AA / Alger / Khedidja Baba Ahmed
L’Algérie vient de reconduire pour la quatrième fois depuis 2003 un accord de coopération avec l’Agence Française de l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie (ADEME), portant sur la réduction de l’utilisation et l’efficacité énergétique. Lorsque l’on sait que la consommation de l’énergie en Algérie progresse de 6% tous les ans et que les dirigeants envisagent de la réduire à 3% à l’horizon 2030, l’on mesure le chemin qui reste à parcourir.
L’accord, d’une durée de trois ans, a été signé du côté algérien par l’opérateur dans ce domaine, à savoir, l’Agence Nationale pour la Promotion et la Rationalisation de l’Utilisation de l’Energie (APRUE) qui opère dans ce domaine depuis plus de trente cinq ans et qui coopère avec l’agence Française depuis autant d’années. C’est dire que l’efficacité énergétique n’est pas une préoccupation récente.
Mais aujourd’hui, elle constitue l’un des grands enjeux économiques de l’heure. La manne pétrolière a considérablement été réduite ; les réserves énergétiques s’amenuisent et les difficultés financières ne peuvent plus assurer les programmes de développement. Pendant ce temps là, l’Algérie est l’un des pays les plus énergivores : 58 millions de tonnes équivalent pétrole Tep (tonne équivalent pétrole) en 2015 soit 1,2 Tep par an et par habitant. 40% de cette énergie consommée est le fait des ménages et 36% dans les transports.
Croissance de la consommation énergétique interne non-soutenable
Les projections d’experts du secteur font l’hypothèse que si la consommation interne d’énergie accuse la même tendance, elle risque un doublement à l’horizon 2030 et peut-être même tripler à l’horizon 2040. Quant à la répartition par type d’énergie consommée, il a été enregistré 18 millions de tonnes en produits pétroliers en 2015, dont 80% en carburants. Pour le gaz naturel, 40 milliards de m3 par an, soit 34% de la consommation globale de l’énergie devrait doubler à l’horizon 2020 si aucune action n’était entreprise d’ici là.
Lorsque l’on sait que la consommation des ménages, avec notamment les programmes conséquents de logements neufs en Algérie est pour 60% en électricité et que celle-ci est produite à 98% à partir du gaz naturel (Turbines à gaz et turbines vapeur ou encore cycle combiné), l’on mesure ce que cette consommation mobilise en gaz. Pour toutes ces raisons, la consommation interne en énergie-toutes énergies confondues- ne peut continuer à évoluer à cette cadence. Un plan d’actions en matière d’économie et de d’efficacité énergétique a bien été élaboré en 2016, et prend le relais de nombreuses actions éparses jusque là et qui n’ont pas permis de beaucoup avancer dans l’atteinte des objectifs assignés.
Plan d'économie d'énergie et d'efficacité énergétique
Au regard des déclarations des responsables du secteur, l’objectif assigné à ce nouveau programme est d’atteindre une économie d’énergie de l’ordre de 63 millions de Tep à l’horizon 2030, de réduire les émissions de gaz à l’effet de serre de prés de 193 millions de tonnes de CO² et de créer 200.000 emplois, le tout, mobilisant 900 milliards de dinars, dont 54% seront pris en charge par l’Etat.
Avec les différentes actions qu’il comporte, ce plan devrait favoriser à terme «un marché durable de l’efficacité énergétique en Algérie». Il se focalise particulièrement sur les secteurs du bâtiment, du transport et de l’industrie, considérés comme ayant un impact significatif sur la demande d’énergie. Dans le bâtiment, il est envisagé l’isolation thermique des constructions existantes et nouvelles et des mesures seront prises en amont au niveau de la conception architecturale des logements.
Une pénétration «massive» des équipements et appareils performants sur le marché algérien, notamment les chauffe-eau solaires et les lampes économiques, le but étant d’améliorer le confort intérieur tout en utilisant moins d’énergie. Dans ce seul secteur des bâtiments il est envisagé d’économiser plus de 30 millions de TEP d’ici 2030. Quant au domaine du transport, le programme y afférent prévoit de promouvoir les carburants les plus disponibles et les moins polluants, en fait, le GPLc (gaz de pétrole carburant) et le GNc (gaz naturel carburant). Dans cette optique, il est recherché la réduction de la part du gas-oil ce qui se traduirait d’ici 2030 par une économie de plus de 15 millions de Tep. Pour ce faire, il faudra assurer la conversion de 1,3 millions de véhicules particuliers ; l’acquisition de 11000 bus GNc et la conversion de 11000 autres véhicules existants.
Quant au secteur de l’industrie dont la consommation énergétique est appelée à croître, l’industrie étant en phase de relance, il est envisagé, précisément en prévision de cette consommation, de demander aux opérateurs de réduire leur consommation. A cet effet, des audits énergétiques et de contrôle des procédés industriels leur seront proposés et accompagnés du soutien de l’Etat pour leur financement. L’objectif global pour ce secteur est d’économiser à terme 34 millions de TEP. Alors, à quel niveau de ce vaste programme interviendra l’Agence française de la maîtrise de l’énergie qui vient de se voir confié le 4ème contrat d’intervention en Algérie ?
Quel apport de la partie française?
Si l’accord passé la semaine dernière avec la partie française a été très largement médiatisé, il n’en demeure pas moins que les détails de cet accord n’ont pas été rendus publics. L’on nous apprend toutefois que ce 4ème accord va permettre à l’agence française, sur une durée de trois ans, « l’appui à l’observatoire de la maîtrise de l’énergie et la mise en œuvre du plan d’action d’efficacité énergétique dans le bâtiment et d’autres secteurs tels les transports, l’industrie et les collectivités locales avec un appui financier des banques sous forme de crédits verts».
En fait, ainsi présenté, le contractant français devra intervenir sur tout le programme fixé d’économie et d’efficacité énergétique. Un accent particulier, précisent les contractants, sera mis sur « l’information et la sensibilisation dans le sens où les comportements de consommation d’énergie devraient changer en incitant tous les acteurs économiques à s’impliquer dans cette nouvelle vision d’efficacité énergétique ».
Sans qu’un bilan des trente années de coopération avec cette agence n’ait été présenté, il reste évident que l’aspect sensibilisation des citoyens pour agir sur leur comportement pour une consommation citoyenne et économe a considérablement manqué dans les programmes antérieurs de l’Agence algérienne.
Alors que durant des décennies les pouvoirs successifs ont présenté aux algériens l’énergie comme une bénédiction du ciel ; une richesse incommensurable et éternelle que l’on met à la disposition « partout et pour tous « (ce sont les slogans véhiculés des années durant ) comment aujourd’hui que l’argent se fait rare et que les ressources énergétiques s’amenuisent, ces mêmes algériens vont devoir modifier leur rapport à cette énergie qu’on leur demande d’économiser et de payer au coût réel et non subventionné.
Toute la problématique est là. Elle est aussi dans la nécessité, jamais mise en œuvre, de sortir du vase clos dans lequel ce type de programmes est conçu, alors que plus que d’autres plans, il concerne tous les secteurs et partant, devrait en amont, les impliquer dans sa conception, seule garante d’une adhésion générale à son application. Rien, aujourd’hui, ne semble avoir été abordé dans cette optique.
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