AA/ Bujumbura/ Par Rénovat Ndabashinze
La session de l’Uprona (Union du progrès national : opposition, majoritairement tutsi) qui devait se tenir hier "n’était pas légale", a annoncé le ministre de l’Intérieur burundais, Edouard Nduwimana, jusitifiant ainsi sa décision d'interdire cette réunion.
Cité lundi par la radio locale Isanganiro, le ministre a fait état des affrontements ayant opposé dimanche certains membres et partisans du parti à la police qui voulait interdire la réunion.
Il a encore indiqué qu’il n’a pas été informé de la tenue de l’Assemblée générale de l’Uprona. De ce fait, les forces de sécurité avaient raison, selon lui, d’intervenir pour « empêcher un rassemblement illégal ».
Des membres du parti Uprona, fidèles au député Charles Nditije, se réclamant toujours président dudit parti, après avoir été limogé par le ministre de l’Intérieur il y a sept mois, se dirigeaient dimanche vers la Permanence nationale à Bujumbura (capitale rwandaise), quand des policiers les ont interceptés à moins de 200 m.
Un des officiers sur place exhibait une lettre du ministre de l’Intérieur précisant qu’aucune session du Comité central du parti Uprona n’est prévue. C’était en effet en réponse à une lettre qui a été adressée par Mme Concilie Nibigira, la présidente "légale" du parti, proche du pouvoir en place, au ministre. La lettre réclamait l’interdiction de la réunion.
De son côté, Charles Nditije a affirmé que ladite réunion a été appelée par le Bureau du comité central, un organe supérieur du parti. « Même la nouvelle loi sur les manifestations publiques, mentionne-t-il, ne concerne pas des réunions des organes des partis ». Pour lui, le Comité central de 2009 du parti est reconnu par le ministère de l’Intérieur.
Mais, ces revendications ont peu convaincu les officiers, qui leur ont barré le passage. Ce qui a provoqué des affrontements, où les forces de l’ordre ont usé des bombes à gaz lacrymogène, obligeant la partie adverse à rebrousser chemin, selon des témoins oculaires ayant exigé l'anonymat.
Des diplomates comme ceux de l’Union Européenne, de la France, de la Hollande, de la Belgique qui devaient assister en tant qu’invités d’honneur à cette réunion ont également été interdits de passer, d'après les mêmes sources. S’adressant à la presse, un d’entre eux a déclaré sous couvert d’anonymat, qu’il suivra, avec ses homologues, de près l’évolution de la scène politique burundaise.
Fondé en 1958 par le prince Louis Rwagasore, héros de l’Indépendance, le parti Uprona à majorité tutsi règnera sur le Burundi depuis 1965 comme parti unique jusqu’en 1993 où le multipartisme est accepté. Trois de ses membres Hutus furent Premier ministres entre 1987 et 2003. Date de la prise du pouvoir par le hutu Melchior Ndadaye, membre du parti du Front pour la démocratie Burundi (FRODEBU), actuellement au pouvoir.
L’Uprona comprend aujourd’hui deux ailes : une reconnue par le ministère de l’Intérieur dirigée par Mme Concilie Nibigira depuis février 2014 et une autre pilotée par Charles Nditije. Le fossé entre les deux ailes s’élargit de plus en plus.
Les Hutus (majoritaires) et les Tutsis (minoritaires) sont deux ethnies présentes au Burundi et au Rwanda. Les conflits ayant opposé les deux parties ont occasionné le génocide rwandais de 1994, ayant fait selon l'ONU, près de 800 000 victimes, en majorité tutsis.