Nadia Chahed
20 Décembre 2017•Mise à jour: 21 Décembre 2017
AA/Douala-Cameroun/Aurore Bonny
Le ramassage de sable dans la mer, pour briser la monotonie du chômage, est une activité risquée autour de laquelle s’activent les jeunes de Yadebam un village d’Akwa Nord, quartier situé à Douala la capitale économique du Cameroun.
Plusieurs voies s’offrent aux jeunes demandeurs d’emplois. Elles sont, soit faciles mais malhonnêtes, ou difficiles mais dignes. Au carrefour des choix difficiles pour le travail, certains ont choisi le chemin du sable contre tout vent et marée.
Ils sont aussi bien expatriés que nationaux, les jeunes qui se regroupent tous les jours de la semaine au sein de la carrière du village Yadebam. Ils sont communément appelés «sableurs», du fait d’avoir choisi le ramassage de sable comme métier.
Vêtus d'haillons, ou torses et pieds nus, d’aucuns ont déjà entamé les «travaux forcés». Ils transpirent à grosses gouttes, à force d'extraire de grosses quantités de sables à bord de larges pirogues, tandis que d’autres puisent encore des forces dans le petit-déjeuner.
A l’ombre d’une bâtisse inachevée, un groupe d’hommes plus âgés papotent et veillent de loin sur le bon déroulement des travaux.
Parmi ces "sénateurs" du sable, Kwatter Sounga, un sexagénaire, sableur et secrétaire général du Bureau de la chaîne des sableurs de Yadebam.
- Un travail d'équipe
Interrogé sur l’organisation du travail de «sableur», il a expliqué à Andalou que les tâches s’effectuent par grandes équipes pour ceux qui n’ont pas de pirogues personnelles et en groupe restreint pour certains propriétaires.
«Les ramasseurs de sable s’en vont en mer à bord d’une pirogue. Une partie de l’équipage plonge dans l’eau, munie d’un sceau en fer pour retirer le sable et, l’autre partie, restée à bord, déverse le sable sur la pirogue.
Une fois pleine, ils retournent tous pour effectuer le déchargement sur la côte du village. Ils observent le flux de la marée avant de reprendre la mer», a-t-il ajouté.
Pour ce qui est de la rémunération d’un tel travail "forcé", au profit de chaque équipe, une charge de sable remplissant un camion vaut 15 000 à 17 OOO francs CFA (27 à 30,6 dollars) pour le gros sable et varie de 10 à 12 000 francs CFA (18 à 21,6 dollars) pour le sable fin.
Par la suite, le sable ramassé dans les eaux camerounaises est destiné à la construction. Ainsi, la clientèle, «très en demande» selon les sableurs, est constituée de particulier qui utilisent le sable dans la construction des maisons ou d’entreprises de travaux publics, dont l’utilisation est destinée aux infrastructures.
- Risques
Cependant, ce ramassage est «difficile» et «énormément risqué». La noyade étant le risque principal.
«Certains viennent exercer clandestinement, sans maîtrise de cette activité. Ils s’en vont en mer et sont incapables d’éviter les accidents. Nous avons recensé un cas de décès par noyade ce mois et deux cas depuis le début d’année», a confié Kwatter Sounga à Anadolu.
Et pourtant, de nombreuses mesures de prévention sont entreprises pour minimiser les risques.
«Avant d’accepter qui que ce soit dans cette activité, nous lui faisons passer des tests. Nous testons ses capacités de nager, nous exigeons un carnet médical pour vérifier sa bonne santé physique. Nous organisons chaque semaine des cours de natation pour les apprentis nageurs et ceux qui ne savent pas du tout nager. Nous sensibilisons, aussi, les travailleurs sur la discipline à tenir en mer et sur la côte», a expliqué Kouoh Kouoh Emmanuel, le superviseur général de la chaîne des travailleurs du sable de Yadebam.
Face à ces risques, les travailleurs ne profitent pas d’une couverture adéquate, à l’instar d’une assurance maladie. Seule une caisse de solidarité, mise en place par les responsables des travaux, leur permet de leur venir souvent en aide.
La voie mal aménagée pour le passage des camions assurant le transport de sable est l’autre difficulté à laquelle ils font également face.
- La sable source de développement et d’emploi
Et pourtant, ces hommes participent au développement national.
Selon, Kouoh Emmanuel, ils paient 3 à 5 % de taxes à l’Etat camerounais, par le biais du ministère des Mines et du développement technologique. Lequel déverse ces taxes au Trésor national qui le met ensuite à la disposition des mairies pour le développement des communes.
Au-delà de cette participation dans le développement, Kouoh Kouoh Emmanuel se réjouit de l’encadrement des jeunes à travers le ramassage de sable.
«On n’est pas des voleurs. Nous gagnons difficilement, mais dignement nos vies. Nous encourageons énormément nos jeunes à s'investir dans cette activité lorsqu’ils n’ont rien d’autre à faire. Nous n’aimons pas les voir oisifs, alors nous les ramenons sur la côte pour qu’ils apprennent le ramassage», a-t-il affirmé à Anadolu.
Précisons, enfin, que le métier de «sableur» relève du secteur informel au Cameroun. Secteur prédominant avec 92 % de jeunes contre 8% dans le secteur formel selon les chiffres exposés par le Plan d’action national pour l’emploi de jeunes 2010-2016 (PANEJ) élaboré par les autorités camerounaises.