AA/ Kigali/ Henri Demarie
Il fut un temps où le nom de Kigali, la capitale rwandaise, n'inspirait que le souvenir de la terrible guerre civile de 1994 entre Hutus et Tutsis. En 2015, l'économie rwandaise bat le plein de la compétitivité, et s'érige comme la première destination des bonnes affaires en Afrique de l'Est.
Ce constat est donné par le dernier rapport annuel de Doing Business, qui fait du Rwanda la 3ème meilleure destination pour les investisseurs sur tout le continent africain, précédée de peu par l'Afrique du Sud et l'Île Maurice.
Le pays, dont la relève après les années de génocide, a été permise par nombre d'aides internationales, affiche régulièrement un taux de croissance qui avoisine les 7%, grâce à certains secteurs clés comme l'agriculture, les services et le tourisme.
Des secteurs qui fournissent près de 70% des emplois au Rwanda, selon des chiffres officiels communiqués à Anadolu. Cette santé économique "n'est pas le fruit du hasard" comme l'a indiqué à Anadolu Valentine Rugwabiza, la Ministre Rwandaise chargée des affaires de l'Afrique de l'Est (MINEAC).
"l'Agence Rwandaise de Développement est à l'avant front des réformes essentielles pour améliorer l'environnement des affaires, des réformes que le Rwanda a commencé à engager depuis quelques années. Et le travail arrive à se faire parce que le Rwanda est convaincu de la nécessité d'améliorer les conditions pour avoir des affaires florissantes dans le pays." a déclaré Rugwabiza.
Ces réformes à la clé de cette attractivité économique consistent, entre autres, dans la simplication des procédures en termes de création d'entreprises en moins de 6 heures grâce à un système numérique de pointe et la réduction jusqu'à 30% du taux d'imposition sur les revenus des sociétés implantées dans le pays. Des offres alléchantes qui séduisent de plus en plus les investisseurs. C'est le cas de Suchir Bhatnagar, un opérateur économique Indien résidant au Rwanda depuis 2008.
"Notre entreprise de papeterie est implantée en Afrique depuis 1995. Après avoir parcouru quelques pays comme le Nigéria et le Kenya, j'ai décidé de m'installer désormais au Rwanda car le pays propose une meilleure politique d'investissements et cela facilite la rentabilité de mes affaires", a déclaré ce jeune dirigeant de SRB Investments Ltd.
Le Produit Intérieur Brut (PIB) du Rwanda a été estimé à 7% en 2014, une croissance qui connaîtra, toutefois, une stabilité en 2015 dans la mesure où les prévisions du Ministère des finances et de la planification économique projettent un taux minimum de croissance de 6,5%. Des prévisions qui coïncident avec celles du Fonds Monétaire Internationale, dont une délégation a visité Kigali, début avril, qui a indiqué que ce pays importateur de pétrole, tirera avantage de la baisse du prix du brut.
La délégation du FMI a prévu, tout comme le Gouvernement rwandais, un taux d'inflation avoisinant les 3,5%. Pour l'économiste Teddy Kaberuka, ces chiffres encourageants ne peuvent se maintenir qu'en relevant certains défis.
"On ne peut pas prétendre avoir un boom industriel si le coût de l'électricité, par exemple, est élevé. Je crois que c'est un secteur où le pouvoir public doit investir davantage par conséquent ça va attirer plus d'investisseurs. Avant de prendre la décision d'investir dans n'importe quel pays, ceux-ci calculent le coût de production, dont l'électricité est une variable essentielle", a déclaré, à Anadolu, ce professeur d'économie à l'Université de Kigali.
Au mois de mars dernier, l'agence de notation Standard & Poor’s a relevé la note souveraine de Kigali à B+. Quelques mois plus tôt, Fitch rating avait procédé à la même promotion s'expliquant par la "mobilisation des financements extérieurs" et "l’existence de flux stables provenant de divers bailleurs de fonds" ainsi que"la capacité du gouvernement à accéder aux marchés de capitaux" selon un communiqué de Standard & Poor's.
Par ailleurs, une stabilité politique certaine, à laquelle fait allusion le communiqué, a contribué à l'instauration de ce climat encourageant pour les affaires. Depuis 15 ans, le pays est dirigé par le régime de Paul Kagamé, lequel a pris l'engagement, en décembre dernier, de ne pas se représenter en 2017, terme de son deuxième septennant constitutionnel, épargnant, ainsi, à son pays des scénarios d'incertitudes et de spéculations observés ailleurs, notamment chez les voisins burundais et congolais.