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La récente flambée des prix des céréales attise la peur des Togolais qui craignent le spectre de la famine. Le gouvernement dissipe, quant à lui, toute idée de crise alimentaire à venir dans le pays, rattachant la situation à une «simple pénurie» à laquelle il fera face.
«Il y a quelques jours encore, le bol de maïs était vendu à 400 Fcfa (0.8 USD) ou 450 Fcfa (0.9 USD) par endroit. Mais aujourd’hui nous le vendons à 700 Fcfa (1.4 USD) » déplore ‘’Maman Voganto’’, revendeuse de céréale, rencontrée par Anadolu au marché d’Akodessewa dans la banlieue-est de Lomé.
« Ce n’est pas seulement le prix du maïs et des autres céréales qui a flambé. Regardez! Ce sachet de cube, je l’ai acheté à 600 Fcfa (1.2 USD) la semaine dernière, et aujourd’hui, on me l’a vendu à 900 Fcfa (1.8 USD). C’est incroyable », s’exclame à quelques mètres de là, une jeune dame venue faire ses achats.
« Du coup, nous achetons moins que prévu, moyens financiers obligent, et le niveau de vie se dégrade rapidement à la maison », déplore cette mère de famille, tout en serrant ses courses maigres.
Si la flambée des prix touche beaucoup d’autres produits de première nécessité, celle du maïs, principale composante de l’alimentation des Togolais, suscite indignation et réactions, non seulement du côté des consommateurs, mais aussi des défenseurs des droits de l’homme.
Le Mouvement « Martin Luther KING-la Voix des Sans Voix », une organisation des droits de l’Homme togolaise, s’est récemment indignée « de la montée vertigineuse du prix des denrées alimentaires au Togo, notamment le maïs.Cette structure a demandé à l’Agence Nationale de Sécurité Alimentaire (ANSAT) d’introduire dans le marché les excédents céréaliers dont dispose le Togo, en vue de réguler et de normaliser les prix », selon un communiqué, dont Anadolu a eu connaissance.
Pour cette organisation de la société civile togolaise, la cherté du prix du bol de maïs avoisinant les 700F (1.4 dollars) alors qu’il était à 450 F (0.9 dollars) a pour principale cause, « la politique approximative d’exportation des excédents céréaliers du Togo, le retard de la pluie, la pénurie et la spéculation à laquelle s’adonnent les commerçants véreux dans de pareilles circonstances ».
Ce mouvement dirigé par le Pasteur Edoh Komi s’inquiète d’une prochaine crise alimentaire au Togo. « Si ces facteurs persistent, le bol du mais risque d’atteindre voire de dépasser le seuil de mille francs (2 dollars) ce qui provoquerait d’emblée une famine sans précédent », poursuit le communiqué.
Cette peur est également partagée par le comité de réflexion et d’action pour la promotion des droits de l’homme qui a appelé le gouvernement togolais à prendre ses « responsabilités pour un dénouement rapide de la situation ».
Le secrétaire Général de l’Association Togolaise des Consommateurs du Togo (ATC) M. Aladjou Agouta, joint au téléphone par Anadolu, a rattaché la situation à la « surenchère » et la « spéculation des commerçants de céréales », accusant la direction du commerce du Togo de ne pas «faire son travail de contrôle des prix sur le marché togolais ».
Du côté du gouvernement, la situation ne semble pas inquiéter outre mesure. Le ministre de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche, Col Ouro Koura Agadazi, s'est montré rassurant: « La situation est sous contrôle et l’ANSAT va déverser des stocks de sécurité sur le marché pour corriger ce qui inquiète les uns et les autres. »
Dans ce sens, il a ajouté :« Ce n’est pas une crise alimentaire. C’est une situation de pénurie attendue. Des mesures ont été prises pour que des des stocks supplémentaires et de réserve soient mis sur le marché très rapidement afin de stabiliser les prix voire les baisser»
Malgré l'assurance des autorités, l’inquiétude demeure chez la population. En 2001 et 2002, le Togo avait, difficilement, fait face à une crise semblable où le prix du bol de maïs avait dépassé les 1000 Fcfa (soit 2$).