AA / Ahmad Mahmoud
L’ONG internationale Human Rights Watch (HRW) a accusé, mardi, l’Union Africaine (UA) d’avoir failli à son engagement d’établir la justice dans les crimes graves, en reportant la publication du rapport de la commission d’enquête sur les violations des droits de l’Homme au Soudan du Sud.
Cette déclaration a été faite par HRW dans un communiqué publié mardi sur son site électronique.
Le président du Conseil de paix et de sécurité de l'Union Africaine et ancien Président nigérian, Olusegun Obasanjo, avait annoncé le 30 janvier, que "l’UA a différé la présentation formelle du rapport afin de faire avancer le processus de paix qui était sur le point d'aboutir à la formation d’un gouvernement d’unité national intérimaire pour le Soudan du Sud par l’intermédiaire de l’IGAD".
HRW a affirmé dans son communiqué: "Certains responsables de l’UA hésitent à examiner le rapport de crainte d’entraver les pourparlers de paix au Soudan du Sud. [...] Cependant l’expérience a prouvé que les parties du conflit sont capables de poursuivre les auteurs de violation des droits de l’homme, parallèlement au processus de paix."
«L’absence de justice ne peut que compromettre la primauté du droit et encourager à perpétrer davantage de crimes», a prévenu l’organisation, appelant à la publication immédiate du rapport.
Le directeur exécutif de la division Afrique de HRW, Daniel Bekele, considère que par cette décision «l’UA a mis le peuple sud-soudanais dans l’embarras ».
Bekele a expliqué que les Sud-Soudanais avaient souffert de crimes atroces en 2014 et avaient manifesté un grand appui à l’établissement de la justice en tant que moyen de rompre le cercle de la violence.
"Les accords de paix et la justice ne s'excluent, en aucun cas, mutuellement", a conclu le responsable de HRW.
Il n’a pas été possible d’obtenir des commentaires immédiats de l’Union Africaine à propos du communiqué de l'organisation.
Le président sud-soudanais, Salva Kiir et son adjoint limogé et chef des rebelles, Riek Machar, avaient signé, dimanche dernier, un accord visant à mettre fin à la crise qui secoue le pays depuis plus d’un an.
Le Soudan du Sud qui a acquis son indépendance en se séparant du Soudan en 2011, a sombré dans le chaos en décembre dernier, lorsque le président sud-soudanais, Salva Kiir, a accusé le vice-président limogé, Riek Machar, d’avoir orchestré une tentative de coup d’Etat.
Des accusations que Machar réfute catégoriquement, les qualifiant de «complot de Salva pour se débarrasser de ses opposants politiques tout en instillant la peur chez la population».
Des milliers de sud-soudanais ont depuis perdu la vie dans le conflit, tandis qu’environ 1,7 million autres ont été déplacés.