AA/Paris/Fatih Karakaya
En France, les violences faites aux femmes demeurent un fléau préoccupant. Face à cette réalité alarmante, de nombreuses associations se sont mobilisées pour combattre ce fléau, soutenir les victimes et œuvrer en faveur de l'élimination de toute forme de violence à l'égard des femmes.
Ainsi, selon le site gouvernemental « Arrêtons les violences », au niveau national, plus de 15 associations mènent un combat acharné et travaillent sans relâche pour sensibiliser, prévenir et offrir un soutien crucial aux femmes victimes de violences.
La situation demeure tellement inquiétante que le gouvernement tente de mettre en place des moyens de lutte plus efficaces.
Ainsi, le 26 mai courant, le procureur de la République de Bobigny (région parisienne), Eric Mathais, a expliqué au journal le Parisien qu'« en 2017, 281 affaires de cette nature ont été enregistrées au tribunal de Bobigny, puis 855 en 2019 » Mais selon le procureur « pas moins de 2537 violences ont été enregistrée en 2022, soit une hausse de 803% ».
De ce fait, le Tribunal de Bobigny se consacre une journée par mois pour traiter uniquement les affaires liées aux violences contre les femmes. Mais en même temps, la proportion des dossiers qui aboutissent à un procès a, elle, "dégringolé", "passant de 85 % des affaires enregistrées en 2017 à seulement 14 % en 2022", signale le procureur de la République de Bobigny. En effet, la plupart des femmes ne souhaitent pas poursuivre leurs plaintes soit par manque de moyens soit par crainte de représailles. C’est pourquoi les associations de lutte contre les violences faites aux femmes jouent un rôle essentiel.
- Sensibilisation et prévention
En effet, ces associations engagées dans la lutte contre les violences faites aux femmes en France jouent un rôle crucial dans la sensibilisation de la société à ce problème. Elles organisent des campagnes de sensibilisation et des événements publics pour informer et éduquer le grand public sur les différentes formes de violence à l'égard des femmes, telles que les violences conjugales, le harcèlement sexuel, les mutilations génitales féminines et le trafic sexuel.
De plus, elles travaillent également en étroite collaboration avec les établissements scolaires pour mettre en place des programmes d'éducation à la non-violence et à l'égalité des sexes. Elles interviennent dans les classes pour sensibiliser les jeunes, prévenir les comportements violents et promouvoir le respect mutuel.
- Soutien et accompagnement des victimes
Par ailleurs, elles offrent un soutien précieux aux victimes en mettant à leur disposition des structures d'accueil, des lignes d'écoute et des centres d'hébergement d'urgence. Ces espaces sécurisés permettent aux femmes victimes de violences de trouver refuge, d'obtenir des conseils juridiques, médicaux et psychologiques, et d'être accompagnées tout au long de leur processus de reconstruction.
Ainsi, la quasi-totalité des associations disposent d’un numéro vert pour écouter les femmes qui ont besoin de parler.
Sans parler aussi des femmes migrantes qui sont doublement pénalisées. Ainsi, ces associations jouent également un rôle crucial dans l'aide aux femmes migrantes ou en situation de précarité, qui sont souvent confrontées à des obstacles supplémentaires lorsqu'elles cherchent à échapper aux violences. En travaillant en étroite collaboration avec les services sociaux, les associations veillent à ce que ces femmes aient accès aux ressources et aux droits qui leur sont légitimes.
- Un combat à tous les niveaux de la société
Selon les statistiques officielles, les violences faites aux femmes ne font pas d’exception ni géographiquement ni socialement. Toutes les classes d’âges sont touchées. Mais, il y’a une catégorie de femmes dont on parle peu. En effet, il s’agit des femmes sans domiciles fixes qui ont peu de moyen d’accéder aux médias pour faire entendre leur souffrance.
« Aujourd'hui, le combat en faveur des femmes a pris une ampleur importante dans ma vie en tant que lanceuse d'alerte », explique à Anadolu Sarah Frikh, présidente de l’association "Réchauffons nos sdf".
Elle est une des seules militantes à attirer l’attention sur le cas de ces femmes. « Cela fait déjà plus de 10 ans que je me bat pour dénoncer la condition des femmes sdf dans le cadre de mon association "Réchauffons nos sdf" avec une pétition qui a atteint les 420 000 signatures », poursuit la militante. En 2021, elle avait déclaré au média en ligne « Medyaturk Info » « sa déception » par rapport au comportement de la ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur, chargée de la Citoyenneté, Marlène Schiappa, qui a « radicalement ignoré cette pétition ».
Tous les jours, elle dénonce aussi « les accouchements de rue et les viols multiples de ces femmes dans nos sous-sols ».
« Nous allons les chercher pour les mettre à l'abri et en sécurité », précise la femme qui regrette la multiplication des actes de violences.
Pourtant, ce n'est pas son seul combat. En effet, très active sur les réseaux sociaux, elle lutte pour une liberté vestimentaire totale. « Je demande régulièrement sur les réseaux aux hommes d'arrêter de se prononcer concernant le vestimentaire féminin surtout face aux débats sur le voile. Voile, robe, mini-jupe ......c'est le choix des femmes par les femmes », souligne la présidente.
Rappelant aussi que « la femme est le berceau de l'Humanité », elle insiste également sur « le fléau du cyberharcèlent que subissent les femmes médiatiques sur les réseaux sociaux car ceux sont les premières à être ciblées ».
- Définir les politiques publiques
Au-delà du soutien direct aux victimes, les associations s'engagent également dans des activités de plaidoyer pour faire entendre la voix des femmes et influencer les politiques publiques. Elles font pression sur les décideurs politiques pour renforcer la législation et les mesures de protection des femmes contre les violences. De plus, elles participent à des initiatives nationales et internationales visant à promouvoir l'égalité des sexes, les droits des femmes et la justice sociale.
Mais il n’est pas sûr que les pouvoirs publics les entendent. En effet, dimanche 28 mai, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé dans les médias français, le lancement d'une "grande opération pour la sécurité des femmes". Selon le ministre, la campagne consistera à distribuer 5 millions de flyers par les policiers pour "rappeler les gestes à avoir lorsqu'on est témoin ou victime d'une agression".
L’initiative a été dénoncée par de nombreux citoyens mais aussi par des mouvements de droits des femmes. Ainsi, le collectif « Relève Féministe » a interpellé sur Twitter, le ministre de l’Intérieur : « Nous avons besoin que la police respecte nos droits, que la justice nous protège, que les agresseurs/violeurs ne soient plus impunis à commencer par vous. Vos flyers on n'en fera même pas du compost, gardez-les ! Merci », pouvait-on lire dans ce tweet empreint d’amertume.