AA/Antananarivo/Sandra Rabearisoa
Caylah, slameuse malgache de 22 ans est, sans aucun doute, une des révélations de l'année 2016. Grâce à "Madagascar", sa vidéo d'environ deux minutes, où elle dénonce l'injustice et l'effritement des valeurs de solidarité, Caylah a réussi à faire parler d'elle et à sortir de l’ombre.
Cette réussite, Caylah, ou Razanandranto Landy Cathia, de son vrai nom, la doit à la passion qui l'anime, et surtout, à son engagement en faveur des plus vulnérables.
Du haut de ses 22 ans, Caylah peut déjà se targuer d'avoir plus d'une victoire à son palmarès. Elle a, en effet, été sacrée championne des champions au tournoi «NFL Slam Ballon» ( Madagascar- 2014) et championne par équipe au slam national 2014 aux côtés de deux autres slameurs, Benson et Poun.
Cette année, elle a, particulièrement, brillé lors de la cérémonie d’ouverture du XVIe Sommet de la Francophonie à Antananarivo (22-27 novembre) où elle a fait une performance accompagnée de deux autres slameurs étrangers.
Si Caylah séduit autant ce n'est pas seulement pour la beauté de ses performances et de ses textes, c'est également grâce à son engagement.
Ses admirateurs, mais aussi les critiques disent d'elle qu'elle est une artiste "enragée" et "engagée". Enragée parce que, dans ses textes, elle dénonce la réalité sociale au Madagascar, les agissements des « dirigeants en costard ». "Engagée", parce qu’elle aborde aussi les sujets qui fâchent, n'hésitant pas à prendre parti du côté des jeunes victimes de violences, des femmes battues, des délinquants et des plus vulnérables.
"Où sont passés nos valeurs et nos appels à la fraternité et la justice ", "Aujourd’hui, c’est chacun pour soi. Quand l’un s’enfonce, l’autre le regarde sans l’aider". "Quand l’un se débat, c’est qu’il y a un autre qui le bat. Si tu n’as pas de muscle, c’est que tu as tort. Manger ou être mangé, à toi de décider", c'est en ces termes que Caylah aborde les maux de son temps dans "Madagascar", la vidéo réalisée par le Russe Denis Sneguirev et le Français, Philippe Chevallier.
Elle n'hésite d'ailleurs pas à dénoncer, dans la même vidéo, l'injustice et les mauvaises pratiques des plus puissants, notamment celles des riches et des gens au pouvoir.
Caylah est aussi engagée dans les causes humanitaires. Interviewée en exclusivité par Anadolu, elle dit être active au sein de plusieurs associations, dont « Aina Enfance et Avenir », qui s’occupe des jeunes mères. Elle a également participé à "plusieurs actions d'accompagnement et de soutien destinées aux jeunes incarcérés, aux victimes de la violence et aux enfants des rues".
En parlant avec la jeune artiste, on se rend rapidement compte qu'elle est passionnée par son art. "Cela fait 6 ans que je fais du slam, j’ai commencé en 2010. J’ai découvert le slam lors d’un spectacle à l’Institut Français de Madagascar qui s’intitulait téléréalité et qui mettait en scène des slameurs. Cela m’a plu et je me suis mise dans le bain", raconte-t-elle.
Son amour pour la poésie remonte lui à bien plus longtemps, elle a, en effet, commencé à écrire dès l’âge de 6 ans. "J'écrivais des saynètes, des poèmes, des paroles de chansons...", déclare-t-elle à Anadolu.
Après le succès fulgurant de la vidéo intitulée « Madagascar » sur internet en janvier 2016, la carrière artistique de Caylah est passée à la vitesse supérieure. Elle a récemment effectué une tournée en Europe se faisant une ambassadrice de choix de la Grande île.
Elle a également été sollicitée pour jouer, aux côtés d'autres artistes, dans le documentaire " Mada Underground" qui revient sur les difficultés d'être artiste à Madagascar.
Du slam, Caylah a aussi fait une thérapie en inventant la "slamothérapie". « Guérir les maux par les mots », selon sa devise. « C’est éveiller les sens, redonner confiance à la personne, l’amener à s’accepter telle qu’elle est, c’est tout un processus où on commence par chercher le vrai fondement du problème par rapport aux situations que l’on a vécu, se remettre en question", explique-t -elle encore.
Une thérapie qu'elle propose aux personnes blessées par la vie notamment les jeunes mères qu'elle incite "à produire des textes pour se libérer".
Quant à ses projets futurs, Caylah envisage de publier un recueil de poésie qui rassemble les textes des jeunes incarcérés, des mamans précoces, des jeunes victimes de violences qui seront alternés avec ses propres textes. Un projet qu’elle ambitionne de réaliser avec l’aide d’un partenaire financier.