AA - Paris - Bilal Muftuoglu
Les résultats du premier tour des élections départementales en France ont fini par révéler un bilan complexe, dès lors chacun des trois premiers partis politiques du pays considère qu'il s'en est sorti avec un succès relatif. Le parti d'extrême droite, le Front National (FN) y voit un ''exploit'' pour lui après avoir obtenu 25,2% des voix. La coalition de droite de l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP) de Nicolas Sarkozy et de l'Union Démocrates et Indépendants (UDI), arrivant en première place, a signalé un ''basculement massif'' de la gauche vers la droite. Le Premier ministre Manuel Valls du Parti socialiste (PS) a constaté de son côté un ''score honorable'' avec un taux près de 20% pour son parti, se félicitant plutôt du résultat du bloc de la gauche, qui avec 36,4%, obtient un score comparable à celui des partis de droite.
''Le FN est maintenant le concurrent principal et de la droite et de la gauche'', a indiqué Martial Foucault, directeur du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) dans son commentaire pour Anadolu. Il aurait effectivement confirmé sa percée depuis les élections européennes de 2014 desquelles il est sorti vainqueur, en connaissant dimanche son meilleur score dans l'histoire des élections locales.
''Le FN n’a aucune raison légitime pour essayer d’atteindre l’exercice du pouvoir en définissant des alliances'', a ajouté Foucault, rappelant que le parti d'extrême-droite songeait jusqu'à il y a quelques années qu'il pouvait accéder au pouvoir avec un gouvernement de coalition.
''Il est difficile de dire du FN qu’il serait le premier parti de France lorsque l’on raisonne dans le cadre d’un scrutin uninominal à deux tours'', ont noté Véronique et Bruno Jérôme, polito-économistes chez ElectionScope. Soulignant l'effet défavorable de la haute participation aux élections pour le FN, ''seul le scrutin à la proportionnelle intégrale'' pourrait lui permettre d'atteindre un tel statut, ont-ils nuancé.
Le Front national qui ne serait donc pas le premier parti de France, se positionne tout de même comme ''une des trois forces majeures'' en France, a affirmé Foucault, évoquant un ''tripartisme'' de la vie politique du pays, contre la division traditionnelle entre la gauche et la droite. Le spécialiste des questions de comportement électoral a rappelé à cet égard que même avec des candidats parfois ''illustres inconnus de la vie politique'', le FN a pu obtenir 5 millions de voix lors du premier tour. Pour Bruno Cautrès, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et au CEVIPOF, le parti bleu marine ''consolide sa place dans la vie politique française'' par ces résultats.
A l'égard des estimations des sondages d'opinion qui plaçaient le FN en première position avec un score au dessus de 30%, Foucault a dénoncé leur ''surestimation''. Mentionnant l'engagement personnel du Premier ministre français Manuel Valls contre la présidente du FN Marine Le Pen, Foucault a estimé que les électeurs, notamment de gauche, se sont mobilisés en partie pour ''empêcher la progression du FN''. Les jeunes qui eux aussi ont davantage participé aux élections, y seraient incités ''par la présence massive du FN''. Cautrès a noté aussi que Valls aurait contribué à empêcher que Le Pen arrive en tête, par ''sa stratégie anti-FN''
Pourtant, le score inférieur aux estimations réalisé par le FN serait dû à la forte mobilisation, non pas au sein de la gauche, mais essentiellement parmi l'électorat UMP-UDI, pour Bruno Cautrès. Il a fait savoir par ailleurs que l'abstention, plus basse que prévue, augmentait traditionnellement les scores du FN car ''l'électorat FN est toujours fidèle à son parti et mobilisé''.
Selon Foucault, les sondages qui sous-estiment en outre l'aspect local des élections, donneraient une estimation plus réaliste des élections législatives où le profil des présidents des partis prime sur les candidats individuels. Pourtant, même avec ce score inférieur à celui prévu par les sondages, le FN est en mesure d'obtenir ''entre 200 et 300 cantons'' sur 2 054.
Le second tour des élections qui aura lieu le 29 mars réservera ses surprises, d'après Foucault, dès lors que le choix de Nicolas Sarkozy de ne pas appeler son électorat à voter ''ni pour le Front national ni pour la gauche'', crée ''un climat d'incertitude''. Rappelant que l’électeur de droite donne en moyenne deux fois plus de report de voix au FN qu’au PS (selon les calculs du CEVIPOF basés sur les élections précédentes), le chercheur a suggéré qu'il y ait des fortes chances que le parti de Marine Le Pen l'emporte sur le PS dans les cantons où ils se confronteront en duel dimanche prochain.