AA/ Bujumbura/ Yvan Rukundo
L’année 2017 risque d’assombrir davantage un quotidien burundais déjà dur et embrasé. Avec un budget national, pour le moins maigre et austère, les Burundais révoltés contre pauvreté et « violation de la Constitution », sont loin de décolérer.
Pour l’année en cours, le budget national est estimé à 1152,7 milliards de Fbu (environ 700 millions de dollars) contre 1119,6 milliards de Fbu (autour de 678 millions de dollars) en 2016, soit une augmentation de 2,9%. Or, les charges budgétaires sont évaluées à 1326,7 milliards de Fbu (plus de 804 millions de dollars), contre 1260,6 milliards de Fbu (764 millions de dollars) en 2016, soit un accroissement de 5,2%.
Privé de l’appui financier de ses partenaires classiques, dont l’Union européenne (UE) et surtout la Belgique, et après le gel de la coopération, Bujumbura se bat pour combler le vide. Mais, le peuple, déjà affamé et tenaillé par une crise politique et sécuritaire, déclenchée depuis avril 2015, semble avide de changement, quitte à faire triompher la loi de la force. Le soutien européen représente plus de 20 % du budget de l'Etat burundais, selon l’UE.
Gilbert Niyongabo, économiste et professeur à l’Université du Burundi, constate que le déficit est élevé par rapport aux normes de la Communauté est-africaine. «Le déficit burundais est de 13,1% alors qu’il doit se situer entre 3 et 6 % pour le reste de la communauté est-africaine», précise l’économiste, ajoutant que l’investissement privé est aux arrêts.
Abondant dans ce sens, un autre économiste, qui a requis l’anonymat, affirme que l’instauration de nouvelles taxes sur des produits de base ne fera qu’accentuer le drame burundais, pour ainsi provoquer une grave explosion sociale.
La grogne provoquée par le budget austère de 2017 est, de surcroît, perceptible du côté de la Société civile. Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome), a tiré la sonnette d’alarme en s’exprimant à Anadolu : «Avec cette loi budgétaire, il faut s’attendre inévitablement à une explosion sociale, à des mouvements de grèves et à des manifestations. Les Burundais vont certainement descendre dans la rue, n’ayant plus rien à craindre».
Selon lui, la balance commerciale du Burundi est aussi déficitaire qu’elle suscite crainte de lendemains encore plus chaotiques, dans un pays déjà fragilisé tant sur le plan politique que sécuritaire.
Le Burundi exporte de petites quantités de café, de thé, de coton et de minerais, alors qu’il importe massivement médicaments, carburants et engrais chimiques. La plupart de ses exportations proviennent de l’Europe, de la Chine pour ce qui est des médicaments, du Kenya et de la Tanzanie, s’agissant de produits pétroliers et chimiques.
Le secteur touristique, second contributeur de l’économie burundaise avec 12% de quote part de PIB, juste après l’agriculture, selon la plateforme du tourisme de la Communauté Est- Africaine (EATP), a vu ses chiffres chuter. Depuis le déclenchement de la crise politique et sécuritaire, en avril 2015. Le pays a, en effet, perdu 70% des revenus dans ce secteur, d’après le site «infos Grands Lacs» (IGL).
Les craintes des observateurs et analystes approchés par Anadolu prennent racine dans l’absence d’un « programme de développement économique en perspective». «Les impôts vont certainement augmenter et les Burundais, à défaut de moyens, seraient contraints de boycotter certains produits. Plusieurs commerces et boutiques mettront la clé sous la porte et les difficultés financières du gouvernement s’accentueront », alerte Gabriel Rufyiri.
Affirmant que la situation est alarmante, Rufyiri préconise une reprise des relations avec les bailleurs de fonds habituels du pays, de décontracter le climat politique et sécuritaire et d’œuvrer à une large réconciliation nationale, à même de stabiliser le pays en vue de relancer l’investissement privé, gage de tout progrès. « Aucun pays ne peut prétendre au développement sans investissements», dit-il.
Le Burundi est le plus pauvre pays du monde avec un PIB par tête de 315.2 dollars, selon un rapport du Fonds monétaire international (FMI), rendu public le 11 février 2016. Ce pays d’Afrique centrale traverse une crise politique et sécuritaire depuis avril avril 2015, date de dépôt de la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat contraire à la Constitution, d'après l'opposition, une grande partie de la société civile et de la communauté internationale.
Cette crise qui s'est aggravée après la réélection de Nkurunziza en juillet de la même année a déjà coûté la vie à plus de 1000 personnes et poussé plus de 310 000 personnes à prendre le chemin de l’exil, d'après un récent rapport de la Fédération internationale des droits de l’Homme (Fidh).