Mohammad Farid Mahmoud Abdullah
14 Avril 2022•Mise à jour: 14 Avril 2022
AA / Istanbul
Deux ans auparavant, les banques centrales à travers le monde s’efforçaient à stimuler leurs marchés à travers une série de plans de soutien et des taux d’intérêt proches de zéro, pour faire face aux impacts économiques de la propagation de la pandémie de la Covid-19.
Actuellement, les banques centrales, notamment celles des Etats-Unis et des pays de la zone euro et des économies des Etats les plus développées, paient une partie du prix résultant des mesures d’incitation, des plans de relance et de l’injection des liquidités dans les marchés ainsi que de certains facteurs géopolitiques qui ont provoqué une hausse de l’inflation.
Les Etats-Unis ont enregistré, au mois de mars dernier, un taux d’inflation établi à 8,5%, soit son plus haut niveau depuis le mois de décembre 1981, alors que la Réserve fédérale s’emploie à juguler cette tendance inflationniste.
- Hausse des taux d’intérêt
L’un des principaux outils utilisés pour freiner l’inflation est l’augmentation des taux d’intérêt, ce à quoi a procédé la Réserve fédérale américaine, au mois de mars; une mesure qu’elle s’apprête à rééditer en 2022.
La forte inflation au niveau mondial, en particulier des prix des produits de base telles que les denrées alimentaires, qui a atteint des paliers historiques inédits, selon l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), survient au moment où les marchés ne se sont pas encore remis des conséquences de la Covid-19.
Aujourd’hui, les banques centrales luttent sur deux fronts en recourant au même outil, à savoir les taux directeurs qui entraînent la baisse de la masse monétaire en vigueur sur les marchés, et son transfert aux banques sous forme de dépôts, afin que leurs propriétaires tirent profit des taux d’intérêt qui y sont appliqués.
En contrepartie, ces banques œuvrent à remédier aux déséquilibres économiques et monétaires générées par la propagation de la Covid-19. L’un des principaux outils mis en œuvre pour stimuler les marchés est la baisse des taux d’intérêt, ce qui est à l’opposé de la solution de la crise de la forte inflation.
C’est face à cette situation que les banques centrales se trouvent à la croisée des chemins, doivent-elles travailler dans l’intérêt des consommateurs en baissant la forte inflation, ou s’orienteront-elles vers la stimulation des marchés et l’incitation des investissements pour créer des emplois à travers le passage obligé de maintien de taux d’intérêt bas ?
- Freiner l’inflation
Il ressort des différents indices que les banques centrales résoudront la crise de l’inflation et placeront cela comme une priorité, dans la mesure où les prix à la consommation représentent un facteur de pression et un fardeau pour les économies, le pouvoir d’achat et les consommateurs, particulièrement pour les économies émergentes et en voie de développement.
La majorité des banques centrales au monde ont augmenté leurs taux directeurs, en mars, suivant en cela la décision de la Réserve fédérale américaine de hausser son taux et qui s’apprête à élever ce taux à quatre reprises durant cette année, ce qui pourrait constituer un danger pour les autres marchés mondiaux.
L’augmentation des taux directeurs pourrait juguler l’inflation mais en même temps cette mesure pourrait décourager l’incitation et la relance des marchés, dès lors que les liquidités monétaires requises pour les investissements sur les marchés et pour créer ainsi de nouveaux postes d’emploi et fournir des salaires seront transférés aux banques sous forme de dépôts.
- La stagflation
Les craintes mondiales se sont, récemment accrues, de voir l’augmentation des taux directeurs et l’échec des efforts des banques centrales en vue de freiner l’inflation, aboutir à l’apparition de ce qui est appelé la stagflation.
La stagflation est une hausse accélérée des prix des produits de base en particulier, comme ce qui se passe aujourd’hui, et qui est accompagnée d’une forte baisse de la demande, soit des prix élevés et une faible demande.
La stagflation entrainera une situation de faible demande de consommation, alors que cette baisse n’aboutira pas à une baisse des prix des produits, en raison de la hausse des coûts de production, ce qui aura comme résultat un arrêt de concomitant de la production et de la consommation.
Au Royaume-Uni à titre d’exemple, la confiance des consommateurs et des entreprises a connu une baisse, au mois de mars dernier, sur fond de la hausse de l’inflation, ce qui laisse présager une éventuelle stagflation au cours des prochains mois.
L’indice de confiance des consommateurs britanniques a chuté de 5 points pour s’établir à -31 au mois de mars, ce qui représente la quatrième baisse de suite en l’espace de 17 mois.
L’Indice de confiance des consommateurs britanniques est une mesure de la façon dont les gens perçoivent l’état de leurs finances personnelles et les perspectives économiques.
La stagflation brosse un tableau peu favorable pour l’économie au cours des prochains mois. L’inflation conjuguée à une stagnation (stagflation) fait référence à des périodes peu habituelles de ralentissement combiné à une hausse de l’inflation.
L’attaque russe contre l’Ukraine a causé un grave choc inflationniste en provoquant une hausse des prix au moment où les approvisionnements en énergie sont menacés et les revenus aussi bien des ménages que des entreprises sont en baisse, dans la mesure où les prix des produits de base sont devenus plus coûteux.
En chiffres, les cours du pétrole ont augmenté de 60% cette année avec une moyenne de 107 dollars pour le baril. Le prix du baril s’établissait en avril 2021 à 66 dollars.
Pour ce qui est des prix des denrées alimentaires de base, l’Indice alimentaire FAO des prix des produits alimentaires a connu une hausse de 33,6% au mois de mars sur une base annuelle, en s’établissant à 159,3 points, soit le plus haut niveau historique de l’indice depuis son lancement en 1990.
*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou