AA/Tunis/Nadia Chahed
La signature attendue vendredi, à Bamako, de l’accord de paix entre groupes armés du nord Mali et le gouvernement de Bamako ne mettra pas un point final à la crise qui prévaut dans la région car c'est "l’après signature et ses défis qui comptent et qui décideront de l'apaisement de la situation", estime Alain Antil, chercheur et responsable Afrique subsaharienne à l’Institut français des relations internationales (IFRI) à Paris.
Interviewé par Anadolu à ce sujet, l’expert précise que "la situation au Nord-Mali demeure très fragile en dépit de la signature attendue d'un accord de paix d'autant plus qu’un pan des bases de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) demeure opposé à cette signature, ce qui laisse planer un risque de division interne. Certains groupes pourraient, en effet, se désolidariser de la CMA et former des mouvements indépendants", a-t-il ajouté précisant que ce risque est le premier défi qui se rattache à la post-signature.
Il ajoute que "bien qu’elles ne soient pas totalement satisfaites du contenu de l’accord de paix, toutes les parties maliennes en conflit préfèrent le signer plutôt que d’interrompre des pourparlers entamés depuis huit mois".
Alain Antil pense, en outre, que la signature de l’accord pourrait, aussi, "ouvrir la voie à des convergences plus poussées entre les autorités et les groupes armés du nord". Et de souligner "au-delà de la signature de l’accord c’est sa mise en application qui décidera du sort de la région, un deuxième défi auquel le Mali devra faire face à l’issue de la signature". Il ajoute, dans ce même propos, que "le contenu de l’accord est très satisfaisant mais encore faut-il bien l’appliquer".
"Parfois des accords très bien élaborés, mal appliqués, finissent par ne plus avoir de valeur", a, encore, relevé l'expert citant, en exemple, l’accord de paix signé en 1991 entre les autorités maliennes et les rebelles Touaregs du nord-mali qui prévoyait nombre de réformes dont la décentralistaion et qui n’a, finalement, nullement servi les attentes des populations locales dont "la décetramistaion dans la mesure où les communes crées à l'issue de l'accord n'avaient pas d'autonomie financière et dépendaient toujours de Bamako".
Toujours selon Antil, le troisième défi est véhiculé par les conflits locaux alimentés par des convoitises d’ordre pécuniaire et qui nourrissent l’insécurité et le désordre dans le nord-Mali. Il explique qu' "au conflit entre groupes indépendantistes et groupes pro-gouvernement viennent se greffer des conflits locaux favorisant, dans une large mesure, la situation d’insécurité et de désordre dans le nord du Mali, les éléments en confits autour de parcelles de terrains, d’accés à l’eau ou du contrôle des points de transit de la contrebande se rallient à l’un ou l’autres des groupes armés, seulement, pour s’entretuer entre eux".
La Coordination des Mouvements de l'Azawad (CMA)- qui réunit les différents groupes de la rébellion touareg du Nord- a confirmé, mercredi, dans un communiqué signé par le chef de sa cellule de communication Moussa Ag Acharatouman qu'elle "paraphera" jeudi à Alger, l'Accord de paix et de réconciliation au Mali, celui qui a été paraphé par Bamako et ses alliés le premier mars dernier à Alger.
La CMA dit dans le même communiqué que la paraphe de l'accord, jeudi à Alger, ne l'engage nullement dans la signature finale de l'accord prévue vendredi 15 mai à Bamako. "Une décision qui fait suite aux engagements pris par la Médiation internationale et acceptés par la partie malienne d’engager des discussions sur les demandes et observations de la CMA après le paraphe et avant la signature du document final", ajoute le communiqué précisant que ces discussions (post-prapahe) devaient, notamment, porter sur "les modalités d’application de l’Accord".
Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop a, de son côté, affirmé Lercredi que la "cérémonie de signature de l'Accord pour la paix et la réconciliation au Mali aura bien lieu vendredi à Bamako", selon des médias maliens.
Le programme annoncé par le gouvernement prévoit des déclarations des représentants des groupes armés du Nord, à savoir la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA).
L'accord de paix établi grâce à un compromis obtenu par une médiation internationale qui compte l'Algérie, l’Union européenne, la France et la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), prévoit, entre autres, "la création d'assemblées régionales aux pouvoirs étendus et reconnaît à l’"Azawad" - le nord du Mali - une réalité humaine et politique". Il ne reconnait, toutefois, pas, l’autonomie politique de la région de Kidal (nord-est), foyer du mouvement indépendantiste touareg qui s’est soulevé contre les autorités centrales en janvier 2012.
Le cessez-le-feu convenu, également, en mars, a, toutefois, été violé à plusieurs reprises à partir du mois d'avril dernier.
Le dialogue intermalien conduit sous la tutelle de l'Algérie, a été prévu par un accord signé, en juin 2013 à Ouagadougou, entre Bamako et le Mouvement National de Libération de l'Azawad (MNLA) et dans lequel les autorités s'engageaint, notamment, à entamer, 60 jours après les élections (juillet 2013), "la discussion de l'organisation territoriale et institutionnelle du nord du Mali', un engagement qu'elles n’ont finalement tenu, selon les rebelles du nord d'où une reprise des animosités.