AA/ Bamako/ Ouagadougou/ Abidjan/ Niamey/ Anatananarivo/ Moussa Bolly/ Ouedraogo Boukary/ Issiaka Nguessan/ Balima Bureima/ Alain Ilionaina/ Synthèse de Mohamed Abdellaoui
Du Mali à Madagascar en passant par le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Niger, à la veille du mois de Ramadan, le temps est au recueillement spirituel, à la pureté des origines. Le temps est également aux préparatifs tantôt semblables, tantôt différents, jamais dépourvus d’une certaine originalité. Les correspondants de Anadolu ont assuré une tournée africaine aux effluves ramadanesques.
Au Mali, où la population est à 90% musulmane, l’effervescence gagne les mosquées de Bamako, à l’approche de "l’invité d’honneur" du monde musulman. Les hommes oeuvrent depuis quelques jours à orner les "maisons de Dieu", en renouvelant nattes et tapis, en nettoyant enceintes, cours et salles d'eau. Les comités de gestion multiplient, eux, les rencontres en vue de concevoir et aménager les programmes d’animation du mois béni.
«Nous préparons la mosquée pour accueillir les fidèles dans de bonnes conditions pendant le Ramadan, ils y passent plus de temps que d’habitude», souligne Mme Sacko Matougouna Sylla, présidente d'un cercle féminin relevant de la mosquée du quartier Lafiabougou.
La dame affirme, en outre, qu’après les prêches du vendredi et grâce à la contribution de certains fidèles, l’imam parvient à collecter de l’argent pour les travaux nécessaires à l'aménagement de la mosquée et à la réalisation des programmes prévus au cours du mois de jeûne.
«En dehors de nos propres provisions, des gens aisés apportent de la bouillie (plat simple à base de céréales mondées), du kinkéliba (arbrisseau touffu recommandé en accompagnement de jeûne), des dattes et souvent des plats de riz et de viande pour la rupture. », souligne la même interlocutrice, s'agissant des provsions alimentaires. Dans ce sens, elle avance que cela aide beaucoup de nombreux démunis qui se réfugient dans les mosquées pendant ce mois béni parce qu’ils n’ont pas de quoi rompre le jeûne chez eux. « Nos principaux fournisseurs devraient s’approvisionner généreusement en ces produits, ces jours-ci», ajoute Mme Sacko.
De la spiritualité aux interdits au Burkina Faso
A Ouagadougou (capitale du Burkina Faso, où la population est à 60,5% musulmane), depuis plus de trois semaines, les imams multiplient discours et prêches dans les mosquées surtout lors des prières du vendredi, rappelant aux fidèles les bons préceptes de la religion musulmane et les nobles portées du mois Saint.
La préparation psychique concernant le mode de vie à adopter tout au long de Ramadan, se veut au centre des activités de plusieurs imams. Ces derniers préconisent aux musulmans d’écouter des musiques et des chansons liturgiques et d’éviter toute chanson rythmée et cadencée.
« Le jeûneur doit s’abstenir d’écouter ce genre de musique et de regarder la télévision, dès lors qu’il s’agit de football féminin, de cinéma et de théâtre, qui, parce qu'impudiques, portent atteinte aux bonnes valeurs de notre religion », relève l’imam Ahmed Sawadogo.
Les Burkinabés se préparent, quant à eux, à leur manière pour le mois de jeûne. Pour Djibril Barry, chef d’une famille de trois membres, les provisions comprennent essentiellement des produits comme le sucre, les dattes et le lait, généralement plus consommés durant les trente jours de dévotion». L’autre rite que privilégie Djibril, à la veille de Ramadan, consiste à envoyer de l’argent à sa grande famille, à l’intérieur du pays, afin qu’elle « puisse jeûner sans difficultés », selon lui.
Ce mois est aussi un «rendez-vous précieux de partage. Je compte, par ailleurs, donner du sucre à mes voisins musulmans. C’est une tradition sacrée chez-nous», conclut Djibril.
