AA / Yaoundé / Anne Mireille Nzouankeu
10 chinois qui travaillaient sur le chantier de la route qui va de Maroua à Kousseri, dans la ville de Waza (extrême Nord du Cameroun) ont disparu et auraient été enlevés suite à une attaque attribuée au groupe armé Boko Haram dans la nuit du vendredi, a indiqué samedi une source militaire camerounaise, à Anadolu alors qu'un témoin faisait état d'au moins un mort lors de cette attaque.
Cet incident est intervenu quelques heures avant la tenue à Paris, samedi, d’un sommet international pour la sécurité du Nigeria, initié par la France et où seront réunis les dirigeants des Etats de la région (Nigéria, Cameroun, Tchad, Niger et Bénin), qui doivent arrêter une stratégie commune contre le groupe armé Boko Haram.
« Il y a eu une attaque à Waza par des hommes lourdement armés et non encore identifiés. Dix ouvriers chinois manquent à l’appel mais il est encore trop tôt pour dire qu’ils ont été enlevés. Ils se sont peut-être cachés quelque part et vont réapparaître dans la journée », a expliqué le militaire, joint par téléphone.
« Il ne faut pas que les populations soient prises de panique, l’armée contrôle la situation», a-t-il affirmé avant de poursuivre : « il y a eu de précédentes attaques dans la région mais c’est vrai que c’est la première fois qu’elles sont aussi violentes. Des hommes supplémentaires sont d’ailleurs en train d’arriver dans la ville pour renforcer la sécurité» .
Un employé du parc national de Waza, a témoigné, sous couvert de l’anonymat : «vendredi, aux alentours de 21h, l’électricité a été coupé et quelques minutes après cette coupure, nous avons entendu des coups de feu venant à moins de 100 mètres de notre campement, plus précisément là où les chinois habitent» , a-t-il indiqué.
« Nous ne savions pas exactement ce qui se passait. Mais lorsque environ 30 minutes après, nous avons entendus des voitures de BIR [Bataillon d’intervention Rapide, ndlr] qui arrivaient puis des coups de feu plus nourris, nous avons compris qu’il se passait quelque chose de grave », a-t-il ajouté.
D’après cet éco-garde, ses collègues et lui ont entendu ces hommes parler une langue proche de l’Haoussa (langue tchadique parlée en Afrique de l’Ouest) et « les combats entre les hommes du Bataillon d’Intervention Rapide, un corps d’élite de l’armée camerounaise et ces hommes non encore clairement identifiés ont duré de 21h à 2h du matin. » ont-ils affirmé.
« Nous avons dormi caché dans la brousse avec les animaux. Vers 2h du matin il y a eu un silence mais personne n’est sorti de sa cachette. C’est au lever du jour que nous sommes sortis et avons constaté les dégâts. J’ai personnellement vu un mort et trois blessés. Peut-être qu’il y en a d’autres ailleurs », révèle l’employé du parc de WAZA.
Les chinois portés disparus travaillaient pour une entreprise chinoise qui a gagné le marché de réhabilitation du tronçon routier Maroua-Kousseri dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun.
La ville de Waza se trouve à une dizaine de kilomètres de la frontière du Nigeria et jouxte l’Etat de Borno, épicentre de l’insurrection menée par Boko Haram depuis cinq ans, et lieu de plusieurs enlèvements et tueries ces derniers mois.
Ainsi deux prêtres italiens et une soeur canadienne avaient été enlevés dans cette région, au début du mois d'avril et n'ont toujours pas été retrouvés jusqu'à présent.
De même, 200 jeunes filles ont également été kidnappées à la mi-avril, et sont toujours entre les mains du groupe armé, suscitant l'émoi et la mobilisation de la communauté internationale.
Au début du mois de mai, le sénateur de Borno, Ahmed Zanah, avait déclaré à Anadolu , que plus de 200 personnes avaient été tuées par des membres de Boko Haram dans la zone de Gamboru Ngala sur les frontières avec le Cameroun, à 200 kilomètres de Maiduguri, la capitale de l'Etat de Borno. Des sources locales avaient avancé un bilan plus lourd, allant jusqu’à 300 morts.
C’est aussi à Borno que les habitants d’un village ont repoussé l’attaque de quelques 400 insurgés présumés appartenir à Boko Haram, en tuant plusieurs personnes et en capturant une dizaine d'autres, avait alors indiqué un groupe d’autodéfense local à Anadolu, à la mi-mai.