Mona Saanouni
20 Septembre 2020•Mise à jour: 21 Septembre 2020
AA/ Paris / Ümit Dönmez
L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés a déploré le décès de trois réfugiés rohingyas, plus d'une semaine après leur arrivée à bon port sur l'Île d'Aceh, en Indonésie, le 7 septembre dernier.
La porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) a rapporté mardi que "parmi les arrivants, un jeune homme et deux jeunes femmes, tous âgés de moins de 25 ans, sont aujourd’hui décédés", rappelant que "plus de 30 personnes auraient trouvé la mort au cours de la traversée, qui avait débuté à Cox Bazar, au Bangladesh, et qui a duré sept mois".
- Profondes préoccupations du HCR sur l'état de santé des réfugiés
Lors d'une conférence de presse au Palais des Nations à Genève (Suisse), Shabia Mantoo a fait état de sa profonde préoccupation sur l'état de "santé de nombreux autres membres du groupe de 293 personnes, dont plus d’un tiers a été identifié comme ayant besoin d’une hospitalisation et de soins médicaux", selon la porte-parole du HCR.
Mantoo a rapporté que la majorité des personnes présentes dans le groupe de réfugiés étaient des femmes et des enfants :
"La majorité des membres de ce groupe (quatre sur cinq) sont des femmes et des enfants, et environ la moitié sont des jeunes filles de moins de 18 ans", la porte-parole précisant que les "rescapés sont dans un état physique fragile et ont subi de graves traumatismes."
- De nombreux réfugiés rohingyas atteints du béribéri
Selon la porte-parole du HCR, le long et difficile voyage de ce groupe de réfugiés rohingyas a fortement détérioré leur état de santé, Mantoo rapportant que beaucoup d'entre eux seraient atteints du béribéri, une maladie pouvant provoquer une insuffisance cardiaque et des troubles neurologiques :
"Ayant été refoulés en mer à plusieurs reprises et s’étant vu refuser le débarquement dans la région, beaucoup présentent des symptômes correspondant au béribéri, une maladie évitable causée par un déficit aigu en vitamines", a déploré la porte-parole.
Selon l'OMS, les personnes atteintes du béribéri souffrent d'une grande fatigue ainsi que d'une perte de poids, mais également de troubles neurologiques comme l'altération des perceptions, mais également de faiblesse de douleur dans les membres ainsi que d'un rythme cardiaque irrégulier.
- Plusieurs enfants réfugiés sans parents
La porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés a également souligné la présence d'enfants sans parents parmi les rescapés de l'éprouvant voyage qui a duré 7 mois :
"De nombreux enfants du groupe sont sans leurs parents, et d’autres ne sont accompagnés d’aucun tuteur. Au moins un garçon, âgé de 12 ans, a perdu la personne qui prenait soin de lui au cours du voyage, avec la mort de son père", a déploré Shabia Mantoo.
Le HCR a tenu à remercier les organisation non gouvernementales présentes sur place pour apporter le soutien et les soins dont les réfugiés ont besoin, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés félicitant "le gouvernement indonésien et la communauté locale d’Aceh pour avoir accueilli le groupe et mobilisé le soutien nécessaire pour répondre rapidement à leurs besoins immédiats".
- La souffrance des Rohingyas
Près de 24 000 Rohingyas musulmans ont été tués depuis 2017 par les forces de l’État du Myanmar dans le nord du pays, selon un rapport de l’Agence ontarienne de développement international qui a également établi que plus de 34 000 Rohingyas ont été jetés dans le feu, tandis qu'au moins 114 000 Rohingyas ont été battus.
Plus de 18 000 femmes et filles rohingyas ont été violées par des membres des forces armées ou de la police du Myanmar, et plus de 115 000 maisons rohingyas ont été incendiées alors que 113 000 ont été vandalisées, selon Amnesty International.
Selon l'ONG de défense des droits de l'Homme, plus de 750 000 réfugiés rohingyas, des femmes et des enfants pour la majorité d'entre eux, ont fui le Myanmar et se sont installés de façon temporaire au Bangladesh depuis la sanglante répression de 2017, portant le nombre de réfugiés présents au Bangladesh, après avoir fui les persécutions, à plus de 1,2 million.
Selon une décision rendue le 23 janvier par la Cour internationale de Justice, le Myanmar est dans l'obligation de prendre toutes les mesures pour protéger la communauté rohingya contre toutes atteintes psychologiques et physiques, ainsi que contre le fait d'infliger délibérément des conditions de vie qui causent une "destruction physique", ainsi que des mesures "destinées à empêcher les naissances au sein du groupe".