AA/Bangkok (Thaïlande)/ Arnaud Dubus
Human Rights Watch (HRW) a exprimé, vendredi, sa « vive inquiétude » face à la nouvelle des expulsions par la Thaïlande, de 1 300 Rohingyas musulmans vers le Myanmar sous la supervision d'une « ONG » anonyme.
Le Commissaire du Bureau de l'Immigration thaïlandais, Pharnu Kerdlarpphon, a déclaré mercredi, au journal local "Bangkok Post", que les 1300 Rohingyas qui étaient détenus dans les centres de l'immigration avaient été renvoyés aux autorités myanmaraises « de manière claire et transparente » et sous la supervision d'une « organisation non-gouvernementale (ONG) œuvrant à la protection des droits des minorités ».
« Nous ne savons même pas à quelle ONG il [le commissaire du Bureau de l'Immigration] fait référence » a déclaré, vendredi à l'agence Anadolu, Sunai Pasuk, Directeur de Human Rights Watch en Thaïlande. « Nous sommes extrêmement préoccupés, car ils les ont renvoyés aux autorités de Myanmar alors que celles-ci sont les premières à être responsables des violations des droits de l'Homme contre les Rohingyas » a-t-il ajouté.
Le commissaire du Bureau thaïlandais de l'immigration a affirmé que les autorités Thaïlandaises avaient « expulsé [les Rohingyas] dans le cadre d'un principe international, mais qu'après chaque expulsion, [elles] n'avait pas l'opportunité de savoir où ils seraient emmenés. »
Le directeur de HRW a indiqué que l'année dernière le même groupe de Rohingyas s'étaient vu refuser l'entrée en Thaïlande, mais qu'ils y avaient été introduits clandestinement par la suite.
« Mais cette fois, le souci est qu'il n'y a aucune garantie de sécurité s'ils ont été confiés aux responsables myanmarais » a ajouté le directeur du HRW en Thaïlande.
Les Rohingyas sont arrivés, génération après génération, dans l'Etat de Rakhine – dans l'ouest du Myanmar – en provenance de l'est du Bengale et du Bengladesh, mais le gouvernement du Myanmar refuse de leur accorder la citoyenneté, objectant qu'ils sont des immigrants illégaux.
Les tensions entre les Rohingyas et les bouddhistes locaux, connus sous le nom d'Arakanais, ont toujours été élevées, mais elles ont dégénéré en 2012 lorsque plusieurs affrontements importants avaient provoqué la mort de 192 personnes et laissé 140 000 sans-abris.
Depuis lors, les Rohingyas avaient été confinés dans de sinistres camps à Rakhine.
Beaucoup d'entre eux paient de grandes sommes à des trafiquants afin de fuir le pays sur des embarcations exigües dans l'espoir de trouver du travail en Malaisie ou en Australie.
Des milliers de ces migrants ont atterri dans le sud de la Thaïlande où ils sont devenus la proie d'autres trafiquants et d'officiers de police locaux corrompus.