Nadia Chahed
27 Mars 2017•Mise à jour: 28 Mars 2017
AA/France/Souhir Bousbih
La situation en Guyane va-t-elle se débloquer ? Le premier ministre Bernard Cazeneuve a fait un premier pas lundi en direction des manifestants, en annonçant l’envoi d’une délégation ministérielle comme l’exigeaient syndicats, élus et collectifs, pour répondre à la crise sociale dans lequel le département d’Outre Mer s’enfonce depuis plus d’une semaine et qui est arrivée à son paroxysme avec le vote de la grève générale, qui paralyse le pays depuis lundi.
« C’est un peu tard » a estimé de son côté le député PS de Guyane, Antoine Akram, interrogé sur BFMTV. « Les ministres auraient dû venir dès le début. Chaque jour de plus est un pas vers la radicalisation » a-t-il ajouté.
Il faut dire que la France a pris le train en marche ce week-end, quand la colère gronde dans le département depuis plus plusieurs semaines. A l’origine du mouvement de protestation, la mort d’un jeune homme, tué pour un collier en or le mois dernier. Un meurtre crapuleux comme en connaît trop le territoire, en proie à une insécurité galopante depuis des années, comme en témoignent les statistiques.
Dans une étude publiée en janvier, l’Insee rapporte que le nombre de vols avec violence a augmenté depuis deux ans, passant de 1694 en 2014 à 2338 en 2016. Sans compter les homicides. « Avec 42 homicides en 2016 contre 38 en 2015, la Guyane est le département le plus meurtrier de France en valeur relative » a déclaré le procureur de Cayenne Eric Vaillant, cité par FranceTVInfo. Une situation à laquelle s’ajoute un taux de chômage de plus de 20% pour l’ensemble de la population, soit deux fois plus qu’en métropole.
De quoi alimenter un ras le bol, qui s’est concrétisé par la création d’un collectif à la mi-février, « les 500 frères contre la violence ». Vêtus de noir, masque noir sur le visage, ils revendiquent plus de moyens pour la justice pour lutter contre la criminalité et l’établissement de d’Etat d’urgence en Guyane. Ce sont eux qui ont perturbé le Conférence internationale sur la convention de Carthagène le 17 mars dernier, pour interpeller la ministre de l’écologie Ségolène Royale sur l’insécurité en Guyane. Ce sont eux, encore, qui ont réussi à bloquer l’accès au centre spatial de Kourou, retardant le lancement d’une fusée Ariane 5.
Un mouvement de protestation qui s’est amplifié dans le territoire depuis le 23 mars, où d’autres syndicats et élus locaux sont venus s’agréger au collectif pour dénoncer la situation délétère du pays dans tous les domaines : chômage, agriculture, santé, emploi…. Les actions se sont multipliées dans tout le département d’Outre mer. Plusieurs routes ont été bloquées, de même que l’accès au port maritime et à l’aéroport, où Air France et Air Caraibes ont cessé leurs vols depuis dimanche. Le rectorat a également annoncé le 24 mars la fermeture des établissements scolaires jusqu’à nouvel ordre.
Les magasins et stations d’essence ont été pris d’assaut ce week-end par la population, qui craint une pénurie après le vote samedi 25 par 37 syndicats réunis au sein de l’Union des Travailleurs guyanais (UTG) d’une grève générale à partir du 27 mars.
Mercredi, les sénateurs et députés de la Guyane ont alerté le Président de la République dans une lettre commune sur « l’imminence d’une crise sociale », et demandé la mise en place d’un « plan Marshall pour la Guyane ».
Le gouvernement a dans un premier temps répondu en envoyant une mission samedi, composée de plusieurs hauts fonctionnaires et de l’ancien préfet de Guyane Jean-François Cordet. Pas de quoi calmer les manifestants, qui ont refusé de négocier avec les nouveaux arrivants, réclamant la venue de ministres et critiquant le manque de considération du gouvernement pour leur sort.
Une demande à laquelle a refusé d’accéder lundi matin la ministre des Outre-mer Ericka Bareigts, estimant que « les conditions du dialogue ne sont pas réunies » pour sa venue, tout en indiquant que que la mission travaillait déjà à des mesures concrètes, comme la mise en place d’un scanner à l’aéroport de Cayenne, réclamés depuis longtemps par les autorités locales pour lutter contre le trafic de drogue. C’est finalement Bernard Cazeneuve qui a tenté de désamorcer la situation en ouvrant la porte à l’envoi d’une délégation ministérielle dans les prochains jours pour entériner « un pacte d’avenir » dans les plus brefs délais pour la Guyane. De quoi calmer les esprits?