Esma Ben Said,Nadia Al Chahed
31 Mai 2016•Mise à jour: 31 Mai 2016
AA/Bujumbura/Yvan Rukundo
"Mon rêve est de voir tous mes compatriotes burundais mais aussi tous les Africains débarrassés de toutes les maladies contagieuses, le paludisme en premier", ainsi parle Ginette Karirekinyana de sa vocation: combattre la maladie par les plantes.
Philosophe-anthropologue de formation, Ginette s'est reconvertie, il y a environ deux ans dans la fabrication et la vente de produits naturels faits à base de plantes, "remèdes de choix pour se prémunir contre certaines maladies qui sévissent encore sur le continent, tel le Paludisme", assure-t-elle.
Forte de cette conviction, de son amour pour la nature et de sa philanthropie, Ginette a lancé en juillet 2014 son projet "Cataire", du nom d'une plante connue pour ses vertus antispasmodiques et antihystériques. Elle a ouvert, à la même date, sa "boutique-pharmacie" en plein centre de Bujumbura où elle vend les produits "Karire" qu'elle fabrique en collaboration avec des spécialistes de la phytothérapie et de la médecine traditionnelle. Elle vient de voir son travail et son dévouement récompensé par le prix «Engagement d’or» du Réseau des journalistes africains pour la lutte contre le paludisme (RJAP), lancé en 2015.
Selon elle "consommer des produits naturels est le seul moyen efficace pour se protéger des maladies opportunistes dont le paludisme". Car ces affections profitent de la défaillance du système immunitaire ou du faible état de santé d'un individu pour s'installer et même se révéler mortelles, d'où l'importance "d'intervenir en amont et de manière préventive en améliorant les apports nutritifs et en renforçant les défenses immunitaires de l'organisme".
Revenant sur son parcours académique, Ginette reconnait que rien ne la prédisposait à se spécialiser dans le domaine médicinal. Elle a, en effet, suivi des études en philosophie et en anthropologie avant de partir, en 2004, au Canada où elle a travaillé avec une équipe de chercheurs en éthique médicale, environnementale et bioéthique.
Ce passage canadien a été, pour elle, le point de départ vers le monde de la médecine naturelle. En 2007 elle décide de rentrer au pays et d'y créer une "Agence de consulting en éthique de la coopération Internationale (ACECI)" mais se rend rapidement compte que sa vrai vocation se trouve dans la nature et décide de lancer son projet.
Pour fabriquer ses produits qui compte aussi bien des savons, des crèmes, des bougies parfumées, des lotions corporelles que des désinfectants, Ginette s'approvisionne en plantes, herbes médicinales et fruits auprès de six groupements de fournisseurs employant chacun en moyenne 30 personnes.
Dans sa boutique-laboratoire du centre de Bujumbura, elle se fait aider par dix employés à temps plein et quatre à temps partiel. Ainsi, assure-t-elle des emplois durables et respectueux de la nature, une autre de ses priorités, dit-elle.
Outre les produits anti-moustique, Ginette propose des produits de beauté et des boissons fortifiantes telles des tisanes à la cataire, à l’ortie et à la menthe sauvage ou encore le thé de soja, le tout à des prix accessibles, le plus coûteux de ses produits étant à 10 dollars.
Ginette Karirekinyana se dit satisfaite de la réussite de son projet dans son pays, le Burundi, mais ne "compte pas s'arrêter" en si bon chemin. Elle pense déjà à la conquête de marchés extérieurs, "le Canada en premier, parce que c'est un pays où les gens sont déjà bien renseignés sur les vertus des plantes" déclare-t-elle à Anadolu.
A l'échelle africaine, elle fait déjà exporter ses produits en Ouganda grâce à un partenariat avec la Pharmacie Chimio. Elle vise à conquérir de nouveaux marchés, notamment au Bénin, au Togo et au Gabon.
Le Paludisme continue à être un problème sanitaire de taille au Burundi. Selon le ministère de la Santé, il véhicule la première cause de morbi-mortalité, responsable de 23,4% de décès hospitaliers en 2014.
Selon le ministère de la Santé publique, le Burundi est parmi les 45 pays africains qui ont le plus de zones à risque de transmission et où le paludisme reste la première cause de morbidité et de mortalité.
Pour y faire face, le gouvernement a mis en place des programmes dont le plan quinquennal 2013-2017 visant la réduction de 75% le nombre de décès dus au paludisme. A moins d'un an de l'échéance, aucune évaluation de cet objectif n'est disponible auprès des autorités burundaises. Selon des sources humanitaires, la crise politico-sécuritaire qui secoue le pays depuis plus d'un an n'a pas contribué à améliorer la situation.