Mohamed Hedi Abdellaoui
06 Mai 2016•Mise à jour: 07 Mai 2016
AA/ Lomé/ Alphonse Logo
Les porte-étendards de la défense des travailleurs africains s’emploient à renforcer les structures représentatives sur le continent. L’objectif étant de mieux s’acquitter de leur mission, pour ainsi garantir des conditions décentes à la classe ouvrière et booster le développement.
Adrien Béléki Akuété, Secrétaire-général adjoint, chargé du bureau Afrique de la Confédération Syndicale Internationale (CSI), en fait le point dans un entretien avec Anadolu.
«La Confédération syndicale internationale et la CSI Afrique ont mis en place un programme de recrutements, pour embaucher des gens remplissant les critères requis. En d’autres termes, pour mener à bon escient ses négociations, le syndicaliste doit être armé de bons arguments juridiques, économiques et sociaux. Un tel profil ne court pas les rues, il faudrait le chercher », avertit le syndicaliste.
L’Afrique connaît par les temps qui courent, poursuit-il, une prolifération des syndicats. On en trouve, selon lui, entre 20 et 30 confédérations dans un même pays. Dans d’autres contrées, on en dénombre jusqu’à 50. Il n'en demeure pas moins que le mouvement syndical se trouve en difficile quête de personnalité.
«Auparavant, quand un travailleur adhérait à un syndicat, il s’attendait à quelque chose en retour, qu’on lui rende un service. Aujourd'hui ce n’est plus le cas, il sait d’avance que le combat est perdu, en raison des calculs politiques. Il faut, donc, travailler à redonner confiance aux travailleurs africains. C’est en privilégiant la recherche et l’innovation qu’on arrivera à quitter le terrain des discours inutiles pour s’inscrire dans le rationnel », affirme le secrétaire général adjoint.
Des syndicats forts permettent, selon lui, une meilleure représentativité des travailleurs africains. «Ce n’est pas un hasard qu’uniquement 3%, -soit un peu plus de cent millions sur une population totale de plus d’un milliard d’Africains-, sont syndiqués. La première raison en est la faiblesse des structures représentatives », assène-t-il.
Reprendre du poil de la bête, passerait, néanmoins, par des réformes, à commencer par les structures y afférents, soutient Akuété. «Lors du dernier Congrès de la CSI en novembre 2015 à Dakar (Sénégal), nous avions abordé le thème ‘’Des syndicats forts pour une Afrique meilleure’’. Nous agissons, depuis, de manière à ce que l’action suive la parole, en explorant tous les champs du possible », fait observer le Secrétaire-général adjoint.
Mise à part la place de choix désormais accordée à la recherche et l'innovation, le responsable syndical entend, de surcroît, inciter les structures représentatives des travailleurs à trouver des partenaires relevant des domaines du Droit, de la gestion et des finances, pour améliorer leurs compétences en matière de négociations.
Rappelant, au demeurant, qu’il y a des Afriques et des tendances syndicales, le responsable africain fait, remarquer que la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens) et la CGT (Confédération générale du travail syndicat français de salariés) ont créé des structures dans leurs anciennes colonies africaines dans les années 46,47 et surtout 49. Les Britanniques et les Portugais, eux, ont introduit les leurs dans leur prore chasse gardée.
La tendance française, répandue en Afrique francophone, est marquée, précise le S.G de CSI Afrique, par le multi-syndicalisme, tout comme la tendance portugaise répandue dans l'espace lusophone.Alors que la tendance anglaise privilégie le mono-syndicalisme.
Comparant les Africains francophones, qui sollicitent la France et la Belgique pour ce qui est du financement, à ceux anglophones, le syndicaliste note que l'on trouve chez les seconds des chercheurs qui travaillent sur les questions syndicales, contrairement aux premiers, "qui craignent toute sorte d’innovation" en la matière.
Résolument tourné vers l'avenir, le syndicaliste poursuit sur une note d'espoir: "Le syndicalisme a amorcé sa métamorphose en Afrique et a de beaux jours devant lui."