Nadia Al Chahed
18 Janvier 2016•Mise à jour: 18 Janvier 2016
AA/Bujumbura/Yvan Rukundo
Alors que le dialogue inter-burundais, sous la médiation ougandaise, est au point mort, la Commission nationale de dialogue inter-burundais (CNDI), a annoncé dimanche le lancement à partir de mardi prochain de concertations internes.
Cette annonce a été faite par la CNDI dans un communiqué, diffusé dimanche, et dans lequel elle a annoncé qu’elle « organise les premières sessions de dialogue inter-burundais à partir de mardi 19 janvier à Kirundo (Nord). Le jeudi 21 janvier à Gitega (Centre) et le vendredi 22 janvier aux chefs lieu des provinces Rutana (Sud-est), Kayanza (Nord) et en mairie de Bujumbura ».
Le président de la CNDI, Justin Nzoyisaba, a appelé, dans le même document, tous les Burundais de ces circonscriptions à «répondre massivement à ces assises », sans donner plus de détail sur les parties qui vont prendre part à ce dialogue ni sur les axes qui y seront débattus.
La CNDI a été mise sur pied par un décret présidentiel datant du 23 septembre 2015. Composée de 15 membres tous de nationalité burundaise, sa mission consiste à conduire un dialogue inter burundais dans tout le pays et à tous les niveaux, selon le même décret.
Bien que rien dans le communiqué de la CNDI, publié dimanche, ne laisse entendre que l’opposition sera exclue de ces concertations internes, ce dessein ne fait pas de doutes pour nombre d’observateurs.
Interrogé à ce propos par Anadolu, un politologue burundais a indiqué, sous couvert d’anonymat, que « la Commission n’entend pas associer au dialogue l’opposition radicale considérée par Bujumbura comme « anti-pouvoir » et « partie prenante du Putsh avorté » de mai dernier ».
À travers ces concertations, les autorités visent, indirectement, à "saboter le dialogue recommandé par la Communauté internationale et régionale", a ajouté la même source.
«Tous les membres de cette commission sont des proches du parti au pouvoir » a-t-elle encore indiqué, avant de conclure que «tout dialogue écartant l’opposition radicale ne saura résoudre la crise burundaise ».
Procédant mi-novembre au lancement officiel des activité de la CNDI, le premier vice-président burundais, Gaston Sindimwo, avait déclaré que cette commission « vient affirmer la volonté du gouvernement d’organiser un dialogue national et inclusif ».
« Il ne s’agit pas uniquement d’un dialogue entre élites et politiques sans aucun ancrage local. Le gouvernement a l’ambition de faire de ce dialogue un vrai processus participatif avec une forte implication des populations à la base », avait-il affirmé.
Des pré-concertations ont eu lieu le 28 décembre dernier à Entebbe en Ouganda. Elles avaient réuni autour du médiateur et président ougandais, Yoweri Musevini, une délégation gouvernementale burundaise, une délégation de l'opposition burundaise, des membres de la société civile ainsi que quatre anciens présidents du Burundi.
les concertations devaient reprendre début janvier à Arusha en Tanzanie mais elles ont finalement été reportées à une date ultérieure indéterminée alors que le gouvernement a clairement signifié son refus de se mettre à la même table avec l'opposition radicale.
L'objectif de ce dialogue est de sortir le pays d'une grave crise politique et sécuritaire qu'il connaît depuis avril dernier, date d'une candidature controversée du Président Pierre Nkurunziza à un nouveau mandat.
Des centaines de morts, plusieurs milliers de déplacés et réfugiés ont été enregistrées depuis lors.