AA/ Antananarivo/ Alain Iloiniana
L'opposition malgache est donnée en tête des communales à la capitale Antananarivo, avec Lalao Ravalomanana, épouse de l'ancien président malgache, Marc Ravalomanana, qui serait en passe de devenir la première femme élue à la tête de la mairie d'Antananarivo à l'issue des communales du 31 juillet 2013.
Sous les couleurs du Tiako i Madagasikara (TIM) ou "J'aime Madagascar" (opposition), Lalao Ravalomanana est créditée de 55,86% des voix, selon la tendance disponible à la Commission électorale nationale indépendante pour la transition (CENIT), dont Anadolu a pris connaissance dimanche soir.
Elle devance Lalatiana Rakotondrazafy, soutenue par Andry Rajoelina, ancien président de la Transition, avec 31,61% des voix, avec un taux de participation 29%.
Pour l'instant, ces résultats sont encore à prendre aux pincettes même s'ils indiquent la tendance. La CENIT va encore publier les résultats provisoires avant que le Tribunal administratif ne proclame les résultats officiels.
D'ailleurs, Lalatiana Rakotondrazafy, arrivée deuxième, ne s'avoue pas vaincue. "Nous ne reconnaissons pas encore la victoire de Lalao Ravalomanana. Il n'y a encore rien d'officiel. Nous allons encore engager des recours en annulation de l'ensemble des voix qu'elle a obtenues. Nous allons user des moyens légaux à notre disposition. Nous avons déjà fait un recours en disqualification jeudi ", soutient-elle, à Anadolu, pour évoquer une prétendue violation du respect du principe de scrutin de liste.
Cela n'empêche pas le camp de l'ancien président de revendiquer la victoire dans la capitale quelques heures après la fermeture des bureaux de vote vendredi. "Nous sortons vainqueurs", avait lancé Lalao Ravalomanana, en passe de devenir la première femme maire d'Antananarivo, à ses partisans.
Pour le parti TIM, cette victoire dans la capitale, la commune la plus pourvoyeuse de voix, avec ses 625 000 électeurs sur les 8,5 millions que compte tout Madagascar, constitue une revanche historique. "Cela veut dire que les Tananariviens n'ont pas oublié le TIM et que le coup d'Etat de 2009 n'a pas été soutenu par la population", interprète Solofonantenaina Razoarimihaja, membre du bureau politique de la formation politique fondée par Marc Ravalomanana, à Anadolu.
Antananarivo représente un enjeu politique particulier. Il a servi de tremplin aux hommes politiques pour accéder à la magistrature suprême ces dernières années. Marc Ravalomanana, à la tête d'un empire économique, avait été élu mairie de la capitale en 1999 avant son élection à la tête du pays en 2001.
Marc Ravalomanana a ensuite connu son déclin à partir des communales de 2007. Le candidat du TIM avait été balayé d'un revers de la main par Andry Rajoelina. Le mouvement de rue de 2009 avait poussé Marc Ravalomanana à quitter le pouvoir avant de s'exiler en Afrique du Sud, au bénéfice du maire d'Antananarivo, devenu président de la Transition.
Pour le parti de l'ancien président, les communales, à l'image d'une victoire qui se dessine dans la capitale, constitue une étape pour la reconquête du pouvoir. "Nos tournées sur le terrain nous ont permis de tester notre force (...) Maintenant, la voie est tracée [pour le retour au pouvoir de Marc Ravalomanana, ndlr]", soutient Solofonantenaina Razoarimihaja. Selon l'agenda électoral, la présidentielle devrait avoir lieu en 2018.
Pour l'instant, il est difficile de disposer d'un tableau plus clair des résultats au niveau national. La CENIT n'a encore publié que ceux de la capitale, deux jours après le scrutin. Mais d'un des constats dans l'ensemble du pays concerne le faible taux de participation si l'on en croit des sources indépendantes.
Pour Toavina Ralambomahay, analyste politique et auteur d'ouvrages politiques, le faible taux de participation "indique un vote de lassitude". "Le fort taux d'abstention montre que les électeurs sont fatigués et déçus de la politique. Ils ne croient plus à l'élection et à la politique", précise-t-il à Anadolu. Pour la capitale, il estime que "les électeurs d'Antananarivo n'ont pas sanctionné la gouvernance TIM-MAPAR (Miaraka amin'ny prezida Andry Rajoelina) ou "Ceux le président Andry Rajoelina" qui était au pouvoir au sein des instances de la transition, puis au début du régime Rajaonarimampianina".