résolution onusienne, la Minusma adoptera désormais une "position déterminée et ferme pour mener à bien son mandat" et devra "veiller à ce qu’il y ait des interventions rapides et efficaces lorsqu'il existe des menaces de violence contre des civils et empêcher le retour d’éléments armés dans ces zones, en ne menant des opérations directes qu’en cas de menaces graves et crédibles".
Le Conseil de Sécurité insiste: La Minusma devra aider en priorité le gouvernement malien dans l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation, signé par Bamako et les groupes armés du Nord il y a un an, pour mettre fin à une crise politique aux dimensions communautaires.
Et c'est la sécurité du pays qui en dépend estime Abdourahamane Dicko, expert indépendant en gestion des conflits et président de l'association des ressortissants de Gabero, une localité dans la région de Gao.
Car, dit-il, "la non-application de l'accord ouvre la voie à toutes les dérives, aux risques de conflits communautaires et à la poussée des jeunes dans les bras des terroristes".