AA/Minawao (Cameroun) /Anne Mireille Nzouankeu
A Minawao, un camp installé dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun et abritant des réfugiés nigérians, on compte plus de 37 000 personnes. Ces réfugiés ont fui les exactions de Boko Haram avec l’espoir d'entamer une nouvelle vie au Cameoun, mais malheur et amertume se conjuguent quand les tristes souvenirs s'éveillent.
Le camp qui les abrite est créé par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et se présente comme une sorte de grand village disposant de plusieurs infrastructures. A l’infirmerie, le personnel médical soigne presque tous les jours divers maux surtout chez les nouveaux arrivants. Il s’agit d'égratignures, de blessures issues de coups de couteaux et de brûlures, entre autres. Au bout de quelques jours, la plupart de ces blessures commencent à cicatriser. Mais, il y a des plaies qui sont plus difficiles à soigner et plus longues à guérir; beaucoup de réfugiés nigérians, surtout des femmes et des enfants, arrivent avec des troubles psychologiques divers.
C’est le cas du petit Muhammed, âgé de 7 ans, environ. Il a l’air hébété à longueur de journée. Il est prostré, ne répond pas quand on lui parle, ne joue pas avec les autres. Son regard est hagard, il a l’air perdu dans ses pensées. Il fait partie des 134 enfants non accompagnés enregistrés au camp des réfugiés de Minawao, situé à 70 kilomètres de la frontière avec le Nigeria. Muhammed est le nom qu’on lui a donné dans sa famille d’accueil, en attendant qu’il puisse un jour dire comment il s’appelle.
En l’état actuel des choses, il est difficile de savoir ce qui est arrivé au petit Muhammed. Mais le personnel pense qu’il est traumatisé par les atrocités de Boko Haram. Le site des réfugiés de Minawao compte 37 171 personnes dont 50% sont des enfants âgés de zéro à 11 ans. Les informations recueillies par Anadolu sur place laissent entendre que la plupart de ces enfants présentent des troubles psychologiques divers.
Le trouble le plus fréquent est l’énurésie: des enfants qui recommencent à faire pipi au lit alors qu’ils ne le faisaient plus depuis des années. Il y a également des enfants qui perdent la parole, qui oublient leur nom et leur âge. D’autres perdent le sommeil ou font des cauchemars. On relève enfin l’absence d’émotions. « Vous avez des enfants qui ne rient pas, ne pleurent pas, ne manifestent ni joie ni colère », explique un responsable du site rencontré sur place.
Amina est elle aussi hébergée au camp de Minawao. Elle vient de l’Etat de Borno au Nigeria, comme 96% des réfugiés de ce camp. Elle dit avoir été violée par des hommes de Boko Haram. Son mari a été tué devant elle et ses enfants ont été enlevés. Elle a été abandonnée par ses bourreaux qui la croyaient morte. Quant à Huwa, elle a été longuement battue. Femme d’un commerçant, on voulait qu’elle donne l’argent qu’elle était supposée cacher à la maison. N’ayant finalement rien trouvé d’important dans la maison, les assaillants sont partis piller d’autres maisons, mais l’un d’eux est resté chez elle pour la violer avant de retrouver le reste du groupe.
Par pudeur et pour que ces femmes continuent de garder leur dignité, les responsables du camp de Minawao ne souhaitent pas s’exprimer sur les cas de viol. D’ailleurs, ce mot est rarement prononcé. Ici on préfère généraliser en parlant de « violences basées sur le genre ». Sous anonymat, l’un de ces responsables avoue cependant que « près de 80% des femmes présentes dans ce camp ont déclaré avoir subi des violences diverses parmi lesquelles des milliers de cas de viol ». Le camp compte 19 701 femmes.
Chez ces femmes, on retrouve également beaucoup de cas de troubles psychologiques tels que des perturbations du sommeil. «Il y a beaucoup de femmes qui ne veulent plus être touchées. C’est vraiment complexe car on n’arrive même pas à faire des consultations, même lorsque ces consultations sont effectuées par des infirmières », explique un responsable du camp à Anadolu. «Il devient dans ce cas difficile d’effectuer la moindre injection ou même de prendre la température de la patiente», ajoute le responsable.
Ces cas sont référés pour un accompagnement psychologique. Malheureusement, ce camp ne dispose que d’un seul psychologue. Tout en admettant ce fait, un responsable local du HCR assure à Anadolu que l’organisme a prévu une mission d’évaluation d’un expert en santé mentale afin d’évaluer les besoins généraux. Toutefois, certaines améliorations sont observées chez des enfants qui après plusieurs mois d’accompagnement, commencent petit à petit à retrouver le sourire et surtout à jouer avec les autres.