AA / Istanbul / Muhammed Shekh Yusuf
Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a déclaré que « tout auteur d’un acte terroriste contre la Turquie est une cible légitime pour nous ».
Davutoglu commentait, dans une interview accordée à la chaine qatarie al-Jazira et diffusée vendredi, les pratiques du Parti de l’Union démocratique Kurde (PYD) dans le nord de la Syrie.
« Je le dis franchement, tout auteur d’un acte terroriste contre la Turquie est une cible légitime pour nous. Alors que l’organisation terroriste PKK tue les policiers et les soldats en Turquie, nous ne permettrons pas qu’elle s’étende en Syrie», a-t-il affirmé.
Le Premier ministre turc a rappelé que « depuis un moment, nous disons qu’il faut établir une zone de sécurité en Syrie, de manière à permettre aux réfugiés d’entrer en Turquie sous un contrôle strict, et de répondre aux besoins des réfugiés dans leur pays ».
Il s’agit, a-t-il dit, de « d'éloigner les organisations terroristes de nos frontières, de les exterminer et de créer une zone tampon favorisant la construction d’un avenir de la Syrie à l'abri du terrorisme. Nous n’avons eu aucun soutien à cette proposition par le passé », a-t-il confié.
« Nous tenons à empêcher la progression de Daech et l'extension du PKK vers l’ouest de l’Euphrate. Cette région se situe sur le couloir humanitaire entre la Turquie et nos frères à Alep, et Daech et le PYD se sont déjà alliés pour en prendre le contrôle », a-t-il expliqué, soulignant que l’objectif est, désormais, de « permettre à l’opposition syrienne modérée de contrôler ces zones frontalières et de la prémunir contre les frappes aériennes, contre Daech et les partis kurdes, et contre toute autre organisation terroriste ».
Il a précisé que la zone de sécurité ne constituera pas un espace d’intrusion de la Turquie en territoire syrien, mais s’effectuera dans le cadre d’un accord et d’une alliance internationale. « Nous avons informé l’ONU, nos partenaires de Vienne et la coalition internationale, que cette zone doit s’étendre le long de la frontière. Nous ne décidons pas de sa superficie ou de son emplacement, mais il faudrait qu’elle se situe, dans un premier temps, près des frontières turques », a-t-il insisté.
Répondant à une question sur les opérations militaires contre Daech, Davutoglu a déclaré : « Si nous sommes exposés à une menace sécuritaire venant de Syrie ou de toute autre région, nous prendrons les mesures nécessaires », citant l’exemple des zones que le gouvernement irakien « peine » à gérer comme Qandil, bombardée par la Ankara parce que «source de terrorisme et d’infiltration d’armes en Turquie» .
Il a, dans ce sens, mis l’accent sur les relations « solides » avec la Russie, les Etats-Unis et les autres pays « avec qui nous nous concertons en matière de lutte contre Daech en Syrie et en Irak. Mais si notre sécurité nationale est menacée, ces pays doivent savoir que la Turquie ne se taira pas et répliquera».
Au sujet de la crise des réfugiés syriens, le premier ministre turc a souligné que son pays « a dû porter la plus grande charge de ce problème et continuera de le faire. Nous accueillons 2.5 millions de réfugiés syriens et avons dépensés, jusqu’à présent, plus de 8 milliards de dollars pour eux, à part les coûts économiques et sociaux [collatéraux] ».
Il a précisé que « près de 70 000 enfants syriens sont nés dans les camps de réfugiés en Turquie, et le nombre dépasse les centaines de millions en comptants les enfants nés hors des camps. Ce sont tous nos enfants. Chaque veuve syrienne est notre sœur. Chaque orphelin syrien est notre enfant et la prunelle de nos yeux », a-t-il renchéri.
Davutoglu a cependant tenu à rappeler que « le monde ne s’est pas soucié du problème des réfugié syriens, et les européens ont considéré qu’il s’agit d’un problème turc jusqu’à ce que les réfugiés arrivent à leurs portes ».
« Nous nous félicitons de l’intérêt européen, qui a tardé, et nous sommes en contact avec l’Europe sur ce dossier », a-t-il tout de même fait remarquer.
Revenant sur la coopération turco-arabe, le Premier ministre turc a noté que « la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite ont une position commune sur le dossier de la crise syrienne depuis le début, et cette coopération revêt une importance capitale pour la région ».
« Nous sommes déterminés à développer cette coopération. Depuis notre [AK Parti] arrivée au pouvoir en 2002, nous avons veillé à promouvoir une étroite coopération avec tous les peuples et pays arabes. Nous n’avons eu aucun problème, excepté avec les pays dont les peuples ont été opprimés par leurs dirigeants, comme ce fut le cas en Syrie avec le régime de Bachar al-Assad ».
Davutoglu a révélé que la Turquie a mis en place un plan d’action en quatre points pour ses relations avec le monde arabe, dont en premier lieu la résolution du conflit communautaire en Syrie et en Irak.
Le second point concerne les pays du golfe, a-t-il dit, affirmant que des relations stratégiques lient la Turquie et ces pays. « Nous avons établi des liens particuliers dans le domaine de l’industrie de la Défense et de la Sécurité avec le Qatar et l’Arabie Saoudite, et nous aspirons à les développer avec les autres pays de la région », a-t-il indiqué.
Le troisième point concerne les relations avec l’Afrique du Nord. « Nous tenterons de rétablir la paix en Libye, et d’instaurer la stabilité en Tunisie afin qu’elle poursuive sa voie vers sa succes story. Nos relations sont étroites avec le Maroc et l’Algérie aussi, et nous allons approfondir nos relations avec tous les pays de la région », a-t-il avancé.
Le quatrième et dernier point a trait aux relations avec les groupements régionaux, tels que la Ligue Arabe et le conseil de Coopération du Golfe « que nous oeuvrerons à promouvoir ».
Sur le plan interne, Davutoglu est revenu sur le programme de son gouvernement visant à introduire davantage de réformes et à concrétiser les promesses électorales « maintenant que le pays a retrouvé sa stabilité ». « Nous ferons face à toutes les crises », a-t-il affirmé, évoquant également la question de l’amendement de la Constitution.
Le Premier ministre turc a conclu avec un message en arabe: « Nous soutiendrons toujours les frères arabes et les peuples opprimés, partout. Notre histoire, notre destinée et notre avenir sont communs. Notre cœur est en Palestine, à Gaza, à Ramallah et à al-Aqsa».