Kilani Mahmoud
06 Avril 2016•Mise à jour: 06 Avril 2016
AA / Rome – Le Caire / Mahmoud Kilani – Omar Azzem
«Nous ne permettrons à personne de piétiner la dignité de l’Italie», a déclaré, mardi, Paolo Gentiloni, ministre italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.
Le chef de la diplomatie italienne s’exprimait à propos de l’enquête en cours sur le meurtre du jeune chercheur italien, Julio Regini, à la fin du mois de janvier dernier au Caire.
Au cours d’une intervention, devant le Sénat, mardi après-midi, Gentiloni a parlé de la délégation judiciaire et sécuritaire égyptienne qui arrivera à Rome, jeudi, pour tenir informée la partie italienne des investigations sur la mort de Regini.
«Je l’affirme, ici, devant le parlement. Indéniablement, si nous ne constatons aucun changement concret et décisif, le gouvernement italien est prêt à réagir et à prendre des mesures appropriées, qui seront communiquées en temps opportun au parlement», a-t-il lancé.
Au moment où le ministre n’a pas déterminé la teneur des mesures à prendre, le journal «La Repubblica» (indépendant) a rapporté, sur la base d’informations recueillies auprès de sources officielles italiennes, que les sanctions préparées par Rome prévoient de classer l’Egypte sur la liste des pays qui ne sont pas sûrs et déconseillé aux touristes, parallèlement à la convocation de l’ambassadeur italien au Caire pour consultations.
«Notre devoir, en pareil cas, nous impose d’aller jusqu’au bout pour défendre la mémoire de Julio Regini. Nous ne comptons pas nous résigner à l’oubli dans cette affaire et nous ne permettrons à personne de piétiner la dignité de notre pays», a-t-il encore martelé.
«La délégation sécuritaire et judiciaire égyptienne tiendra des réunions, jeudi et vendredi, avec la partie italienne. Il sera clair ensuite, si la ferme réaction italienne, aussi bien judiciaire que gouvernementale, aurait contribué à une franche collaboration de la part de l'Egypte, pour obtenir ainsi les pièces manquantes», a encore dit le ministre.
«Le dossier envoyé depuis l’Egypte, le mois dernier, était dépourvu des détails relatifs aux appels de Regini sur son téléphone et des enregistrements vidéos de la station du métro, à partir de laquelle Regini aurait été kidnappé», a-t-il poursuivi.
Des réunions sont prévues, les 7 et 8 avril courant, à Rome entre les juges et les enquêteurs italiens et égyptiens pour passer en revue les résultats des investigations menées par les autorités égyptiennes.
La partie égyptienne sera représentée âr deux magistrats et trois officiers de police tandis que la partie italienne le sera pas des juges du parquet de Rome et des enquêteurs de la police.
De son côté, Ahmed Abu Zid, porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères, a indiqué que les déclarations du ministre italien des Affaires étrangères «ajoutent à la complexité de la situation».
«L’Egypte s’interdit de commenter de pareilles déclarations», s’est-il contenté de lancer.
Selon l’ambassade d’Italie au Caire, le jeune Julio Regini (28 ans), établi au Caire depuis le mois de septembre 2015 pour préparer une thèse de doctorat sur l’économie égyptienne, a disparu le soir du 25 janvier dans un des quartiers du Caire.
Le corps de Regini avait été retrouvé quelques jours plus tard sur une autoroute à l’ouest de la capitale égyptienne avec des traces de torture. Des organisations des droits de l’Homme ont accusé les autorités égyptiennes d’avoir «tué» Regini, ce qui est réfuté en bloc par Le Caire.
Cette affaire a généré une exacerbation de la tension dans les relations entre l’Egypte et l’Italie. Le parlement européen avait dans une résolution condamné fermement «la torture et l’assassinat de Julion Regini dans des conditions mystérieuses».
Jeudi dernier, les autorités égyptiennes ont surpris les observateurs de cette affaire en publiant un communiqué dans lequel il était écrit que les «effets de Regini ont été retrouvés chez la sœur du chef d’une bande criminelle, dont les quatre membres ont été éliminés dans un échange de coups de feu avec la police au Caire».
La semaine dernière, Paolo Gentiloni avait menacé les autorités égyptiennes de «conséquences» - dont la teneur n’a pas été précisée - si elles ne collaborent pas à découvrir l’identité des véritables individus impliqués dans l’assassinat de Regini.