AA / Raed al-Hamed
Le gouvernement irakien avait annoncé, le 9 décembre 2017, sa « victoire » sur l’organisation terroriste Daech qui avait perdu à l’époque son dernier bastion dans le pays.
Quatre ans après sa défaite, l'organisation s’active de manière disparate dans les provinces de Kirkouk (nord), théâtre de la majeure partie des opérations de l'organisation, de Salaheddine et de Ninive (nord) ainsi que de Diyala (est) et d’al-Anbar (ouest).
De même, Daech procède à des opérations dans la ceinture nord de la capitale Bagdad et dans la majorité des zones contestées entre le gouvernement central et celui d'Erbil (nord), exploitant en cela la vacance sécuritaire dans cette région.
Les zones fragiles, au plan sécuritaire, comprennent les villes, localités et villages des zones contestés dans l’aire géographique située entre les frontières syriennes dans le nord-ouest de Ninive, en passant par les provinces de Kirkouk et de Salaheddine, jusqu'aux frontières avec l'Iran, dans le nord-est de la province de Diyala.
Selon des sources sécuritaires irakiennes, la plupart des récentes attaques lancées par l'organisation terroriste Daech a comme point de départ la chaîne de montagnes de « Qarachok » située entre les provinces de Ninive et de Kirkouk, plus particulièrement, entre les positions des forces sécuritaires relevant de l'armée irakienne et celle des unités des Peshmergas placées sous l'autorité du District du Nord de l'Irak (nord). Il s'agit d'une zone relativement impraticable et idéale aux combattants pour pouvoir se cacher.
Situé au nord de la ville de Makhmur, relevant de la province de Ninive, et à 50 km à l'ouest d’Erbil, le mont Qarachok, représente une position des éléments de Daech, depuis laquelle ils lancent à répétition leurs attaques contre le village de Lehiban et les autres localités environnantes.
Les régions environnantes de la montagne de Qarachok sont accidentées et ne sont pas suffisamment sécurisées, dans la mesure où elles sont situées dans les zones contestées entre Bagdad et Erbil.
L'organisation Daech a multiplié ses opérations, depuis la fin du mois de novembre dernier, dans les zones contestées, où sont positionnées les forces de Peshmergas.
Il ressort des rapports élaborés par les services de sécurité irakiens que les éléments de Daech se trouvent, actuellement, au niveau des frontières administratives séparant les provinces de Kirkouk, de Diyala et de Salaheddine, à partir desquelles ils lancent leurs opérations contre les zones contestées.
Dans une série d'attaques lancées contre les villages environnant les frontières administratives du District du Nord de l'Irak, dans plusieurs villes des provinces de Kirkouk et de Ninive, les Peshmergas ont perdu plus de 20 combattants dans des zones classées comme étant fragiles sécuritairement et marquées par l'absence de coordination entre les forces kurdes et les unités fédérales et ce, en dépit de l'existence d'une cellule d'opérations combinées entre les deux structures.
Des médias kurdes ont affirmé que les combattants de Daech ont imposé leur domination, dimanche 5 décembre, sur le village de Lehiban, cible de plusieurs attaques lancées par le groupe terroriste.
Lehiban est situé à 50 km au sud du chef-lieu de la province d'Erbil, et relève administrativement de la localité de Serkaran, située dans la commune de Debs (province de Kirkouk).
Au soir du jeudi 2 décembre, Daech a lancé une double attaque contre les villages de Lehiban et de Khodhr Chicha, situés à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest d'Erbil, utilisant en cela des armes de plusieurs calibres et faisant sept morts dans les rangs des Peshmergas, après avoir fait exploser une charge au passage d'une unité qui s’apprêtait à repousser l'attaque terroriste.
De plus, les éléments de Daech ont eu un accrochage avec les habitants du village faisant trois victimes civiles.
Près de 55 familles ont quitté le village, qui compte 70 maisons, alors que le reste des habitants sont partis, le dimanche 5 décembre au coucher du soleil, après avoir reçu, de la part de Daech, une mise en garde pour évacuer le village. Les éléments de Daech ont accédé au village quelques heures après et mis le feu à une quinzaine de maisons.
Le département d'Etat américain s'est engagé à continuer à soutenir les forces irakiennes, toutes formations confondues, et le Président irakien Barham Salah a affirmé que la lutte contre les attaques de Daech implique un renforcement de la coopération entre l'armée irakienne et les forces des Peshmergas, qui ont été qualifiées par le Premier ministre Mustafa Kazimi de partie intégrante du dispositif de la défense nationale et qui œuvrent côte à côte avec les forces sécuritaires chargées de la sécurisation des villes.
