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Redorer le blason de l'enseignement togolais pour rayonner, de nouveau, sur le continent africain : telle est l'ambition clairement affichée du gouvernement qui lance de nombreuses initiatives pour la rentrée universitaire d'octobre prochain, se réjouissent les spécialistes de l’enseignement rencontrés par Anadolu.
Conscient de l'enjeu qu'englobe la formation des élites pour le continent noir, le gouvernement a décidé de lancer de grands chantiers pour redonner sa gloire passée à l'enseignement supérieur à travers, notamment, un "Vaste projet de modernisation des universités publiques du Togo", relève le Professeur Komlanvi Francisco Seddoh, ancien président de l’Université de Lomé, rencontré par Anadolu.
Jusqu’aux années 1992 (début de grèves générales et illimitées dans différents secteurs), étudier au Togo était une orientation privilégiée des Africains. Le Togo était d'ailleurs reconnu pour son rôle de "pépinière des élites africaines des années d’après les indépendances".
"Plusieurs ministres et directeurs de sociétés de pays africains sont des produits des universités togolaises de la décennie passée", rappelle Seddoh.
"Beaucoup de hauts cadres du Niger, du Mali et autres ont été formés ici. L’ancien Premier Ministre togolais M. Gilbert Houngbo, actuellement à la tête du BIT (Bureau International du Travail) a été formé à la FASEG (Faculté des Sciences Economiques et de Gestion) à l’Université de Lomé (UL) et les ¾ des ministres du gouvernement actuel du Togo, se sont connus au Collège ''Chaminade'' à Kara (Nord) avant de se former à l'UL à l'exemple du premier ministre togolais Komi Klassou Sélom", détaille-t-il avec fierté.
"L’UL a d’ailleurs durant longtemps été l’une des meilleures universités en Afrique se situant sur le podium des meilleurs universités francophones du continent", et emboitant le pas à des universités sénégalaises et égyptiennes.
Pourtant, le classement 2013 des 100 meilleures universités africaines, établi par ‘’4icu.org University Web Ranking’’ encore appelé ‘’International Colleges and Universities (ICU)" ne laisse pour la 3e année consécutive aucune place pour les deux Universités publiques du Togo (Lomé et Kara) donnant la première place à l’Afrique du Sud avec 20 établissements dans le top 100 suivie du Benin, du Burkina Faso et du Ghana, des pays frontaliers du Togo qui y sont bien représentés.
Dans une interview accordée à Anadolu, le ministre togolais des enseignements supérieurs et de la recherche, Prof Octave Nicoué Broohm, impute cette terrible régression à ‘’la longue crise politique et civile’’ que le pays a connue (coups d'Etat et crise économique).
"Le Togo a connu une longue crise qui a affaiblie les moyens de l’Etat (investissement et formation donc faiblesse de l’éducation) alors que dans le même temps de nombreux jeunes sont arrivés sur les bancs de l'université créant un effet de massification contrairement aux prévisions des structures d’accueil", explique Broohm.
En effet, "les structures prévues pour des effectifs de 16 à 20.000 étudiants, en accueillent finalement 60 à 70.000 étudiants pour l’Université de Lomé seule", en témoigne à Anadolu Mathieu Désiré Agada, président du Relais Estudiantin pour la Promotion de la Citoyenneté et les Droits de l’Homme (REP-CDH).
Aujourd'hui, le gouvernement togolais a décidé de remettre au goût du jour la culture de la réussite et l'impératif de l'excellence. Pour cela, "une gouvernance universitaire de qualité s'impose", assure Broohm qui fait état de lancement de plusieurs projets, tous concourant vers une nouvelle dynamique.
En dehors des séminaires qui sont organisés pour renforcer les compétences des enseignants pour être à la hauteur des enjeux, le ministre annonce que "plusieurs amphithéâtres sont en cours de construction, de même que de nouveaux blocs pédagogiques, de nouveaux bureaux pour les enseignants’’ et que ‘’tout sera prêt dès la prochaine rentrée (octobre)’’.
Pour renforcer la qualité de l’enseignement et équilibrer le ratio enseignant-étudiant, le ministre informe du "recrutement de plusieurs dizaines d'enseignants pour équilibrer le ratio enseignant - étudiant" lequel, prévu pour être 1/30, est aujourd'hui de 1/120 à l'UL et 1/172 étudiants à l'Université de Kara, les deux Universités publiques du pays.
"Un plan de réforme des curricula est en cours pour une efficacité interne du système d’enseignement, l’objectif étant de permettre des formations à forts débouchés", ajoute-t-il.
Un projet pour identifier les étudiants dans les universités du Togo depuis le BAC jusqu’à leur insertion professionnelle (ceux qui réussissent bien, moins bien, ceux qui sont insérés dans le tissus social et économique) sera également lancé sous peu, informe-t-il encore.
Pour le Recteur honoraire de l’Université Omar Bongo (Libreville-Gabon), vice-recteur honoraire de l’agence universitaire de la francophonie, Professeur Mvé Ondo Bonaventure, rencontré par Anadolu à Lomé,"Les universités africaines doivent former avec beaucoup de soin les jeunes qui accompagnent le développement".
"Et tout cela, dans l'objectif d'arriver à une vision mondiale de formation des étudiants élites de demain mais surtout qui apportent une valeur ajoutée au développement de l’Afrique", préconise-t-il tout en soutenant les réformes togolaises.