AA/ Bujumbura/ Yvan Rukundo
Un barrage est installé à l'entrée d'un vaste espace, situé une centaine de mètres plus loin. Des policiers procèdent systématiquement à la vérification des identités des visiteurs, à la fouille des voitures. Les sigles de quelques agences onusiennes, visibles ici et là, sur des badges, des tentes et des pancartes, renseignent facilement sur la nature du site. Un camp de réfugiés, quelque part en Afrique.
Le camp de Kavumu, dans l'est du Burundi, est un des quatre sites accueillant des réfugiés dans ce pays. Pourtant, le Burundi, n'est pas réputé pour être un havre de paix. Terrassé depuis plus d'un an par une grave crise politico-sécuritaire, le pays a vu sa propre population fuir vers des pays voisins, sans compter les dizaines de milliers de déplacés (internes).
"Pendant dix ans [2005-2015], le Burundi a connu une certaine stabilité qui a permis la venue de plusieurs réfugiés des pays limitrophes agités, la RDC principalement, a expliqué à Anadolu, Didier Bukuru, chargé de la communication au sein du Programme alimentaire Mondiale (PAM).
Puis la crise a éclaté, en avril 2015, à la suite d'une candidature très controversée du Président Pierre Nkurunziza, à un troisième mandat, qu'il a fini par avoir, l'été dernier. Les actes de violence étaient devenus quotidiens à Bujumbura. Beaucoup moins fréquents, néanmoins, à l'intérieur du pays, où se trouvent les quatre camps de réfugiés.
Dans les provinces septentrionales de Ngozi et de Muyinga se trouvent, respectivement, les camps de Musasa et de Kinama. A l’Est, il y a le camp de Bwagiriza, dans la province du Ruyigi et le camp de Kavumu, dans le Cankuzo.
Ce dernier camp a été mis en place en 2013 et s'étend sur 83 hectares donnés par le Gouvernement burundais au Haut Commissariat pour les Réfugiés de l'organisation des Nations Unies (UNHCR) avec une capacité d'accueil de 13 000 réfugiés. La plupart ici sont des Congolais ayant fui les groupes armés dans l'Est de la RDC, ou des Rwandais.
"Ici dans notre camp, il y a une entente mutuelle. On s’entraide sans suspicion bien que les relations entre nos deux pays soient empruntes de beaucoup d'animosité, comme chacun sait", témoigne Fabien Wandembe, un réfugié congolais, signalant seulement quelques larcins ou bagarres, lesquelles sont "généralement et rapidement réglées à l’amiable par des notables".
Dans ce camp, les Congolais sont majoritaires. «Ici, nous ne sommes qu’environ 200 Rwandais face à plus de 8000 Congolais. Mais, il n'y pas de problème entre nous», confirme Samuel, un réfugié rwandais au Burundi depuis 1994 et qui vit dans le camp de Kavumu depuis deux ans.
A l’entrée du camp, un mini-marché est mis à la disposition des réfugiés pour s’approvisionner en produits frais ne figurant pas dans le kit distribué mensuellement par le PAM. Avec l’aide du gouvernement burundais, les plus anciens des réfugiés possèdent déjà leurs maisons à l'intérieur du camp, tandis que les nouveaux arrivants sont encore logés dans des tentes.
Une école et un centre de santé sont également disponibles, dont les employés sont payés par le UNHCR. Les réfugiés qualifiés sont prioritaires dans le recrutement. Le camp possède un système gravitaire d’approvisionnement en eau, de même qu'un grand étang qui a été récemment installé.
Avec l'enlisement de la crise, on commence toutefois à s'inquiéter dans le camp de Kavumu. "Avec la situation sécuritaire troublée dans le pays, nous ne nous sentons plus tellement en sécurité", affirme un autre réfugié, s’exprimant sous anonymat.
"Certains réfugiés sont même menacés de se faire rapatriés de force, si la situation empire", ajoute Didier, un Rwandais, sans préciser l'auteur des menaces. Il souligne, en outre, que même le nombre de policiers à l'entrée du camp a été réduit.
Samuel, le réfugié rwandais, abonde dans le même sens: "La détérioration des relations rwando-burundaises, a fait qu'on [les Rwandais] ne soit plus autorisés à sortir du camp", déplore-t-il, ajoutant qu'il n'est pas disposé à rentrer au Rwanda, par peur d’être poursuivi par la justice rwandaise qui l'accuserait de complicité dans le génocide de 1994. "Nous sommes entre deux feux", soutient-il.
Face à ces doléances, l’Office national pour la protection des réfugiés et apatrides (ONAPRA-gouvernemental) qui cogère le site, promet de faire des efforts pour assurer la sécurité des réfugiés se trouvant sur le sol burundais. D'autant plus, selon Jean Bosco Nduwimana, coordonnateur de cet office, qu'avec la montée de la tension politique en RDC voisine, le nombre de demandeurs d’asile risque bien de grimper dans les prochains mois.
Alors que le monde célèbre, le 20 juin de chaque année, la journée internationale des réfugiés, ce sont plus 292 764 Burundais qui se trouvent, depuis avril 2015, dans les pays voisins, selon le rapport de l'UNHCR, publié lundi. Le Burundi fait, ainsi, partie de ces pays pourvoyeurs de réfugiés, en même temps qu'ils en accueillent, comme le Niger, le Cameroun ou la Côte d'Ivoire.
A la date du 31 avril dernier, l’Office national pour la protection des réfugiés et apatrides (ONAPRA-gouvernemental), recensait 53.130 réfugiés au Burundi et 3021 demandeurs d’asiles, selon des données communiquées à Anadolu par cet organisme.
Leurs nationalités sont variées: des Congolais et des Rwandais sont majoritaires, des Sud-soudanais, des Somaliens, des Comoriens, des Ougandais et même des Pakistanais, ajoute le coordonnateur de l'ONAPRA, dans une déclaration à Anadolu.
"Certains vivent dans les camps de réfugiés tandis que d’autres sont des réfugiés urbains", selon Nduwimana, qui précise qu'il y a 20.634 réfugiés urbains répartis dans 6.263 ménages.
De son côté, le UNHCR recensait, lundi, 53 363 personnes se trouvant dans une situation de réfugiés au Burundi et 2931 demandeurs d'asile.