Esma Ben Said
12 Mai 2018•Mise à jour: 12 Mai 2018
AA/Cibitoke (Ouest du Burundi)/Yvan Rukundo
Consternation, peur et colère se lisaient sur les visages des habitants de la colline Ruhagarika, province Cibitoke, dans l’ouest du Burundi, théâtre d’un massacre perpétré par des hommes armés de machettes et fusils, durant la nuit de vendredi à samedi et qui a fait vingt-six morts et sept blessés graves, selon les autorités locales.
Les sources sur place indiquent que parmi les 26 personnes tuées, figurent onze enfants de trois mois à 14 ans, dix femmes et cinq hommes.
Une nuit qualifiée de « cauchemardesque » par plusieurs habitants.
« Des explosions et des tirs nourris ont été entendus aux alentours de 22 heures. Plusieurs hommes armés ont ensuite défoncé les portes de maisons, au hasard, et se sont introduits pour tuer ceux qu’ils trouvaient devant eux», raconte Sylvane Ntaconkirindiriye, une habitante de la localité, rencontrée par Anadolu.
Certaines personnes ont été tuées puis calcinées, ajoute la femme, en état de choc.
« Ils ont tué mon beau-frère, sa fille, et ont blessé sa femme enceinte ».
« Des nourrissons, des mères, et des vieillards n’ont pas été épargnés par ce massacre odieux », déplore cette mère, la quarantaine, notant que les assassins se sont repliés vers la République démocratique du Congo (RDC).
Un jeune de la localité, qui a échappé au carnage, confie avoir perdu « quatre membres de sa famille dans l’attaque ».
Dans cette localité située sur la route nationale N°3, tout près de la rivière Rusizi, séparant le Burundi et la RDC, les rescapés sont inconsolables.
« Le ciel s’est effondré sur moi. Mon mari vient de partir, je suis devenue veuve. Comment pourrais-je vivre sans lui », pleure une jeune femme, tenant dans ses bras un petit garçon d’au moins deux ans.
Dans sa chambre, des traces de sang couvrent le mur, dans d’autres maisons, les matelas sont calcinés, et les murs criblés de balles, a constaté le correspondant de Anadolu sur place.
Si les assaillants n’ont pas été identifiés et que l’attaque n’a toujours pas été revendiquée, elle est toutefois imputée à un « groupe terroriste venu de la RDC » voisine, a affirmé à Anadolu le ministre burundais de la sécurité publique et des catastrophes Alain Guillaume Bunyoni, promettant que très prochainement, une opération conjointe avec la RDC sera effectuée pour traquer ces terroristes.
Cette attaque survient à un moment crucial au Burundi, qui doit tenir, dans moins d’une semaine d’un référendum constitutionnel contesté par l’opposition.
La réforme constitutionnelle voulue par Bujumbura est contestée par l’opposition qui demande la poursuite du dialogue inclusif, initié à Arusha (Tanzanie) par la Communauté des Etats d’Afrique de l’est (CAE)
pour résoudre la crise burundaise.
Le Burundi a plongé, depuis avril 2015, dans une grave crise, émaillée de violences, suite au dépôt de la candidature du président Pierre Nkurunziza pour un troisième mandat consécutif.
Les violences qui en ont découlé ont fait plus d'un millier de morts, et poussé plus 430.000 personnes à fuir le pays, selon le rapport de l’agence de l’ONU pour les réfugiés publié le 26 avril 2018.