Assistance médicale en Côte d’Ivoire
A Abidjan (Côte d’Ivoire où les musulmans représentent 38,6%), l’organisation non-gouvernementale (ONG) « Islam sanitaire » est très active sur le terrain. Son personnel mène depuis quelques jours des consultations pré-Ramadan dans les mosquées de Yopougon-Lem, dans la partie nord de la capitale ainsi que dans la maison d’arrêt et de correction (MACA), selon son président, Diaby Moustapha.
« Nos agents procurent aux fidèles musulmans des conseils utiles pour un jeûne qui ne provoque pas de problèmes de santé. Le dépistage de l’hypertension artérielle, du diabète et de l’obésité est à l’ordre du jour de leurs actions», précise-t-il.
Les séances de consultation sont gratuites, observe-t-il encore, soulignant qu'elles ont atteint leur apogée depuis mercredi. Les équipes mobilisées ont couvert 23 sites, dont 13 communes du District d’Abidjan ainsi que des villes de l’intérieur comme Bouaké, Man, Bondoukou, Odienné et Daloa.
«La préparation médicale même pour les fidèles en bonne santé est importante mais surtout obligatoire pour les porteurs de maladies chroniques, les femmes enceintes et les personnes âgées» estime le président de Islam sanitaire.
Abidjan connaît, par ailleurs, une affluence remarquable de divers produits alimentaires chargés dans des camions en provenance de Ouangolo , à 664 Km au Nord d’Abidjan, près des frontières avec le Burkina Faso et le Mali, selon des témoins.
Un programme audiovisuel bien garni au Niger
A Niamey, au Niger où les musulmans représentent 80% de la population, la dynamique est plutôt du côté de la presse audio-visuelle. Dans les grands boulevards et à travers les principales artères de la capitale, affiches publicitaires annonçant les documentaires et feuilletons qui meubleront les trente veillées peu ordinaires, tapissent les façades. "Myriam" (série télévisée relatant l’histoire du prophète Issa (Isaac, pour les juifs), le Messager (relatant "la Sira" du prophète Mohamed P.S.L) souvent rediffusé pendant le Ramadan, et bien d’autres séries, promettent des belles soirées devant le petit écran et sont donc fort attendus par plusieurs Nigériens.
« Cette programmation a nécessité d’amples préparatifs, afin de faire plaisir à nos téléspectateurs et leur permettre un bon divertissement culturel et spirituel, le long de ce mois privilégié», commente Moustapha Zongoma, le Directeur général du Groupe Bonférey.
Une presse active à Madagascar
Quelques jours avant le Ramadan, une grande partie de la presse de Madagascar où le taux des musulmans ne dépasse pas 1,1%, se veut très active. L’objectif est de permettre à ceux qui, pour des raisons de santé, ne peuvent pas se rendre dans les mosquées pour les leçons spécifiques au mois de Ramadan, d’en être informés là où ils sont.
L’Institut islamique de Madagascar (INISMA) a en effet publié, pour l’occasion, une page entière d’informations sur le Ramadan. Elle a été reprise par quelques quotidiens d'Antananarivo. « Avant le Ramadan, nous communiquons aux fidèles les règles à suivre afin que leurs actions soient acceptées par Dieu», explique Hajanirina Rakotoarivony, imam dans une mosquée de la capitale.
Outre les journaux, des CD et des DVD instructifs ont également été envoyés aux chaînes de télévision et stations de radio de grande écoute. « Nous allons également envoyer des "sms" aux fidèles pour les informer de la date exacte du début du Ramadan », souligne M.Rakotoarivony.
Les musulmans de Madagascar ne craignent, au demeurant, ni soif ni faim pour cette année, contrairement à certains pays arabes: « Comme c’est l’hiver chez-nous, les journées sont plus courtes et le jeûne est donc plus facile », note Kouresh Djaffardjee, responsable auprès d’une école de la Communauté Bohra, une des cinq communautés marchandes d'origine indienne qui avaient migré du Goudjerat à Madagascar.
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