AA / Le Caire / Hazem Badr
L’ex-ministre égyptien des Affaires étrangères Nabil Fahmi, en poste depuis la destitution de l’ancien président élu Morsi, en juillet 2013, et qui a défendu avec force cette mesure, ne faisait pas partie des ministres mal vus par Abdel Fattah al-Sissi, d’autant plus qu’il l’a accompagné dans son voyage à Moscou en février dernier.
Bien que tous les indices convergeaient vers le maintien de Fahmi dans le cabinet de Mahlab II, qui a prêté serment mardi, la surprise a été de voir le portefeuille des Affaires étrangères confié à quelqu'un d'autre que Fahmi, en l'occurence à Sameh Chokri, à la retraite depuis deux ans.
L’expérience du nouveau chef de la diplomatie égyptienne ne diffère pas trop de celle de son prédécesseur. Les deux hommes ont assumé, successivement, la responsabilité de la plus importante et prestigieuse ambassade égyptienne à l’étranger, celle de Washington. La principale différence consiste en la «rigidité» de Chokri qui contraste et fait de l’ombre par moments à son rôle de diplomate.
Le nouveau chef de la diplomatie égyptienne avait occupé par le passé, de 2005 à 2008, le poste de représentant permanent de l’Egypte à Genève, ce qui lui avait permis de suivre de très près les activités du Conseil onusien des droits de l’Homme, où il représentait son pays.
Certaines de ses positions affichées à l’époque étaient réputées pour leur «non conformité» à la ligne politique du gouvernement du Caire.Tout particulièrement quand il défend « la Résistance palestinienne en lutte contre un occupant étranger qui viole son sol », selon un document de WikiLeaks.
Cette position qui paraît incongrue avec «l’adhésion de l’Egypte aux efforts de paix» dans la région, n’a nullement entravé la nomination de Chokri par le régime du Caire en tant qu’ambassadeur dans la capitale fédérale américaine où il était resté en poste jusqu’à son départ à la retraite en 2012.
Certains observateurs estiment que la période écoulée nécessitait une certaine souplesse dans le traitement des critiques, "violentes" par moments adressées par l'Occident au Caire, au sujet de la situation des droits de l'Homme, d'où l'utilité de la "diplomatie" de Fahmi. Néanmoins, après l'élection d'al-Sissi, la prochaine phase a besoin d'une certaine force et rigidité, ce qui expliquerait le choix de Chokri.
Diplômé en droit de l’Université de Ain Shams (Le Caire), Sameh Chokri a rejoint le corps diplomatique en 1976 où il avait gravi tous échelons jusqu’au rang d’ambassadeur d’Egypte à Londres et à Buenos Aires et de chef de la mission diplomatique permanente à New York. Il avait, également, présidé le Département des Etats-Unis d’Amérique et du Canada au ministère égyptien des Affaires étrangères de 1994 à 1995.
Sameh Chokri avait occupé, par ailleurs, le poste de Secrétaire du président de la République (Moubarak) pour les Informations quatre ans durant (1995-1999), et de directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères Ahmed Abou al-Ghit en 2004-2005. Il avait été également en poste en Autriche en tant qu’ambassadeur et de représentant de l’Egypte auprès des organisations internationales basées à Vienne, dont l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA).
Au plan politique, la position affichée par Chokri à l’égard de la révolution du 25 janvier 2011 avait été frontale et claire, en estimant que la révolution a été «prise en otage» par la confrérie des Frères Musulmans et que la révolution du 30 juin est venue «rectifier le tir». Les jeunes de la révolution du 25 janvier 2011 trouvaient ces propos «cohérents et conséquentes» pour un ex-secrétaire d'un président (Moubarak) face auquel le peuple s'es révolté.