Les forces fédérales et les unités des Peshmergas mènent des opérations préventives combinées contre les positions de Daech, à l'est de Kirkouk et dans d'autres zones de la province, ainsi que dans les provinces de Ninive et de Salaheddine, sur la base de renseignements et d’images de caméras thermiques installées dans ces zones.
Malgré la présence d'une cellule d'opérations combinée pour coordonner entre les forces fédérales et celles des Peshmergas, il n'en demeure pas moins que chacune de ces structures fait assumer à l'autre la responsabilité de l'échec sécuritaire.
Les unités fédérales prétextent que chaque opération nécessite des approbations qui sont accordées avec lenteur par les parties compétentes dans le District du Nord, tandis que les unités des Peshmergas estiment que le gouvernement fédéral est responsable et fait preuve de nonchalance dans l'apport du soutien dont elles ont besoin.
Les responsables du District du Nord de l'Irak se plaignaient de l'absence de coordination et de véritable coopération sécuritaire commune avec les forces fédérales dans les régions contestées, afin de pallier et de combler les lacunes, dans le but de ne pas permettre à l'organisation Daech de tendre des embuscades et de lancer des attaques.
Daech exploite la faiblesse de la coordination sécuritaire dans les régions contestées, d’où se sont retirées les forces des Peshmergas, au terme du mouvement engagé par les forces fédérales et les unités de la « Mobilisation populaire » dans ces zones durant le mois d'octobre 2017 et ce, quelques mois après la l'organisation par le gouvernement du District du Nord de l'Irak d'un référendum visant la séparation du pays, ce qui avait soulevé l'ire du gouvernement fédéral, l’incitant à intervenir.
Daech dispose encore de capacités financières, estimées par les Nations unies à des centaines de millions de dollars, ce qui lui accorde une marge de manœuvre pour mobiliser davantage de combattants dans ses rangs, dans l'espoir de se restructurer et de compenser l’hémorragie subie par le groupe terroriste en termes d’effectifs.
L'organisation s'emploie à se redéployer dans plusieurs zones, en lançant des opérations limitées, menées par des petits groupes mobiles, dont le nombre ne dépasse pas les 12 à 15 combattants, conformément à l'importance des cibles et au diapason des ressources humaines, qui se sont réduites grandement, en comparaison avec les effectifs qui étaient à la disposition de Daech, avant la perte des zones qu'il contrôlait en Irak et en Syrie.
Les opérations de l'organisation comportent des attaques aux armes légères, des embuscades, des explosions aux abords des routes, des attaques-suicide, des assassinats, des kidnappings et d’autres actes qui ciblent les forces sécuritaires et les habitants qui collaborent avec les unités de la police et de l'armée.
Sur la base des données publiées par les médias proches ou relevant de l'organisation Daech, le nombre des attaques en Irak ont baissé à une moyenne de 87 mensuellement au cours de cette année, contre 110 attaques par mois au titre de l'année 2020.
Parallèlement à l'exploitation par Daech de la précarité sécuritaire qui prévaut dans certaines zones, ces dernières attaques ont été marquées par une liberté accordée à ses combattants, qui se déplacent dans les zones juxtaposant les frontières administratives du district du Kurdistan, ce qui confirme l'échec dans les domaines de la sécurité et du renseignement, pour pouvoir anticiper et connaître les zones qui seront ciblées par les attaques de l'organisation.
En même temps, l’on assiste à une meilleure évaluation par les services de renseignement de l'organisation pour identifier les lacunes sécuritaires et les exploiter afin de lancer leurs attaques, au cours des semaines écoulées, contre des positions militaires des Peshmergas exclusivement, alors qu'auparavant la majorité des attaques ciblaient des positions de l'armée irakienne et des unités de la Mobilisation populaire.
Ainsi, le besoin est toujours présent d’une présence des forces de la Coalition internationale, qui ne doivent pas quitter le territoire irakien, comme le réclament les groupes armés chiites alliés de l'Iran.
Ces groupes menacent de recourir à l'option militaire pour débarrasser l'Irak de la présence des forces de l’Alliance internationale, d’ici la fin de du mois courant.
Le 10 décembre, le général Frank McKenzie, chef du Commandement central des États-Unis, a déclaré que les forces de son pays, positionnées en Irak, au nombre de 2500 soldats, resteront ainsi au cours « de la prochaine période ».
Dans une entrevue accordée à l'agence de presse américaine « Associated Press », McKenzie a indiqué « qu'en dépit du changement de la nature du rôle des forces américaines en Irak, devenues non-combattantes, il n'en demeure pas moins qu'elles continueront à offrir un appui aérien et d’autres aides militaires dans la lutte contre Daech ».
*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou
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