AA/ Bujumbura/ Rénovat Ndabashinze
Quoiqu'en proie à une grave crise politique depuis plus de deux mois, "la situation au Burundi est rentrée dans l'ordre", a affirmé dans un entretien téléphonique avec Anadolu, Gervais Abayeho, porte-parole du Président burundais, Pierre Nkurunziza.
"Les commerces ont rouvert leurs portes, il n'y a plus de manifestations dans les rues, les écoliers ont rejoint leurs établissements, les partis sont en train de battre campagne et on assiste également à un vaste mouvement de retour des réfugiés" détaille Abayeho, en précisant qu'il s'agit d'un "signe que le pays est rentré dans l’ordre".
Selon des sources humanitaires, près de 143.000 Burundais avaient fui, depuis près de trois mois, leur pays en direction de pays voisins, principalement le Rwanda, un mouvement qui s'est accentué au fur et à mesure que les manifestations contestant un troisième mandat "anticonstitutionnel" de Nkurunziza gagnaient en intensité.
"Près de 40.000 réfugiés sont rentrés aujourd'hui retrouver leurs champs et leurs concessions; pour pouvoir s’acquitter de leur devoir civique et être en mesure de voter à la présidentielle," prévue prochainement, poursuit, satisfait, le porte-parole Abayeho.
"D’autres étaient partis après la tentative de putsch [du 13 mai dernier, ndlr], étouffé dans l’œuf", rappelle Abayeho qui accompagne le Président sortant dans sa campagne électorale, en prévision de la présidentielle.
Celui-ci ajoute également que ces réfugiés étaient "partis à cause de rumeurs évoquant un prochain chaos et "non pas en raison de "massacres" qui auraient été effectivement perpétués" dans ce pays, où le bilan de mort a atteint, toutefois, plusieurs dizaines depuis le 26 avril dernier, selon des sources humanitaires et sécuritaires.
Si les manifestations ont considérablement baissé d'ampleur, des actes de violence continuent, toutefois, d'émailler le quotidien des Bujumburiens, et causer des victimes.
Ces attaques ponctuelles interviennent au moment où nombre de militaires putschistes, réfugiés depuis la mi-mai, dans des pays limitrophes, ont promis de lancer des séries d'attaques pour "faire plier Pierre Nkurunziza par la force."
"Je n’ai jamais vu un pays où il y a eu deux coups d’Etat à deux mois d’intervalle" a toutefois rassuré le porte-parole de Pierre Nkurunziza, excluant que le dessein des frondeurs aboutisse.
Celui-ci consiste à "plonger le pays dans la guerre civile", poursuit Abayeho, interprétant les menaces proférées par ces mutins opposés au régime burundais, qui aspirent, de leur côté et selon leur propos, à engager le pays dans la voie de la démocratie et "vaincre l'entêtement de Nkurunziza à briguer un troisième mandat anticonstitutionnel".
"Le pays a embrassé le chemin de la démocratie de la paix et le Burundi n’a pas à retourner en arrière. Notre pays a connu la guerre civile, jusqu'aux années 2000, c’est une situation révolue.. S'ils menacent d’attaquer le pays, les forces de l'ordre les attendent de pied ferme." a assené Gervais Abayeho.
Pour aider à résoudre cette crise, déclenchée le 26 avril au lendemain de l'investiture de Nkurunziza par son parti, le troisième sommet de la Communauté d'Afrique de l'Est, tenu dimanche dernier, après deux autres au mois de mai, a proposé de reporter la présidentielle, du 15 au 30 juillet.
"Le Gouvernement est en train d’analyser cette demande, ainsi que la Commission Electorale Nationale Indépendante et toutes les structures impliquées par cette décision à prendre." a informé le porte-parole de Nkurunziza, expliquant que la réponse officielle, pouvant intervenir à n'importe quel moment, devrait prendre en considération "les délais constitutionnels de la tenue des élections pour éviter un vide institutionnel", une situation pouvant être exploitée par les mutins se trouvant à l'extérieur du pays et leurs alliés à l'intérieur.