Esma Ben Said
04 Janvier 2018•Mise à jour: 05 Janvier 2018
AA/Malabo/Fabien Essiane
Des affrontements ont éclaté mercredi entre les forces de sécurités équato-guinéennes et des "mercenaires", à proximité des frontières avec le Gabon et le Cameroun, peu de temps après que Malabo a annoncé avoir fait avorté un "coup d’Etat", selon des sources officielles.
"Les forces de sécurité de Guinée équatoriale ont abattu un mercenaire lors d'affrontements. Avec les tirs, les mercenaires se sont dispersés dans les forêts frontalières de la Guinée équatoriale", a rapporté mercredi soir, la télévision d'Etat équato-guinéenne (TVGE).
Le média officiel n’a toutefois fourni aucun détail concernant le nombre des dits "mercenaires".
Quelques heures auparavant, le ministre équato-guinéen de la sécurité, Nicolas Obama Nchama, a affirmé, dans un communiqué lu à la télévision d’Etat, que ses services ont "fait avorter" le projet d’un groupe, à la solde de l'opposition, qui voulait "attaquer le chef de l’État".
Jusqu’ici, les autorités équato-guinéennes s’étaient montrées particulièrement prudentes alors que des rumeurs d’un coup d’Etat se sont multipliées ces derniers jours.
Dans son adresse à la Nation, à l’occasion de sa présentation des vœux du nouvel an, le 31 décembre dernier, le Président de la République Teodoro Obiang Nguema Mbasogo avait affirmé qu’ "on est en train d’organiser une guerre car ils disent que j’ai passé beaucoup de temps au pouvoir".
Obiang Nguema Mbasogo, avait également assuré à ses compatriotes, "je ne suis pas au pouvoir parce que je veux y être. Quand vous voulez, vous pouvez me dire "Président, tu as déjà travaillé beaucoup", et je m’en irai".
Son ministre de la Sécurité nationale, a confirmé les rumeurs d'attaques, précisant, mercredi, que "le 24 décembre, un groupe de mercenaires tchadiens, soudanais et centrafricains ont infiltré les localités de Kye-Ossi, Ebebiyin, Mongomo, Bata et Malabo pour attaquer le chef de l’État, qui se trouvait dans le palais présidentiel de Mongomo son village natale, pour passer les fêtes de fin d’année".
Le communiqué, lu sur les ondes de la Télévision d’État, ajoute que les autorités équato-guinéennes ont "activé immédiatement une opération de démantèlement en collaboration avec les services de sécurité du Cameroun".
-L’opposition radicale indexée
Le groupe de mercenaires tchadiens, soudanais et centrafricains finalement arrêtés le 27 décembre, alors qu’ils traversaient la frontière à Kye-Ossi, aurait été mené par " un général tchadien proche de Gabriel Nse Obiang Obono (président du parti d’opposition Citoyens pour l’innovation (CI), qui compte un député à l’Assemblée nationale)", selon une source gouvernementale jointe par Anadolu.
Une information qui rejoint la teneur du communiqué ministériel, qui affirme pour sa part que les mercenaires arrêtés ont été "contactés par des Équato-guinéens militants de certains partis d’opposition radicale avec le soutien de certaines puissances" étrangères.
De son côté, le parti d’opposition CI (Convergence pour l’Innovation), a dressé, dans un communiqué parvenu à Anadolu mercredi soir, une liste de 146 noms de militants, détenus selon le parti, depuis le 29 décembre au lendemain du présumé "coup d’Etat manqué" en Guinée Équatoriale.
Parmi ces détenus on retrouve l’unique député, Jesús Mitogo Oyono Andeme et l’unique conseillère municipale Elvira Beheba Site, tous élus lors des dernières élections générales organisées dans le pays en novembre 2017.
Le parti précise que "cette liste est non exhaustive parce qu’il y a des disparus dont nous sommes sans nouvelles".
Petit pays d’Afrique centrale, ancienne colonie espagnole, la Guinée équatoriale est dirigée sans partage depuis 1979 par Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, 75 ans, recordman de longévité en Afrique.
C’est la deuxième tentative de coup d’État déjouée par la Guinée équatoriale depuis 2004.