AA/ Kaga Bandoro/ Nacer Talel/ Mohamed Abdellaoui
Pleurs et cris d'enfants, femmes miséreuses voilées de poussière et hommes en proie au désespoir, le voyage des 1300 musulmans à bord des 11 camions de la Misca était pénible, "une déscente aux enfers", dit-on.
Le convoi des derniers musulmans « Peuls », également appelés « Mbororo » (ethnie pratiquant l’élevage), s’apprête à prendre route de Bangui vers Kaga Bandoro, zone frontalière avec le Tchad, quand débarque la ministre de santé Margueritte Samba.
« Je suis venue faire le constat. Hier, le coordonnateur humanitaire par intérim m’a informé qu’il s’agissait de rumeurs. Là, je me rends compte que l’on se prépare à déplacer ces musulmans vers le nord. Le gouvernement avait déjà donné son avis par rapport à cela la semaine dernière. Je ne souhaiterai pas dire plus », indique-t-elle avant de poursuivre sa tournée dans le PK12 (quartier à majorité musulmane à Bangui).
Peu après son départ le convoi se dirige vers le Nord. Sur « la route de l’imprévisible », comme aime à dire certains soldats de la Misca (mission internationale de soutien à la RCA, sous conduite africaine), 1300 musulmans à bord de 18 camions ne sauraient prévenir de quoi serait fait leur lendemain. « Il faudra s’attendre à des imprévus et à bien des surprises sur la route », lance un soldat rwandais.
Plus le convoi s’éloigne du PK12, plus la fumée dégagée une voiture ayant pris feu s’épaissit. « Je préfère la brûler que de la céder aux anti-Balaka », égrène un musulman centrafricain du haut d’un camion.
Le chemin était long et pénible, mais les arbres bordant la route et les prairies étendues allègent la fatigue et atténuent souvent le désespoir.
Après un long parcours, le convoi est arrivé à a Sibut, à 189 km de Bangui.
Le contingent rwandais de la Misca, escortant le convoi a choisi d’y passer la nuit. Plus précisément, dans une forêt tropicale alliant quiétude et danger. Avec les tas d’humains entassés les uns contre les autres, d’infinis cris et pleurs de bébés mal à l’aise, la nuit était plus longue que prévu, mais bien sécurisée grâce à la vigilance de soldats rwandais qui ont constamment veillé au grain.
A l’aube du lundi, le convoi emprunte la même route, dans la même direction. A peine quelques kilomètres parcourus, un fâcheux contretemps s’installe, avec l’assassinat d’une femme par des tirs nourris. Des anti-Balaka étaient à l’œuvre, lance un Misca. Du coup, cris et mélopées émis à gorges déployées fusent de partout, accentuant la sauvagerie des lieux.
Pas loin de Kaga Bandoro, le convoi s’arrête une deuxième fois. Allongée à même le sol, Khadijatou agonise. Plus les frémissements de son corps s’accélèrent, plus son sang arrose les herbes folles bordant la route.
Elle succombe à ses blessures quelques minutes plus tard, la mort était plus rapide que l’ambulance de la Misca.
Khdijatou n’est pas la seule à avoir entrepris la route de la mort. Un autre musulman du même convoi avait également connu le même sort, après avoir été ciblé par des anti-Balaka. Les deux cadavres ont été enterrés à Kaga Bandoro. Mais, la route de Bangui à Kaga n’est pas uniquement celle de la mort, elle est également celle de la vie, puisqu’au fil du chemin trois humains ont vu le jour.
« C’était un périple cauchemardesque sur la route de l’imprévisible, une déscente aux enfers, vaut mieux dire. Des humains ont quitté, d'autres ont débarqué », s’exclame un militaire rwandais, à l’entrée de Kaga.