Ahmet Dursun
04 Juin 2024•Mise à jour: 05 Juin 2024
AA / Téhéran / Ahmet Dursun
Les difficultés économiques et les conditions de vie ont émergé comme des thèmes centraux chez les 80 candidats déclarés à l'élection présidentielle iranienne, prévue pour le 28 juin.
L'Iran a ouvert la voie à la tenue d'une élection présidentielle anticipée, à la suite du décès du président Ebrahim Raïssi dans un accident d'hélicoptère survenu le 19 mai dernier.
Les inscriptions pour la 14e élection présidentielle ont commencé le 30 mai et se sont terminées cinq jours plus tard. La liste des candidats comprend 46 conservateurs, 16 indépendants, 13 réformateurs, trois conservateurs modérés et deux membres du parti affilié à l'ancien président Mahmoud Ahmadinejad.
La majorité des candidats sont des membres actuels ou anciens du Parlement. Parmi les personnalités les plus connues figurent l'ancien président du Parlement Ali Larijani, l'ancien secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale Saïd Jalili, l'ancien président Mahmoud Ahmadinejad, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf et l'ancien vice-président Eshaq Jahangiri. Quatre femmes politiques ont également déposé leur candidature pour la course à la présidence.
Le ministre de la culture et de l'orientation islamique par intérim, Mohammad Mehdi Esmaili, le ministre des infrastructures routières et du développement urbain, Mehrdad Bazrpash, le ministre du travail et de la protection sociale, Sowlat Mortazavi, le vice-président Amir Hossein Ghazizadeh Hashemi, ainsi que le chef de l'organisation du budget et de la planification, Davood Manzoor sont également en lice.
Si 80 personnes ont déjà fait acte de candidature, celle-ci n'est pas encore certaine. Le Conseil des gardiens de la Constitution décidera dans les sept jours s'ils remplissent les conditions requises pour participer aux élections. Cet organe a toujours opposé son veto à de nombreuses personnalités, dont Larijani, Ahmadinejad et Jahangiri. La décision du Conseil devrait influencer de manière significative la dynamique des élections.
** Candidats clés
Ali Larijani, un conservateur modéré de 66 ans, a été président du Parlement de 2008 à 2020. Larijani s'est vu opposer un veto aux élections de 2021, sans explication. Les spéculations vont bon train sur le fait qu'il a obtenu cette fois-ci l'appui du guide suprême Ali Khamenei. « Nous n'arriverons jamais à rien avec un gouvernement encombrant qui s'immisce dans les affaires des gens », a déclaré Larijani, ajoutant que le règlement de la question des sanctions serait également l'une des priorités de la diplomatie iranienne.
Saïd Jalili, un conservateur de 58 ans, était secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale et principal négociateur sur le nucléaire sous la présidence d'Ahmadinejad. La ligne dure de Jalili a à la fois renforcé et limité son attrait. Celui qui s'était retiré de la course pour 2021 en faveur de Raïssi, est actuellement le représentant de Khamenei au Conseil suprême de sécurité nationale et s'est engagé à poursuivre les politiques du Raïssi. Il a déclaré : « L'Iran est désormais reconnu comme l'égal des grandes puissances. Il est temps que tous les Iraniens, un par un, jouent un rôle dans le développement du pays ».
Mahmoud Ahmadinejad, 67 ans, qui a été président de 2005 à 2013, a mené des politiques sociales, en particulier à l'égard des couches pauvres et à faibles revenus du pays, tout en maintenant une politique étrangère stricte. Malgré le soutien important dont il bénéficie auprès de l'opinion publique, le Conseil des gardiens de la Constitution lui a opposé à plusieurs reprises son veto. Mahmoud Ahmadinejad a déclaré que s'il devenait président, le principal objectif de son gouvernement serait d'éliminer le problème de la pauvreté dans le pays.
Mohammad Bagher Ghalibaf, 62 ans, ancien commandant des forces aériennes du Corps des gardiens de la révolution, a été maire de Téhéran et est actuellement président du Parlement. Ghalibaf a été confronté à des critiques et à des scandales, notamment des révélations sur la résidence de son fils au Canada. Il a déclaré : « Je me suis présenté pour empêcher que le pays ne connaisse une période de stagnation et de mauvaise gestion comme les années précédentes ».
Eshaq Jahangiri, 66 ans, a été le premier vice-président de Hassan Rouhani de 2013 à 2021. Allié des réformateurs, Jahangiri s'est exprimé sur les difficultés économiques du pays, soulignant la nécessité de réformes systémiques pour lutter contre l'inflation, la pauvreté et la corruption. Jahangiri a déclaré à la presse après le dépôt de sa candidature : « La situation que connaît aujourd'hui le pays est déplorable. Malgré tous les succès que nous avons remportés, nous n'avons pas atteint le développement et la croissance ».
** Stratégie réformiste
Les réformistes ont adopté une approche prudente, attendant les décisions du Conseil des gardiens de la Constitution. Des informations suggèrent qu'ils pourraient soutenir Larijani ou Jahangiri si leurs candidatures sont approuvées.
L'analyste politique Hamid Roushancheh a fait remarquer que la participation populaire est cruciale pour le régime, suggérant que le Conseil pourrait approuver un ou deux candidats ayant précédemment fait l'objet d'un veto afin, d'assurer des élections ouvertes et concurrentielles.
Les prochaines élections s'annoncent très disputées, les questions économiques étant au premier plan. Le processus d'approbation du conseil sera décisif pour l'établissement de la liste finale des candidats et, en fin de compte, pour l'orientation future du pouvoir iranien.
*Traduit de l’Anglais par Mourad Belhaj