Feiza Ben Mohamed
14 Décembre 2022•Mise à jour: 15 Décembre 2022
AA / Nice / Feïza Ben Mohamed
Cinq ONG se disent inquiètes de "l’effet d’intimidation" de la convocation de trois journalistes par les services de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure), dans un communiqué publié mardi.
Les cinq organisations, à savoir, Amnesty International France, la Fédération internationale pour les droits humains (Fidh), la Ligue des droits de l’Homme, la Maison des Lanceurs d'Alerte et Sherpa, « rappellent qu’une presse libre traitant de questions d’intérêt public est la pierre angulaire de toute société respectueuse des droits humains ».
Nadège Buquet, coprésidente de la Maison des Lanceurs d'Alerte, juge d’ailleurs « inquiétante pour le droit d'alerter et la liberté d'informer », la « tentative d’intimider les journalistes » et considère que « le secret défense ne doit pas servir à couvrir des comportements illégaux et des atteintes à l'intérêt général ».
« Il doit encore moins permettre de révéler à tout prix l'identité des lanceurs d'alerte qui signalent des dysfonctionnements, et de les exposer ainsi à des représailles qui, pour rappel, sont interdites par la loi. C'est sur la résolution de ces dysfonctionnements que les services de l'État doivent se concentrer », poursuit notamment l’activiste.
De son côté, Patrick Baudouin, président de la LDH et président d'honneur de la Fidh, estime que les « menaces pesant sur la liberté de la presse deviennent de plus en plus fréquentes » et rappelle, à cet effet, qu’il « n’est pas tolérable dans un régime démocratique d’utiliser le recours aux services de sécurité pour tenter de museler la presse ».
Les trois journalistes, Geoffrey Livolsi, Benoît Collombat et Jacques Monin sont convoqués, mercredi en audition libre, par les policiers de la section des atteintes au secret de la défense nationale de la DGSI suite à la publication, en 2018, d’une enquête sur des faits présumés de favoritisme dans des marchés publics au sein du ministère des Armées.
Si ces pratiques font bien l’objet d’une enquête du Parquet national financier (PNF) pour favoritisme et trafic d’influence depuis 2017, les trois journalistes ayant rendu l’information publique sont désormais inquiétés.
Dans un entretien accordé à l’Agence Anadolu, Geoffrey Livolsi rappelait, début décembre, qu'un total de quatre journalistes ont subi le même sort cette année dans l'Hexagone, et soulignait que huit autres journalistes ont également été convoqués par la DGSI en 2019.
« C’est une inquiétante dérive pour la liberté de la presse en France qui crée un climat malsain pour notre démocratie », a-t-il déploré, s'interrogeant sur le fait de savoir s'il « est encore possible d’enquêter sur l’armée française ».