Safwene Grira
28 Avril 2016•Mise à jour: 29 Avril 2016
AA/ Kigali/ Olive Adjakotan
Durement touché les dernières années par le paludisme, le Rwanda est "bien parti" pour atteindre l'objectif "zéro décès en 2016" qu'il s'était fixé, a annoncé la Ministre de la santé rwandaise, Agnès Binagwaho, dans une déclaration à Anadolu.
Cet objectif passe par la mise en place d'une stratégie globale pour lutter contre cette maladie tropicale, faisant intervenir tour à tour, des moyens préventifs et médicaux, humains et techniques.
"Arriver à zéro mort passera par la réduction de l'impact de la maladie. Je pense qu'on peut y parvenir moyennant un certain nombre de mesures s'inscrivant dans une stratégie globale", a rappelé la Ministre rwandaise, approchée par Anadolu.
Cet objectif avait été annoncé dès janvier dernier, après une année dure en termes de conséquences du paludisme. Le nombre de personnes atteintes du paludisme au Rwanda a été multiplié par 4 de 2012 à 2015, avec près de deux millions de personnes, selon la Ministre. En outre, plus de 400 décès ont été enregistrés rien qu'en 2015.
Aujourd'hui, Agnès Binagwaho estime que le Rwanda est "bien parti" pour atteindre cet objectif, vu qu'aucun décès n'a été enregistré depuis le début de l'année.
"Il faut mettre l'accent sur les actions qu'on peut faire dans notre environnement pour tous les endroits où les moustiques [vecteurs de transmission de cette épidémie] peuvent se reproduire; il faut couvrir les réserves d'eau, nettoyer les flaques d'eau, employer les bons insecticides parce qu'il y a des résistances et la résistance elle a d'ailleurs été identifié pour la première fois en Afrique de l'ouest", a recommandé Agnès Binagwaho, dans sa déclaration à Anadolu.
Ces mesures devront reposer sur un travail de sensibilisation. Une réunion de la Ministre avec des leaders d'opinion, dont des Imams, pasteurs et prêtres, s'est tenue, lundi dernier, pour mieux vulgariser cet objectif "zéro décès".
Le pays distribuera même 5 millions de moustiquaires imprégnées aux familles en 2016, selon la même source. Une opération qui a débuté en février dernier et coûtera 22 millions de dollars.
Cette stratégie de lutte, qui se trouve renforcée cette année, a déjà permis dans le passé de réduire de 75% la morbidité (nombre d'individus atteints par une maladie dans une population donnée et pendant une période déterminée) et de 60% la mortalité due au paludisme au Rwanda, rappelle la Ministre.
En 2015, 900 milles moustiquaires imprégnées ont été distribué dans le pays et 90% des personnes déclarées dans un centre de santé ont été testées et traitées dans le pays.
Un moustique peut se déplacer dans un rayon de 4 à 22 kilomètres par jour. Une situation qui peut encore être encore accentuer à cause du changement climatique car le moustique vole plus haut et plus loin, rappellent les autorités sanitaires.
Ce plan d'urgence impliquera également l'intervention de 45 000 animateurs de santé des bénévoles dont dispose le pays des milles collines pour accentuer la sensibilisation chez les populations, surtout aux niveau des zones frontalières.
"En voyant les bébés, les mères aussi qui meurent à cause du paludisme, j'ai décidé de participer pour contribuer dans le domaine de santé. Je rentre dans chaque ménage pour expliquer les comportements à adopter pour éviter le paludisme. La mission sur le terrain se passe pour le moment bien parce que les populations comprennent notre mission." a confié à Anadolu Moussa DORIGO, un animateur de santé à Biryogo, quartier populaire de Kigali.
Les vertus de la sensibilisation de masse pour plus d'efficacité dans la lutte contre le paludisme sont également reconnues par le personnel soignant de l'hôpital militaire de Kanombé dans la capitale,
"Aujourd'hui la résurgence est palpable et dans notre hôpital, on a reçu depuis le début de l'année environ 50 cas c'est un record. Désormais, on mise sur la sensibilisation de masse comme l'usage des radios, des réunions ou travaux communautaires pour bien faire passer le message." a martelé Jules Kahibizi, médecin à l'hôpital militaire de Kanombé à Kigali, dans une déclaration à Anadolu.
En Afrique de l'Est, la recrudescence du paludisme est palpable depuis 2011. Elle est estimée à 81% au Rwanda selon les autorités du pays. Une stratégie commune de lutte, au niveau des pays Est-africain, est toujours en cours de conception.