AA/Kinshasa/Aurélie Fontaine
La police congolaise a tiré, mercredi matin, des coups de feu à balle réelle pour disperser des rassemblements d’étudiants, qui manifestent contre un projet de loi électoral, pour le troisième jour consécutif, sur le campus de l'université de Kinshasa, selon des témoins oculaires joints par Anadolu.
Aucun blessé ni perte en vies humaines n’ont cependant été signalés jusqu’à 09h30 GMT.
« Depuis 22h hier soir (mardi) les forces de l’ordre sont positionnées sur le campus nous empêchant de sortir du site universitaire. Nous nous sommes réveillés vers 6h30 et nous avons commencé à manifester. Les affrontements ont commencé à ce moment- là », explique un étudiant, "Sylvain", joint par Anadolu.
« Ils tirent des coups de feu à balle réelle et lance des grenades lacrymogènes. Je me trouve actuellement près des dortoirs et on ne peut pas aller plus loin car toutes les artères sont bloquées par la police universitaire, police nationale et garde présidentielle », témoigne un autre étudiant contacté par Anadolu.
« Ils ont jeté des gaz lacrymogènes dans les dortoirs. De notre côté, nous nous défendons en lançant des pierres »,a-t-il ajouté.
Depuis mardi, la tension est vive à Kinshasa surtout après la mort, lundi, de manifestants, qui seraient au nombre de 13 selon l’opposition et 4 selon le gouvernement.
Parallèlement aux affrontements, la connexion internet et le service sms ont été coupés lundi soir et n’ont toujours par repris après plus de 24 heures, sans qu’aucune explication officielle n’ait été fournie.
Dans les milieux de l’opposition, on soupçonne toutefois le gouvernement de vouloir museler les manifestants, surtout que « les gens se donnent souvent rendez-vous sur les réseaux sociaux ou par sms pour se rassembler », avance un membre de l’opposition sous le couvert de l’anonymat.
L’opposition devrait se réunir aujourd’hui pour annoncer les stratégies qu’ils mettront en œuvre pour la suite des évènements, a indiqué à Anadolu Martin Fayoulou, coordonateur de la plateforme de l’opposition.
Le projet de loi électorale votée à l'Assemblée Nationale samedi dernier, et introduisant un recensement de la population congolaise comme condition préalable à la tenue des élections de 2016, provoquent depuis plusieurs jours l’indignation et la colère de l’opposition et de la société civile qui estiment que « cela pourrait prendre des années », alors que le gouvernement se défend de vouloir juste « organiser des élections libres et transparentes. »
Le Sénat, qui a débattu une bonne partie de l’après-midi, mardi, sur la loi, et qui devrait se réunir mercredi en commission, devrait également se réunir jeudi en séance plénière pour voter le projet de loi, selon le Sénateur Jacques N’Djoli, député de l’opposition.