Palestine : La production traditionnelle de cuir menacée de disparition
- Les fabricants d’Hébron résistent malgré l’augmentation des importations et des restrictions israéliennes.
Esma Ben Said
20 Février 2018•Mise à jour: 21 Février 2018
AnkaraAA- Cisjordanie
Les producteurs de cuir d'Hébron, ville palestinienne connue pour la fabrication de chaussures, tentent d'exercer leur métier malgré les restrictions d'Israël.
Les 10 membres de la famille « Zateri » qui travaillent dans l'usine « Hadise », à Hébron, recourent aux méthodes traditionnelles afin de travailler le cuir obtenu à partir des peaux de vache et de chèvre.
Gérant de l'usine, Rami Zateri (35), a partagé les subtilités du métier avec Anadolu.
Précisant que l'usine a été créée en 1940, Zateri a confié qu'ils recourent aux méthodes traditionnelles pour tanner les peaux des animaux et ajoute que des machines plus modernes ainsi que des produits chimiques sont désormais utilisés pour nettoyer le cuir.
« Les peaux achetées dans des boucheries ou des abattoirs sont salées pour éviter qu'elles ne périssent. Puis, elles sont lavées et nettoyées avec les produits chimiques. Les cuirs obtenus sont repassés puis peints en fonction de la demande », explique Zateri qui indique ainsi les différentes étapes nécessaires à la création du cuir.
- Métier ancestral
Zateri partage que sa famille possède 12 usines de fabrication dans la ville et ajoute qu’il est propriétaire avec ses oncles de l’usine où il travaille. Il indique que le métier qu'il exerce est l’héritage légué par ses aïeuls.
- Des chaussures importées
Zateri qui indique que l’usine, en plus des chaussures, produit également des ceintures, des sacs et des meubles, partage l'inquiétude des fabricants locaux face à la concurrence engendrée par les chaussures importées.
- Le cuir naturel se ressent au toucher
Talal Zateri (55), copropriétaire de l'usine, est un témoin des changements technologiques intervenus dans le secteur depuis 40 ans.
Indiquant que le tannage est aussi vieux que l’homme, il explique que cette étape est indispensable pour conférer douceur et résistance au cuir.
« Il est possible d'utiliser ce cuir pendant des années. Il est résistant au feu, à l'eau et à la chaleur. C'est un cuir de haute qualité. Les chaussures en cuir n'engendrent pas de mauvaises odeurs, sont très confortables et faciles à nettoyer. Elles ont une plus longue durée de vie. Seul le toucher permet de distinguer le vrai cuir naturel ».
Déplorant la rude concurrence dans le secteur, Talal Zateri, a fait savoir que 80% des producteurs ont été contraints à la fermeture faute de productivité.
- Les restrictions d'Israël
La concurrence engendrée par l'importation de chaussures n'est pas la seule difficulté à laquelle les producteurs doivent faire face. En effet, les restrictions imposées par Israël au secteur commercial ainsi qu'à la production du cuir pèsent également sur les fabricants locaux.
A ce titre, l'administration israélienne interdit l'entrée de certains produits chimiques, utilisés dans le secteur, au motif que ces derniers sont nocifs pour la santé. L'entrée de ces produits est permise seulement après l'acquisition d'une autorisation spécifique auprès des autorités israéliennes.
Enfin, si l'importation des chaussures et les restrictions d'Israël se poursuivent, la disparition de la production traditionnelle de cuir dans le centre industriel d'Hébron, en Cisjordanie, est inévitable.