AA/ Conakry/ Boussouriou Bah
Si la Guinée doit faire face à Ebola en actionnant plusieurs leviers, elle cherche également à se débarrasser d'une stigmatisation qui touche ses ressortissants aux quatre coins de la planète, soupçonnés de porter le virus de la fièvre hémorragique, selon le ministre des Affaires étrangères, François Louncény Fall, dans une interview exclusive à Anadolu.
"Il n’y a aucune raison pour que nos ressortissants à l'étranger soient indexés comme porteurs du virus Ebola. L’épidémie est en Guinée, c’est vrai, mais cela ne veut pas dire que tous les Guinéens l’ont contractée. Cessez de nous stigmatiser ! J’adresse cet appel à tous ceux qui en font une pratique récurrente." a déclaré le chef de la diplomatie guinéenne.
Un plaidoyer a été adressé, au mois de septembre, au Conseil des ministres de l’Union Africaine par la délégation guinéenne qui s'est déplacée ensuite à New York pour soulever la même problèmatique auprès de l’Organisation des Nations Unies (ONU).
"Nous gérons cette épidémie de façon effective en coordination avec nos services diplomatiques et à travers les actions du Président Alpha Condé qui a effectué plusieurs déplacements en France et aux Etats-Unis afin de mobiliser la communauté internationale." poursuit Fall.
Si l’épidémie de la fièvre hémorragique a causé, jusque là, près d’un millier de morts en Guinée, ce pays est désormais dans une phase d'endiguement dont atteste la courbe de contamination, l'évolution d'Ebola en Guinée étant nettement moins rapide que chez les voisins libérien ou sierraléonais.
Cette tendance à la baisse a rendu "injustifié" aux yeux de Fall, un certain nombre de mesures prises qui n'ont fait, selon lui, "qu’enfoncer le clou". Cette "quarantaine" n'a pas aidé à faire régresser la maladie et a eu, notamment, des conséquences néfastes sur son économie, notamment.
"Nous comprenons ces mesures de prévention visant à éviter la propagation de la maladie, mais il ne faut pas non plus amplifier la question à tel point d’en faire une fatalité irrémédiable. Des pays sont allés jusqu’à fermer leurs frontières avec la Guinée", rappelle le ministre.
Louncény Fall s'est félicité des efforts déployés par la diplomatie guinéenne qui ont abouti au déblocage de cette situation. Au mois de septembre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Association internationale du transport aérien (IATA) ont déclaré que la fermeture des frontières n’est pas une solution, qu'elle serait au contraire "une mesure contre-productive".
"La France et les USA l'ont également admis. De son côté, la Côte d’Ivoire a annoncé la reprise des vols de la compagnie aérienne. L’Union africaine et les Nations Unies n’étaient pas en reste, plaidant pour le non-isolement de la Guinée." s'est félicité le chef de la diplomatie guinééenne.
Louncény Fall n'est, du reste, pas pessimiste quant à la phase de reconstruction après les dégâts causés par Ebola. Pour lui, la stigmatisation des Guinéens cessera le jour où l'OMS déclarera l'épidémie vaincue. "Ce jour là, La Guinée saura se relever." prévoit-il.
"Ce n’est pas la première fois que cette épidémie apparaît en Afrique. D’autres pays l’ont connue plusieurs fois, comme l’Ouganda. Ebola est apparue au Congo deux fois successives. Le Gabon en a également eu l’expérience. Si tous ces pays ont su se relever, pourquoi pas la Guinée ?" conclut-il, optimiste.