AA - Washington
Lors de la célébration du 70e anniversaire de la signature du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a rencontré les représentants de la presse turque.
Décrivant ses entretiens à New York et à Washington, Cavusoglu, a abordé les réunions tenues par l’Organisation des Nations Unies (ONU) à New York et le projet de résolution adopté contre toutes les formes de discrimination et de racisme, proposé par la Turquie.
Concernant son entrevue avec le Secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, Cavusoglu a déclaré: "Il n’a pas ouvert le sujet des citoyens américains en mission en Turquie, j’ai donné des informations de mon propre chef. L’un d’entre eux avait été libéré. Un autre a fait appel auprès de la Cour Suprême et deux autres sont sous contrôle judiciaire. Nous travaillons sur ces questions. Nous sommes en dialogue constant sur ces sujets."
Zone de sécurité prévue en Syrie
Le retrait des États-Unis de la Syrie et la zone de sécurité à établir dans le nord du pays ont également été discutés. Sur cette question, il a été convenu que les forces opérationnelles interarmées des deux pays poursuivent leurs efforts en tenant compte du processus de retrait des Etats-Unis.
Affirmant que la Turquie et les États-Unis ont une vision différente sur l’affaire des F-35 et des S-400, Cavusoglu a partagé qu’ils ont également échangé sur le sujet.
"Cette question n’a pas été traitée sur ce ton, et de toute façon, c’est moi-même qui ai ramené le sujet à l’ordre du jour", a-t-il ajouté.
Cavusoglu a confirmé qu’aucune allusion à "des actions militaires unilatérales turques dans la région", n’a été soulevée lors de la réunion avec Pompeo.
"Nous souhaitons équilibrer nos relations, nous n’avons pas à choisir"
"Nous veillons à conserver une politique étrangère multilatérale", a déclaré Cavusoglu, notant que tous les pays de la région ont l’obligation d’équilibrer leurs relations avec les autres pays. Nous sommes voisins avec la Russie, et tout les pays de la région achètent du gaz naturel à la Russie. La Russie est notre partenaire commercial. Les États-Unis sont notre allié de l’OTAN. Nous soutenons toutes les actions de l’OTAN à l’Est et dans la région de la mer Noire. Nous souhaitons avoir des relations équilibrées avec tout le monde. Par conséquent, nous n’avons pas à faire de choix à ce sujet."
"Les S-400 ne sont pas une menace pour l’OTAN"
En réponse à la réaction des Etats-Unis au sujet de l’achat des S-400 et de la conclusion de l’accord, Cavusoglu a déclaré: "Nous avons prévenu tout le monde dès le début, ce n’est pas un processus secret. Ce n’est pas la première fois que nous en parlons."
Cavusoglu a ajouté:
"S’il y a des inquiétudes à ce sujet, comment allons-nous les résoudre? Nous avons dit que ces S-400 seraient complètement sous le contrôle de la Turquie et qu’ils ne menaceraient pas les systèmes de l’OTAN, y compris les F-35. C’était déjà notre première condition avec la Russie, et ils ne seront pas intégrés dans les systèmes de défense de l’OTAN, ne présenteront aucun risque ou menace pour nos systèmes. Nous avons proposé à Pompeo de créer ‘’un groupe de travail technique commun’’ sous la direction du Secrétaire général, Stoltenberg. Nous envisageons d’acquérir ce système pour notre propre sécurité car nous avons besoin d’un système de défense aérienne en urgence."
Rappelant la déclaration de Stoltenberg au sujet du droit des membres de l’OTAN à gérer leur armement, Cavusoglu a ajouté: "Le fait qu’un pays impose à un autre d’acheter à un tel plutôt qu’à un autre ne reflète pas l’esprit d’alliance ».
"Les déclarations de Pence sont incorrectes"
Suite aux déclarations du vice-Président américain, Mike Pence, qui avait indiqué: "la Turquie a refusé notre offre" concernant les suggestions d’acheter le système de missiles américain Patriot, Cavusoglu a déclaré qu’elles sont incorrectes.
Notant que l’offre des Etats-Unis est étudiée par la Turquie, Cavusoglu a ajouté: "Le sujet des S-400 est clos. Nous avons besoin de systèmes de défense supplémentaires, comme les Patriots. Nous aimerions l’acheter à notre allié, mais nous allons négocier et bien sûr nous trouverons un accord".
Cavusoglu a poursuivi: "Le principal problème est qu’aujourd’hui, les États-Unis ne peuvent pas garantir la vente des Patriots. Alors qui répondra à nos besoins? Qui solutionnera nos soucis de sécurité? Le système que nous avons acquis n’est pas offensif. Nous mettons en place ce système pour protéger notre pays, notre territoire et notre espace aérien en cas d’attaque contre nous".
Accord nécessaire du Congrès au sujet des Patriots
Cavusoglu a ensuite déclaré: "Les États-Unis doivent obtenir l’approbation du Congrès. Chose qu’ils ne peuvent nous garantir. Nous pensons que nous pouvons nous entendre sur le prix des Patriots, mais la question doit être résolue au sein des États-Unis. Il s’agit d’un processus qui a été initié il y a environ 10 ans, et c’est parce que nous n’avons pas pu acquérir les Patriots que nous nous sommes tournés vers le système S-400".
"Nous soutenons les Kurdes en Irak"
Répondant à une question au sujet de la normalisation des relations entre la Turquie et l’administration du District du Nord de l'Irak suite au référendum, le ministre Cavusoglu a déclaré: "ils ont également reconnu que le référendum n’était plus valable. Nous leur avions suggéré de ne pas y avoir recours, mais ils l’ont fait".
Au sujet de la normalisation des relations entre Erbil et le gouvernement central irakien, Cavusoglu a indiqué: "Nous normalisons nos relations. Nous n’avons pas de problème avec nos frères Kurdes en Irak et en Syrie. Notre problème est le PKK. Le gouvernement régional kurde a également le même problème avec le PKK car leur stabilité est aussi perturbée par ce dernier".
Cavusoglu a rappelé que suite à la réouverture des aéroports dans le nord de l’Irak, Turkish Airlines, a repris ses vols réguliers et il a conclu: "Par principe nous soutiendrons toujours les Kurdes d’Irak".