AA/ Antanarivo/ Alain Ilionaina
La Commission de l’océan Indien (COI) a choisi de faire prochainement de Madagascar le grenier de la région de l’Océan indien afin d’assurer la sécurité alimentaire des 25 millions d’habitants qu'elle compte.
Le choix de propulser Madagascar au rang de grenier, a été décidé par les représentants de la COI - qui regroupe Madagascar, l'île Maurice, l'île de La Réunion, les Seychelles et l'Union des Comores- lors de la Conférence des bailleurs pour la sécurité alimentaire, tenue, la semaine passée à Antananarivo.
Solofo Andrianjafimahatratra, président du Conseil d'administration de la Chambre d'Agriculture à Madagascar, rencontré par Anadolu, estime que cette initiative qui devrait prendre jour dans un futur proche, est tout à fait "viable mais sous certaines conditions en amont".
"Il faut placer l'homme, les paysans, au centre du projet", relève-t-il avant de poursuivre : "il faut intensifier la formation et assurer les mesures d'accompagnement. C'est, entre autres, le cas de la facilitation de l'accès aux crédits, la facilitation de l'obtention des intrants et des semences".
Pour rendre effectif le rôle de la Grande île en tant que grenier de l'Océan Indien, la conférence des bailleurs a fait un état des lieux des projets portant sur l'amélioration de la sécurité alimentaire dans la région dans les années à venir. Cette mise à plat a permis de dégager plus de 782 millions de dollars, s’était réjoui Jean-Claude de l'Estrac, secrétaire général de la COI, lors de son discours de clôture de la conférence.
55 millions de dollars sont mobilisés par les partenaires techniques et financiers dans le cadre de la COI, tandis que 727 millions de dollars sont mobilisés dans différents projets tournant autour de la sécurité alimentaire à Madagascar jusqu'en 2020, a-t-il fait savoir.
Cette initiative englobe la production de riz, de maïs, de grains et d'oignon. Les chantiers engagés, eux, concernent l'intensification de la production à Madagascar, la modernisation des circuits de commercialisation entre les pays concernés, avec un accent particulier sur les infrastructures.
Le choix de faire de Madagascar "le grenier" n'est pas fortuit puisque 90% des terres arables au sein de l'espace de la COI se trouvent sur la Grande Île.
Le président malgache Hery Rajaonarimampianina avait d’ailleurs rappelé lors de la réunion des bailleurs, que 3 millions d'hectares de terres seulement sont cultivées alors que Madagascar dispose de 36 millions d'hectares de terres cultivables.
L'intérêt de faire de la Grande Ile le grenier, est également économique, selon l'Estrac puisque "l'importation des produits alimentaires coûte chère pour l'économie des pays du Sud-Ouest de l'océan Indien."
Le secrétaire général chiffre en effet à près de 1,7 milliard de dollars par an cette importation "pour l'essentiel en provenance des pays lointains", alors que le rapprochement géographique des îles du Sud-Ouest de l'océan Indien réduirait ce coût.
La conférence d'Antananarivo a ainsi permis d'identifier les goulots d'étranglement et de proposer des solutions intéressantes, a-t-il conclu.
D'après le "Recueil de notes de politique pour Madagascar 2014" de la Banque mondiale, de grands défis attendent Madagascar en matière d'agriculture notamment en raison de l'effet combiné de plusieurs facteurs -surtout climatique- qui endommagent les infrastructures et qui "ont détruit les moyens de subsistance de ce pays essentiellement rural" provoquant un secteur de l'agriculture "sous-performant".
La Banque mondiale évoque pourtant une note d'optimisme. " Environ 80% de la population malagasy dépend de l’agriculture pour vivre, donc l’amélioration de la performance de ce secteur pourrait profiter à une part importante de la population", analyse-t-elle avant de conclure que " la marge d’amélioration est grande".