AA/ Paris/ Nafaa Chtioui
Une instance représentative de tous les musulmans de France est devenue "une nécessité", selon Ahmed Jaballah, directeur de l’Institut Européen des Sciences Humaines de Paris (IESH) et membre du comité administratif de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), dans un entretien avec Anadolu.
Cette représentation réelle des musulmans au sein de la République, s'impose aujourd'hui avec d'autant plus d'urgence, après la vague d'attentats commis en France au nom de l'Islam, et ce, "dans l’intérêt des musulmans, de la France et des communautés européennes"
"Depuis des années et nous avons ressenti la nécessité d’un comité islamique générale qui sera la voie des musulmans, une voie qui concrétise leurs demandes et unit leur parole. Il y a eu plusieurs tentatives, depuis 25 ans dans ce contexte, comme le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), mais cette instance n’a pas eu la confiance et l’accord de tous les musulmans."
Cet objectif se heurte, ainsi, selon Jaballah, à plusieurs obstacles, certains ne sont qu'inhérents au monde musulman, à l'instar de "la fragmentation existante dans la place islamique". D'autres, au contraire, dépendent de la gestion de ce dossier par les autorités françaises.
"La politique française n’a pas aidé pour la naissance d’un comité islamique. Un comité qui représente tous les musulmans d’une manière démocratique, ils ont réagi avec ce dossier selon leurs intérêts et leurs relations avec les pays maghrébins ce qui négligeait le dossier islamique." a déclaré Jaballah.
Au lieu de cela, Jaballah propose, non sans prendre en considération le poids des pays dont relèvent les communautés, "de traiter la question de l’islam comme étant un sujet étranger et non pas un sujet national français, l’islam est devenu une partie du spectacle religieux français." a-t-il soutenu.
Pour faire réussir le projet fédérateur, ce dirigeant de l'UOIF, voit la participation des jeunes comme une condition sine qua non. D'abord, en ce qu'ils peuvent être un moteur dynamique pour le lancement d'un projet de cette envergure. Une autre raison est liée à la crainte de leur récupération par des courants extrémistes.
"Je dis bien qu’une grande partie des jeunes musulmans sont des jeunes modérés mais il y a une autre catégorie qui n’ pas une bonne compréhension de l’Islam et tombent dans les réactions pensant défendre l’Islam. Une autre partie de jeunes sont attirées par des groupes violents et tombent dans le terrorisme et commettent des actes de violence." soutient Jaballah "Comment peut-on développer notre discours et comment le rendre un discours de prévention pour que les jeunes évitent ces organisations et ces séductions ? Il y a des efforts qui sont en train d’être fournis."
Sans un projet fédérateur, martèle Jaballah, il y a un risque que "l'islamophobie s'accentue". La semaine écoulée, une série d'attaques terroristes, dont la plus marquante avait visé le journal satirique Charlie Hebdo, provoquant la mort d'une douzaine de personnes, outre les trois assaillants, et produisant l'émoi du peuple français, et au-delà, de la communauté internationale.
A l'initiative du Président français, François Hollande, une marche populaire a alors été organisée, dimanche, qui a vu la participation d'une soixantaine de dirigeants du monde entier. Une initiative à laquelle adhère Jaballah, qui y voit une manifestation de l'inscription de nombre de musulmans de France, qui y ont pris part, dans "les valeurs de la République".
"Dans notre discours, il faut être respectueux de la société de ses valeurs et il faut qu’on soit des citoyens efficaces. La solution se trouve dans la communication et il faut qu’on soit efficace, réagir convenablement et être des bons citoyens, et à partir de notre présence on peut sortir de cet attitude raciste et islamophobe." conclut le dirigeant de l'UOIF.