AA - Paris - Bilal Muftuoglu
La reprise des prix pétroliers, en chute libre depuis 2014, nécessitera plus longtemps que prévu en raison du manque de coordination parmi les pays membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et de la position ''irresponsable'' de l'Arabie Saoudite en particulier, a affirmé Nordine Aït-Laoussine, ancien ministre algérien de l'Energie et président de Nalcosa, cabinet de conseil en énergie.
S'exprimant à Anadolu dans le cadre du 16e Sommet International du Pétrole à Paris, Aït-Laoussine a commenté l'évolution des prix pétroliers et la stratégie de l'OPEP, ou de son absence de stratégie, notamment, face à ce qu'il a qualifié d'une crise ''sans précédent'' pour le secteur de l'or noir.
Cette crise qui serait pire les chocs pétroliers des années 1970, selon l'ancien ministre algérien, risque par ailleurs de durer plus longtemps, notamment à cause la position actuellement adoptée par l'OPEP.
- ''L'OPEP a perdu sa raison d'être''
Précisant la différence de la crise actuelle de celles qui ont précédé, Aït-Laoussine a indiqué que les pays membres de l'OPEP ne parviennent plus à un accord sur le contrôle des prix; et espèrent au contraire que les pays producteurs de pétrole non-membres de l'OPEP réduisent leur production ''pour partager la responsabilité''. Cette absence de compromis ''inacceptable'' au sein de l'OPEP remettrait en question l'existence même de cette organisation, d'après l'ancien homme politique algérien.
''L'OPEP a perdu sa raison d'être. Elle était une force chargée de diriger l'évolution des prix pétroliers, ce n'est plus le cas'', a-t-il martelé.
Persuadé que la crise allait être passagère, Aït-Laoussine a confié, ''la chute de prix a beau atteindre 50% depuis l'an dernier, cela a eu peu d'impact sur la demande''.
''La reprise des prix pétroliers nécessitera plus longtemps que prévu'', a ajouté Aït-Laoussine.
- ''L'Arabie Saoudite adopte une position irresponsable''
L'Arabie Saoudite laisse en particulier les prix fluctuer ''sans discipline'' et adopte ''une position irresponsable'', du moins c'est ce que lui reprochent les pays membres de l'OPEP, a fait savoir Aït-Laoussine. ''Beaucoup de membres d’OPEP considèrent que l’Arabie Saoudite maintient cette position rigide et leurs dirigeants demandent au roi saoudien de réagir'', a-t-il noté.
''Il y a trop de pétrole de sur le marché, L’Arabie Saoudite qui produit davantage par rapport à ce qu’elle prétend vouloir pour protéger sa part de marché'', a par ailleurs affirmé l'ancien membre du gouvernement de Sid Ahmed Ghozali en Algérie.
- L'opération au Yémen n'indique pas une prochaine hausse de prix''
Soulignant que le seul élément qui pourrait inciter Riyad à changer de position est les soucis financiers, Aït-Laoussine a affirmé que l'Arabie Saoudite fait face à ''des gros problèmes économiques'' à l'heure actuelle. Insistant par ailleurs sur le fait que plusieurs pays membres de l'OPEP, dont l'Arabie Saoudite, ''ont acheté la paix sociale'' chez eux, l'ancien ministre algérien a assené que ''l'aisance financière'' sur laquelle se reposait Riyad, ''est en train de fondre''.
D'autre part, à l'égard de l'opération ''Tempête de fermeté'' lancée par l'Arabie Saoudite contre les Houthis au Yémen, Aït-Laoussine a noté qu'il est impossible qu'une telle intervention passe inaperçue et que sa durée ne détermine pas la portée de son impact sur les prix du pétrole.
Pourtant, selon Aït-Laoussine, un autre risque de cette opération, au-delà de l'évolution des prix, réside dans un possible arrêt de livraison de pétrole dans cet état de guerre.
Interrogé sur un éventuel effet à la hausse sur les prix pétroliers, l'ancien ministre algérien a évoqué la récente hausse de l'or noir à la suite de l'opération au Yémen. Cependant, ''les fondamentaux du marché n’indiquent pas une augmentation à long-terme'', a-t-il nuancé.