AA - Istanbul - Nur Gülsoy
L'identification intentionnelle de la terreur à l'Islam est une insulte à cette religion, a estimé le président turc Recep Tayyip Erdogan.
Le chef d'Etat turc a prononcé un discours lors de la 10ème Conférence de l'Union parlementaire des pays membres de l'Organisation de la coopération islamique (OCI), mercredi à Istanbul.
Utiliser délibérément les notions de terrorisme et d'Islam ensemble, ainsi que celles de terroristes et de musulmans, est une insulte à cette religion "de paix qui ne permet jamais le terrorisme", d'après Erdogan.
"Les organisations terroristes et leurs membres ne sont aucunement et jamais les représentants ou les porte-paroles du monde islamique et des musulmans, a-t-il précisé. Les actes que commettent ces organisations et leurs membres et dont on ne connait ni le but ni les commanditaires, ne contraignent pas du tout les musulmans et les pays musulmans."
"Ceux qui invitent le monde musulman à s'autocritiquer à la suite des attentats terroristes devront eux-mêmes s'interroger et rendre des comptes, a souligné le président turc. Le fait de discourir sur les musulmans et le monde musulman au lieu d'aborder le terrorisme à la suite des attentats à Paris, ne sert qu'à couvrir la violence, l'injustice et le terrorisme. La provocation de la haine de l'islam dans certains pays, en particulier au sein de l'Union européenne, suite aux attentats à Paris, est une démarche très dangereuse pour l'avenir de l'humanité."
Pour Erdogan, "le monde musulman subit des graves opérations étrangères. Les musulmans sont dressés les uns contre les autres et le sang qui coule est celui des musulmans. Les meurtriers et les morts sont des musulmans."
Citant l'organisation terroriste nomée "Daesh", le chef d'Etat turc a noté qu'il faudrait s'interroger d'abord sur la provenance de sa compétence: "une organisation terroriste non adéquate à l'Islam et tuant des musulmans, agit librement. Voici ce qui se passe en Irak. Ils [Daesh] contrôlent 40% de l'Irak. Ils terrorisent la Syrie également. Des milliers de personnes y sont tuées." a-t-il rappelé.
Erdogan a aussi critiqué le mécanisme onusien qui, selon lui, ne peut pas traduire les aspirations de milliards de musulmans dans le monde.
"Elles [ces aspirations] ne sont pas prises en compte là-bas [au Conseil de sécurité des Nations Unies], a-t-il déclaré. Ce ne sont pas les pays musulmans mais les cinq membres [du Conseil de sécurité] qui prennent les décisions concernant l'Iran, l'Irak, la Palestine et surtout la Syrie. Je ne parle pas des membres provisoires, ils n'ont pas de compétence. Il s'agit plutôt des cinq membres dont un seul peut bloquer la procédure par le droit de veto. J'insiste, le monde est plus grand que ces cinq Etats. Y a-t-il un pays musulman parmi eux? L'Europe, l'Asie et l'Amérique y sont représentées. Le monde ne vit plus dans le contexte de la Première Guerre mondiale, nous vivons dans un monde différent maintenant."
Outre cela, le chef d'Etat a rappelé que la Turquie et l'Espagne "avaient lancé l'initiative de l'Alliance des civilisations en se diant: 'si nous échouons dans cette initiative qui regroupe près de 150 pays et organisations internationales, le monde serait entraîné dans un conflit de civilisations, c'est-à-dire une catastrophe'."
Le président turc a en outre commenté l'activité du journal satirique Charlie Hebdo après l'attaque qu'il a subie il y a deux semaines, contre son siège à Paris.
"La liberté d'expression n'implique pas la liberté de tout dire et de tout dessiner, a dit Erdogan. La liberté d'expression n'accorde pas le droit de porter atteinte aux valeurs sacrées. Les dessinateurs des sales caricatures du prophète de l'islam devront réaliser qu'ils ont offensé et provoqué par leurs actes. Ils en sont conscients en effet. Ceux qui agissent avec prudence par peur d'être accusés d'antisémitisme doivent faire preuve de la même sensibilité à l'égard du prophète de l'islam. C'est la ligne rouge de tous les musulmans."