AA/ Douala / Pado Chemie
«Hier encore, l'électricité a été coupée, ces coupures sont devenues très fréquentes au Cameroun, d'ailleurs l’obscurité est la chose la mieux partagée par le peuple camerounais, dès la nuit tombée », se désole Alain Carlos Tetchang, un jeune étudiant de 19 ans qui habite à Douala (capitale économique du Cameroun).
Il note, dans une déclaration à Anadolu, avoir vécu l'enfer l'année de son baccalauréat : "chaque soir, j'avais la même hantise : que l'électricité soit coupée, fait qui ne manquait pas de se produire, je devais toujours me prémunir d'au moins trois bougies pour pouvoir travailler".
Aujourd'hui, Alain Carlos se dit presque habitué à ces coupures avant de relever :" le Cameroun compte beaucoup de barrages mais n'arrive à les utiliser à bon escient".
Deuxième plus grand potentiel hydroélectrique en Afrique centrale (un potentiel estimé à 20 Gigawatts), le Cameroun reste très en deça des objectifs visés alors qu'à peine la moitié de la population a accès à l’électricité. Un déclage qui incombe, notamment, selon Eneo (concessionnaire du service public de l'électricité au Cameroun) à la baisse de production de la Sanaga, le plus long fleuve du Cameroun ( due à la baisse du niveau de l'eau) ainsi qu'au niveau des barrages d'Edéa et de Songloulou, principaux pourvoyeurs d'électricité de la société.
D'une manière plus générale, le problème d'accès à l'électricité au Cameroun incombe au fait que la capacité de production demeure faible alors que certains barrages sont encore inxeploités.
"Le taux d’électrification est encore plus bas dans les zones rurales", précise Joël Nana Kontchou, directeur général d'Eneo (concessionnaire du service public de l'électricité au Cameroun), dans une déclaration à Anadolu, ajoutant : "La consommation annuelle d’énergie électrique par habitant est d’environ 165 kilowatt par heure alors qu’elle s’élève à plus de 1650 kwh en Afrique Australe."
Il note que, sur les 22 millions d’habitants que compte le Cameroun, seuls 976 000 sont abonnés à Eneo et de souligner: "Aujourd’hui, l’énergie fournie n'est pas stable et les interruptions très fréquentes."
Joël Nana Kontchou explique, en outre, que "pour réduire les délestages (opération qui consiste à arrêter volontairement l'approvisionnement d'un ou de plusieurs consommateurs pour rétablir rapidement l'équilibre entre la production et la consommation du réseau) et dépasser la barre de deux millions de clients à l’horizon 2024, l’entreprise compte investir 447 milliards de Francs Cfa ( 810,9 millions de dollars Usd) sur les dix prochaines années dans le développement du réseau et du service commercial".
"Nous réduirons de 70%, sur 5 ans, la durée moyenne annuelle des coupures électriques pour les faire passer de 105 à 35 h, nous allons, également remplacer ou réparer 400 000 poteaux en bois au cours des cinq années et créer 4 à 5 mille nouveaux postes de distribution de basse tension pour pallier les baisses de tension et réduire les défaillances techniques", détaille le directeur général.
Selon Robert Soh Tangakou, économiste et enseignant à l'Université de Douala, "l’énorme potentiel hydroélectrique dont dispose le Cameroun peut, notablement, contribuer à augmenter la croissance du pays".
Il pense, par ailleurs, que l'optimisation de la production électrique et la satisfaction de la demande nationale en la matière, doit passer par un ensemble de mesures :"l'Etat et l'entreprise en charge doivent finaliser les projets de construction de barrages en cours, diversifier la production des énergies en recourant notamment au solaire. Le gouvernement doit surtout promouvoir les petites productions d’énergie tout en veillant à ne pas avoir un secteur monopolisé par une seule entreprise en l'occurrence, Eneo", précise-t-il à ce propos.
Le spécialiste estime, par ailleurs, que le "potentiel hydroélectrique du Cameroun lui permet, non seulement, de satisfaire sa demande intérieure mais aussi de mobiliser d'importants bénéfices en pourvoyant en énergie des pays tels le Tchad et la République Centrafricaine".
Le directeur général d’Eneo affirme, pour sa part, que l’entreprise compte réhabiliter le barrage de Songloulou (un de ses principaux barrages fournisseurs) et acheter de l’énergie auprès des barrages de Me’mvelé (Sud), Natchigal (centre) et auprès de l’extension de la centrale à gaz de kribi (Sud), en cours de construction.
Robert Soh Tangakou juge, lui, que ces mesures sont insuffisantes dans la mesure où "la plus grande part de la population n’a pas accès à l’électricité" et juge qu’il faut, surtout, "diversifier le secteur en ouvrant la voie à d’autres entreprises".