Safwene Grira
12 Juillet 2016•Mise à jour: 14 Juillet 2016
AA/ Bujumbura/ Yvan Rukundo/ Jean Bosco Nzosaba
La délégation gouvernementale burundaise invitée à prendre part, mardi, à la séance de reprise du dialogue inter-burundais, a contesté la présence de membres de l'opposition radicale qui seraient sous le coup de mandat d'arrêt, a appris Anadolu de sources concordantes.
"Jean Minani, Pacifique Nininahazwe et Armel Niyongere [tous trois membres influents de l'opposition "radicale" vivant en exil, ndlr] sont poursuivis par la justice et ne peuvent pas être conviés (..) à Arusha", a fait savoir Willy Nyamitwe, conseiller du Président burundais, sur sa page officielle Twitter.
La délégation gouvernementale, a alors refusé d’entrer dans la salle destinée à accueillir le deuxième round du dialogue inter-burundais, a rapporté sur le même support, le journal pro-gouvernemental Ikiriho.
"La facilitation [médiation tanzanienne de la crise burundaise, ndlr] affirme ne pas savoir comment ces personnes sont entrées dans la salle et promet de régler la question", rapporte la même source.
Joint toutefois par Anadolu, Anicet Niyonkuru, un des membres de l'opposition radicale, présent à Arusha, a déclaré que la facilitation tanzanienne a "fermé les yeux sur quelques personae non gratae en les invitant à l'insu du pouvoir burundais", alors qu'aucune déclaration officielle à ce sujet de cette facilitation n'était disponible jusqu'à 12h00 GMT.
Prévue à 10 heures du matin (07h00 GMT), la reprise n'avait pas démarré quatre heures plus tard, selon des journalistes sur place joints par Anadolu.
"L’heure de prouver son impartialité a sonné pour la facilitation du Président [Benjamin] Mkapa" (ancien chef d'Etat tanzanien et facilitateur de la crise), a déclaré Pacifique Nininahazwe, dans un message également posté sur le réseau social Twitter.
La veille, cette plateforme de l'opposition burundaise avait annoncé qu'elle ne participerait pas à la reprise du dialogue, prévue du 12 au 14 juillet, de même qu'elle n'avait pas pris part au premier round tenu du 21 au 24 mai dernier dans la même ville tanzanienne.
Les raisons tiennent au fait que ce Conseil National pour le respect de l'Accord d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et de l'Etat de droit (CNARED) "n'a pas été invitée comme une entité", selon le communiqué diffusé lundi.
"Plusieurs membres du Directoire du CNARED vont néanmoins se rendre à Arusha en Tanzanie. Parmi eux, des hautes personnalités, des présidents ou représentants des partis politiques membres du CNARED invités individuellement par la facilitation", poursuivait le même communiqué expliquant que l'objectif de la démarche était de persuader la facilitation d'inviter le CNARED en tant qu'entité.
A la clôture des concertations de mai, le médiateur tanzanien, nommé début mars par la Communauté des Etats d'Afrique de l'Est (EAC), s’était félicité d'une rencontre «fructueuse» et promis de rencontrer les membres de l'opposition qui n'ont pas pris part au processus.
Malgré les pressions et sanctions de la communauté internationale, le pouvoir burundais refuse toujours, de s'asseoir à la même table que la principale coalition de l'opposition, à différencier des partis de l'opposition dite "participative" i.e. proche du pouvoir.
Bujumbura accuse le CNARED de compter dans ses rangs des personnalités qui ont soutenu le coup d’Etat de mai 2015, selon les autorités, et sont responsables des nombreuses attaques meurtrières que connaît le pays depuis. Des accusations rejetées en bloc par le CNARED.
Le Burundi a plongé dans une grave crise qui a fait plus de 700 morts selon l'ONU, depuis l'annonce d'une candidature "anticonstitutionnelle", selon l'opposition et la société civile, du Président Pierre Nkurunziza, et sanctionnée par un troisième mandat entamé en juillet dernier.