AA/ Antananarivo/ Alain Iloniaina
L'espoir de voir Madagascar intégrer le cercle des pays producteurs de pétrole commence progressivement à prendre corps sur la Grande Île de l'Océan Indien, cent ans environ après les premières explorations, à la faveur des nouvelles technologies utilisées par les grandes compagnies.
Le forage en eau profonde commencera en 2015 ou 2016 selon le ministre des Ressources stratégiques pour lequel l'apport des nouvelles technologies utilisées par les compagnies fera intégrer Madagascar le cercle des pays producteurs de pétrole.
Selon un des derniers rapports de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), Madagascar figure parmi les futurs pays producteurs de pétrole du continent africain. La réserve de Tsimiroro, dans l'ouest du pays, est estimée à 1,7 milliard de barils de ressources pétrolières récupérables selon Madagascar Oil, la société qui exploite le site.
Pour l'instant, Madagascar Oil, en phase de développement, procède au test de l'huile lourde mélangée issue d’injection de vapeur dans ses puits pour l'extraction des sables. "Mais on va attendre pour démontrer que cela marche", tempère Joeli Valérien Lalaharisaina, ministre des Ressources stratégiques, à Anadolu.
Le site de Tsimiroro est le plus avancé parmi les blocs pétroliers à terre explorés. Madagascar possède aussi de grands gisements de sables bitumineux. Le gisement de Bemolanga, également situé dans le bassin de Morondava, tout comme Tsimiroro, contient 2 milliards de barils de bitume dépôts en place, selon l'Agence américaine d’information sur l'énergie (EIA).
Le bassin de Morondava offshore est censé contenir d'importants gisements inexploités d'hydrocarbures. L'Institut d'études géologiques des Etats-Unis, (USGS), estime que "les moyennes des ressources techniquement récupérables qui sont découvertes dans le bassin maritime de Morondava sont de 10,8 milliards de barils de pétrole, 167 Tcf (millier de milliards de mètre cube) de gaz naturel, et 5 milliards de barils de liquides de gaz naturel".
Les autorités ne souhaitent pas encore s'avancer sur le cas des Iles Eparses, situées autour de la Grande Île et réputées pour leurs potentialités, mais sur lesquelles Madagascar a un différend avec la France. En attendant le règlement de celui-ci, elles préfèrent se rabattre sur le plateau continental au Sud du pays.
" On peut démontrer qu’il y a un prolongement de Madagascar", expose Joeli Valérien Lalaharisaina. Cet ingénieur polytechnicien de formation évoque en effet, la présence des ressources naturelles dont du pétrole et du gaz sur ce plateau continental Sud.
La découverte des champs pétroliers de Bemolanga (Nord de Tsimiroro) et de Tsimiroro au début du vingtième siècle constitue un motif d'espoir pour la Grande île. Mais la multiplication des résultats des recherches non-concluants avait pratiquement désespéré l'opinion malgache de la réelle potentialité du pays en matière d'hydrocarbures.
"La production n’y a pas été jugée commercialement viable pendant longtemps. Mais la situation a évolué avec la montée des cours mondiaux et l'apport des nouvelles technologies utilisées par les grandes compagnies", observe Joeli Valérien Lalaharisaina. Selon l'Initiative de transparence dans les industries extractives (EITI), "au moins 17 compagnies pétrolières sont actives sur certains des 20 blocs d’exploration à terre et des 200 blocs offshore qui ont été délimités par les autorités".
Les activités liées aux recherches pétrolières ont été ralenties par la crise politique dans la Grande île depuis 2009. Marcelle Dane, présidente de l'association professionnelle du secteur pétrolier amont de Madagascar (Appam) et directrice générale de Tullow Oil à Madagascar affirme à Anadolu que "les majors sont là". Le Groupe Exxon Mobil, Wilton Petrolium, Sterling Energy Ltd, Totalm Sapetro ou encore Tullow Oil, disposent des blocs pétroliers, onshore ou offshore.
Mais le retour à l'ordre constitutionnel, matérialisé par l'élection d'un nouveau président et les législatives, remet sur les rails les projets en cours. "La période de crise a eu des impacts. Certaines compagnies demandent aujourd’hui l'extension de leur permis, d'une durée de huit ans", explique Joeli Valérien Lalaharisaina.
Le Groupe Exxon Mobil annonce la préparation des travaux d’exploration et d’évaluation environnementale pour les bases à terre et pour les opérations offshore.
"On s'attend à ce que le forage en eau profonde débutera en 2015 ou 2016", précise le ministre. Le régime du président Hery Rajaonarimampianina souhaite faire du secteur de l'hydrocarbure le fer de lance de l'économie malgache.
"Nos ressources minières et pétrolières sont nos principales richesses qui assureront un avenir meilleur à nos descendants, elles sont les vecteurs de notre développement économique futur", assure le chef de l'Etat dans un de ses discours. Bien que la contribution du secteur des mines au PIB de Madagascar ne soit encore estimée qu’entre 0,5 et 1,5% ces dernières années, l’on peut espérer plus dans les années à venir car elle pourra croître jusque 8% d’ici 2018", table-t-il.
Le général retraité Amédée Andriamisa Ramihone, politologue prévient de l'enjeu géopolitique autour de la ressource stratégique. "Je suis tenté de dire qu'on a caché nos réserves. Elles sont en train d'être exploitées afin de préserver celles des grandes puissances au moment où la réserve mondiale connaît une baisse". L'officier général tire la sonnette d'alarme "pour que le gouvernement fasse attention dans la gestion de ses ressources et des luttes d'influences des grandes puissances".